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Association des Centraliens de Lyon

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Fanny Schertzer via wikipedia
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12 novembre 2018

JO 2024 : la recherche aux côtés des athlètes français

A l’heure où les premières places se jouent parfois à quelques centièmes de secondes, tous les facteurs se doivent d’être optimisés. En utilisant la physique, la mécanique et les mathématiques, le programme Sciences 2024, piloté par l'école Polytechnique, réunit 11 Grandes Ecoles en vue de développer des solutions scientifiques innovantes et ainsi aider les athlètes à optimiser leurs performances lors des JO de Paris 2024. Rencontre avec Jean-Luc Loubet, Chercheur au CNRS à Centrale Lyon et responsable du programme pour l'ECL.


Notre objectif : Multiplier par deux le nombre de médailles des athlètes tricolores aux JO 2024 !

Pouvez-vous nous présenter le projet Sciences 2024 dont l’Ecole Centrale Lyon est partenaire ? 
Sciences 2024 s’inscrit dans la mission pour la haute performance sportive appelée « performance 2024 » et dirigée par Claude Onesta, ancien entraîneur de l’Équipe de France de Handball. Début 2018, l’école Polytechnique, sur l’impulsion de Frank Pacard directeur de l’enseignement et de la recherche, et de Christophe Clanet, directeur de recherche au CNRS, a pris l’initiative de réunir le monde des sciences et de la recherche avec celui du sport de haut niveau. 11 grandes écoles, dont Centrale Lyon, participent ainsi aujourd’hui à Sciences 2024 avec l’ambition d’accompagner les athlètes français jusqu’aux JO de Paris afin de les aider à améliorer leurs performances et multiplier par deux le nombre de médailles tricolores.


La France est-elle pionnière dans ce rapprochement entre le sport de haut niveau et les scientifiques ? 
On considère que les Australiens furent les premiers lors des JO de Sydney en 2000 à mettre en place cette collaboration au niveau national. Elle touchait alors toutes les sciences, humaines comme fondamentales et leur a permis à l’époque de multiplier par deux le nombre de médailles gagnées lors de leurs Jeux. La Chine en 2008 et l’Angleterre en 2017, ont également suivi la même démarche avec des résultats équivalents. 

Quelles sont les disciplines concernées par Sciences 2024? 
En tout, Sciences 2024 concerne 40 disciplines olympiques et 20 paralympiques avec une cinquantaine de chercheurs et une centaine d’étudiants en sciences dures impliquées. L’objectif d’ici 5 ans, est de mettre en place 500 projets de recherche, dont 50 ont déjà été sélectionnés l’été dernier. Pour l’instant, Centrale Lyon travaille sur 3 projets. Un sur l’instrumentation d’une prothèse/lame pour la championne olympique de saut en longueur Marie-Amélie Le Fur. Un autre sur l’optimisation du contact pneu/chaussée pour les fauteuils omnisports, travaux de recherche qui pourraient également être appliqués au cyclisme. Et enfin, un troisième sur des recherches aérodynamiques et hydrodynamiques des embarcations en aviron.

Les sportifs  ne disent pas « aidez-moi à gagner », mais plutôt, « aidez-moi à mieux m’entraîner ! ».

Concrètement comment fonctionne la collaboration avec les athlètes ?
On fonctionne à peu près comme avec un industriel. On commence par observer, écouter les demandes des sportifs afin de les traduire en questions scientifiques auxquelles on tentera ensuite de répondre. Cela passe par la réalisation d’extractions directement lors de compétitions, ou sur le lieu d’entraînement. Car même si la compétition est là où se font les exploits, c’est lors des entraînements, qu’ils se construisent. D’ailleurs, la demande qui revient chez les sportifs  n’est pas « aidez-moi à gagner », mais plutôt, « aidez-moi à mieux m’entraîner ! ». On se rend également compte rapidement que les sportifs de haut niveau et leurs coachs sont d’une certaine façon eux-aussi des chercheurs. Ce sont en effet les rois de l’essai/erreur. Ils passent énormément de temps à tester de nouvelles techniques, à multiplier les pistes de travail. Nous, scientifiques sommes là pour les aider à optimiser leur réponse.

Comment s’est faite la répartition des projets entre les différentes écoles ?
Il n’y a pas eu de répartition à proprement parlé. A partir des problématiques sportives identifiées au départ, chaque école met en place une équipe projet formée notamment d’étudiants de 1ère année qui planchent pendant un an sur les solutions techniques capables de répondre aux besoins des athlètes. En fin d’année scolaire, chaque école vient présenter et défendre les résultats de ses recherches, avant qu’un jury ne désigne un vainqueur.


Vous êtes donc vous aussi en compétition ?
C’est avant tout une compétition amicale entre les grandes écoles avec un but commun : aider nos athlètes à atteindre leurs propres objectifs. On sait aussi que les chercheurs et scientifiques des autres pays réfléchissent également de leur côté à optimiser les performances de leurs champions. La vraie compétition, ce n’est pas nous qui allons la disputer. 

Martin Fourcade à l'époque a travaillé avec le laboratoire d'hydrodynamique de l'Ecole polytechnique (LadHyX) et le laboratoire de Physique Statistique de l'ENS (LPS) pour étudier le fartage de ses skis et obtenir une glisse optimale.

Avez-vous des exemples de travaux de recherche qui auraient permis à des sportifs de progresser ?
Il y a quelques années, le pentathlonien Brice Loubet a demandé à des scientifiques de l’aider à identifier à quel rythme il devait tirer pour augmenter ses chances de toucher sa cible dans l’épreuve de course/tir (800 mètres de course à pied puis tir au pistolet sur cibles). Des chercheurs ont instrumenté, mesuré et modélisé ce qu’il se passait lorsqu’il appuyait sur la détente rapidement, mais aussi plus lentement. Ils ont réussi à identifier un optimum qui lui a permis de passer de la 26ème place mondiale, au titre de Champion de Monde en 2018. Martin Fourcade lui-aussi a travaillé avec le laboratoire d'hydrodynamique de l'Ecole polytechnique (LadHyX) et le laboratoire de Physique Statistique de l'ENS (LPS) pour étudier le fartage de ses skis et obtenir une glisse optimale. Vu ses 3 médailles d’or aux JO de Pyeongchang, et même si la science ne fait pas tout, on peut quand même penser que leur collaboration s’est plutôt bien passée.

 

Pour aller plus loin : sciences2024

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