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Sophie Janotta de Pixabay
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04 juin 2019

Neurosciences et Management : application à la prise de décision

Franck Tarpin-Bernard (ECL 93), Directeur de la société SBT (Scientific Brain Training) et spécialiste de l'interaction homme-machine et des technologies interactives d'apprentissage humain, a profité du webinaire organisé par l’ACL pour nous parler des biais cognitifs auxquels nous faisons tous face en situation de prise de décision, et des façons de s’en prémunir.


Être en position de décideur n’a jamais été aussi complexe. Hier, faire des choix stratégiques étaient le fruit de réflexions et de démarches analytiques poussées. Aujourd’hui, les contextes se font plus volatiles, complexes, incertains, et ambigus. Autant de paramètres qui compliquent encore plus la tâche confiée à notre cerveau : avoir les idées claires pour prendre les bonnes décisions.

Surtout, si nous possédons bien un seul cerveau, celui-ci est pluriel. En chacun de nous subsiste, le cerveau dit « animal » hérité de notre évolution qui intervient la plupart du temps de façon inconsciente, comme en situation de stress, qui est à l’origine un dispositif de défense.

Le cerveau social quant à lui nous rappelle à notre nature grégaire qui a certes de nombreux avantages, mais va également influencer nos comportements vis-à-vis du groupe, comme en témoigne cette vidéo d’expérience comportementale qui souligne notre prédisposition à la conformité sociale.

 

Enfin, le cerveau émotionnel, qui ne s’oppose pas à la raison, mais la complète, intervient dans notre analyse des situations et par conséquent dans notre prise de décision.

 

Au fil de notre évolution, le cerveau s’est construit des heuristiques pour optimiser son fonctionnement. Des réflexes qui lui permettent de gagner du temps et de l’énergie, mais qui ont la fâcheuse tendance de créer ce qu’on appelle des biais : des phénomènes propres à notre cerveau sur lesquels nous n’avons que très peu de contrôle. Selon les chercheurs en psychologie, il en existerait des centaines, comme autant de pièges à éviter dans un processus de prise de décision.

 

 

Olivier Sibony, auteur du livre « Vous allez commettre une terrible erreur » a tenté d’identifier les principaux pièges que vont nous tendre ces biais au moment de prendre une décision stratégique. Citons en cinq à titre d'illustration :

 

- Le piège du storytelling consiste à être prisonnier sans s’en apercevoir d’une logique ou d’une histoire qu’on a construite pour vous. D’ailleurs, certaines grandes entreprises interdisent les présentations powerpoint pour éviter d’être influencer par un storytelling par définition orienté.

 

- Le piège de l’imitation tend à vouloir reproduire sans chercher à la comprendre, une recette qui a fonctionner ailleurs.

 

- Le piège de l’intuition qui n’a de sens que si le contexte est particulièrement reproductible et si au cours de votre carrière, vous avez été régulièrement confronté à une situation donnée au point d’avoir développé des réflexes intuitifs efficaces.

 

- On peut également être victime du piège de l’excès de confiance, qui va vous pousser à agir sans tenir compte de la concurrence par exemple. Ou encore celui de la perception des risques qui pousse à s’engager plus facilement si les bénéfices sont nettement plus importants que les risques.

 

- Le piège de l’inertie qui recule les décisions ou qui la fausse.

 

 

Si on ne peut se « débiaiser » soi-même, certains réflexes simples permettent de les contourner. Ainsi, une bonne décision ne doit jamais être prise seul. Il faut toujours chercher à se faire challenger, se forcer à sortir du cadre, se nourrir des points de vue divergents, tester des choses avant d’arrêter son choix.

 

Une étude réalisée sur un millier de chefs d’entreprise a ainsi analysé finement les raisons des décision prises. Elle a conclu que la dimension collective comptait pour 5 fois plus que la qualité d’analyse initiale, qui est souvent à peu près la même pour tous les décideurs. Ce qui fait la différence, c’est notre relation aux autres et notre habileté à interagir, à multiplier les angles.

 

Ainsi, avant un lancement de produit, ou une évolution stratégique, certaines entreprises vont s’inscrire dans une logique de réflexion pre-mortem. Au lieu d’attendre que le projet capote pour en analyser les causes, elles vont simuler son échec et s’interroger sur les raisons qui l’y ont mené.

 

Autre technique simple pour éviter de se laisser trop influencer par ses bais en situation de décision.Tout le monde se pose la question des avantages et des inconvénients de chaque option. Après avoir fait ce travail là, vous prenez une autre feuille et vous posez la question, avantages et inconvénient de ne pas opter pour cette décision, la grille d’analyse sera différente. Cumuler ensuite les avantages de faire et les désavantages de ne pas faire et les confrontez aux avantages de ne pas faire et aux désavantages de faire.  En croisant ces deux spectres d’analyse vous renforcez votre prise de décision.

 

Auteur

Ingénieur de Centrale Lyon (1993) et Docteur Centrale Lyon (1997), Franck TARPIN BERNARD est Directeur Général de SBT, et Président du Cluster IMAGINOVE. Il est membre du Conseil d’administration de l’ACL, en charge de la stratégie digitale. Voir les 2 autres publications de l'auteur

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