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Luc Fusaro
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03 janvier 2019

Luc Fusaro (2011), Creative Design Manager chez New Balance

Ce n’est pas parce que Luc Fusaro (ECL 2011) a beaucoup pratiqué l’athlé dans sa jeunesse, qu’il aime pour autant tourner en rond. Passionné par le design et le sport, il est aujourd’hui creative design manager pour la marque New Balance et a, entre-autre, participé à la conception du podium des JO de Londres en 2012.

Ndr. Cet article a été publié initialement dans le dossier sport de novembre 2018 réservé aux adhérents de l'ACL (comment devenir adhérant).


Bonjour Luc. Tu es aujourd’hui Creative Design Manager chez New Balance. En quoi consiste ton poste?

Depuis 5 ans, je travaille en tant que Designer pour le studio d’innovation Running de New Balance. Mes projets portent à la fois sur des concepts de chaussures de running avec des technologies plus complexes, et également sur les collections pour l’athlétisme. En novembre, je rejoins la catégorie Football en tant que Design manager avec 3 missions à mener :

- Concevoir la ligne de produits commercialisés chaque saison.

- Travailler avec les footballeurs professionnels pour s’assurer que nos produits répondent à leurs besoins et tester de nouveaux concepts.

- Définir la stratégie d’innovation pour les saisons à venir.

Comment es-tu passé de Centrale Lyon au métier de designer ?

Je suis passionné par le design depuis tout petit. Déjà à l’âge de 6, 7 ans, je passais mon temps à dessiner des chaussures et des maillots de foot. J’ai suivi des études classiques, lycée, prépa et école d’ingé. Mais après ma deuxième année à Centrale Lyon, j’ai senti qu’il me manquait quelque chose. J’avais besoin de me approcher du produit et notamment de sa création. L’école Centrale m’a permis m'a donné son feu vert pour que je valide ma 3ème année via un cursus de deux ans à l’étranger, avec un master of arts et un master of sciences. Ce programme s’appelle Innovation Design Engineering et est dispensé par le Royal College of Arts et l’Imperial College of London.


Tu as parait-il rapidement montré un certain talent pour imaginer des projets particulièrement innovants…

Cela n’a pas été simple. J’ai du apprendre tout seul à utiliser les logiciels de design que les autres étudiants maîtrisaient déjà parfaitement. Plus tard, en deuxième année, j’ai pu bosser sur un projet dans le cadre de mes études qui associait ma passion pour le sport et celle pour le design. Mon idée était d’utiliser l’impression 3D pour adapter la fabrication des chaussures d’athlétisme et notamment des pointes, en fonction des caractéristiques physiques des athlètes (pression du pied, force d’appui etc.). Ce mode de fabrication permettait de gagner en flexibilité par rapport aux moules utilisés habituellement par les marques. 

 

Tu as également participé au design des podiums des JO de Londres. Raconte-nous ça !

J’ai participé à un concours pour dessiner le podium des JO. Je voulais imaginer un podium qui soit adapté à la fois aux athlètes paralympiques et aux valides, en intégrant dès le départ les rampes d’accès dans le design. L’idée a plu au jury qui a demandé que je collabore avec une autre équipe de mon école qui s’était davantage concentrée sur l’aspect visuel, avec des lignes très charpentée proches de l’identité des jeux. Quelques mois plus tard, une cinquantaine de nos podiums ainsi créés accueillaient les médaillés des JO de Londres.

 

Deux jolies cartes de visites pour lancer ta carrière de designer !

Ces 2 projets m’ont permis de me rapprocher des marques de sport. J’ai commencé par un stage de 6 mois dans le département d’innovation chez Adidas en Allemagne avant de rejoindre New Balance aux États-Unis, dont les bureaux sont situés à Boston.

J’y ai passé 4 ans (+1 an détaché en Allemagne) à travailler sur des projets de design liés au running aussi bien à destination du grand public, que pour les athlètes de haut niveau. Peu à peu j’ai décroché de nouvelles responsabilités en devenant Design manager pour la catégorie athlétisme avec le but d’essayer de rajeunir la marque dans cette discipline, tout en préparant la collection de produits que nos athlètes porteront aux Jeux Olympiques de Tokyo 2020.

Au-delà du podium des JO de Londres, y a t-il un projet dont tu sois particulièrement fier ?

En étudiant les chaussures d’athlétisme, je me suis rendu compte que depuis 80 ans, toutes les marques fabriquaient les chaussures d’athlétisme de la même façon. Tout le monde s’inspirait du même design. J’ai alors cherché une façon différente de penser les pointes d’athlé.

Comment changer leur silhouette, comment les fabriquer, a t-on réellement besoin de lacets ? J’ai travaillé avec la société Boa spécialisée dans les fixations pour snowboard, avec un système mécanique qui permet de maintenir et stabiliser le pied dans la chaussure sans utiliser de lacets. L’idée était d’utiliser ce principe pour changer la sensation du pied dans la chaussure d’athlé. Je suis parti 3 semaines à l’usine en Chine et suis revenu avec un prototype vraiment différent aussi bien au niveau visuel, que fonctionnel.

Ce nouveau produit a apporté un peu de nouveauté dans le monde de l’athlé et a permis à New Balance d’attirer de jeunes espoirs comme le sprinter américain Trayvon Bromell (champion du monde en salle du 60m 2016, médaille de bronze du 100m au Championnat du Monde de Pékin en 2015, et finaliste sur 100m des Jeux Olympiques de Rio 2016) pour qui j’ai créé une paire de chaussures personnalisée qui reprenait tous les tatouages qu’il a sur le corps.

C’est sans doute, le projet le plus abouti de ma carrière à ce jour car il m’a permis d’intervenir à chaque étape de sa conception, depuis l’idée, la fabrication du prototype, le design de la chaussure avec un nouveau logo pour la marque, un partenariat avec un sprinter, le tout conclu par une série limitée qui a connu un gros succès auprès des fans de ce sport.



Ton double profil ingé/designer t’a t-il aidé à percer dans ton métier ?

Je dirais que Centrale m’a appris la polyvalence, à être flexible et capable de m’adapter en apprenant rapidement des choses nouvelles. Mon profil étant un peu atypique en rejoignant le domaine du design, le nom d’une école sur un diplôme revêt un peu moins d’importance. Il n’existe pas de voie toute tracée. Chacun est libre d’emprunter le chemin qu’il souhaite pour atteindre ses objectifs, et Centrale accorde de plus en plus de valeur à cet aspect là en donnant la chance aux étudiants de poursuivre leur passion. C’est le plus important selon moi pour s’épanouir tant au niveau professionnel que personnel, se sentir passionné par ce que l’on fait dans nos projets.

Pour aller plus loin : behance.net/lucfusaro

Auteur

Luc FUSARO (2011)
Senior Creative Innovation Designer chez New Balance pour le département Performance Running et depuis novembre 2018, pour la section football. Voir les 2 autres publications de l'auteur

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