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06 mars 2020

Manager les transitions – quand l’agriculture nous invite à penser l’entreprise de demain

Savoir apprendre de ses succès et de ses échecs, corriger l’itinéraire, remettre en cause le modèle, oser la rupture et le changement pour atteindre sa vision et prospérer. Vanessa Bohé (ECL99) analyse les passerelles qui existent entre le monde de l'agriculture et celui de l'entreprise tous deux confrontés aux défis d'écosystèmes en mutation, et la tentation de changer de paradigme.


Pour comprendre le monde dans lequel nous vivons, il est parfois nécessaire de remonter le temps, de se plonger dans le passé.

Aujourd’hui, je vous propose un voyage en 1947. Nous sommes après-guerre, la France a faim. Le gouvernement demande aux agriculteurs de « nourrir la France ». Un modèle de culture productiviste se met en place. Les paysans adaptent leurs modes de fonctionnement pour répondre à l’enjeu qui leur est posé. Afin de faire de la culture intensive, il leur est demandé d’arrêter de sélectionner une multitude de variétés adaptées à une grande diversité d’environnements pour adapter tous leurs environnements à un très faible nombre de variétés. Parallèlement, les agronomes sont invités à sélectionner des variétés à haut potentiel génétique et à les standardiser. L’industrie chimique développe des produits en « -cide » (fongicide, pesticide, herbicide…) pour augmenter les rendements, forçant ainsi les agriculteurs à sortir d’un modèle de symbiose avec la nature pour aller vers un modèle de concurrence avec elle.

Petit à petit, le monde agricole est entré dans l’engrenage de la culture industrielle tiré par les mastodontes des produits phytosanitaires, les grandes coopératives et les multinationales de l’agro-alimentaire. « Ce sont eux qui ont intérêt à maintenir inaudible le discours sur la nécessité d’une révolution vers une agriculture inspirée de l’agro-écologie et basée sur l’utilisation de ce qui est renouvelable et gratuit », M. Dufumier. Les paysans sont amenés à investir toujours plus pour satisfaire à leurs exigences et aux normes, les propulsant aussi sous le contrôle des banques à qui appartient le matériel.

L’agriculteur devient, de ce fait, pieds et mains liées à un écosystème faisant la fortune de ses clients et fournisseurs et le conduisant à sa faillite personnelle et écologique.

Aujourd’hui, l’agriculteur se reconnait-il encore dans cet écosystème ? N’est-il pas lui aussi concerné par le monde et la terre qu’il laisse en héritage ? Aussi, pris dans cet engrenage infernal qui s’est refermé sur lui, comment peut-il faire pour changer de modèle ? Accéder à un changement de type 2 (cf Paul Watzlawick) qui affecte tout le système et pas seulement une régulation de ce qu’il fait déjà ?

Ce changement de modèle, cette rupture, lui demande une réelle prise de conscience et une bonne dose de courage, souvent initiés par sa faillite imminente.

Il lui faut sortir des relations de dépendance envers les banquiers (à qui appartient encore le matériel), de la pression et du discours des ingénieurs agronomes et des groupes industriels qui les emploient. Sortir des préjugés familiaux, sociétaux, industriels, financiers et des centres de formations pour qui il n’y a pas de prise de conscience (…) de ce que la population attend désormais de l’agriculture.

Il lui faut développer un nouveau modèle économique, moins intensif, moins productiviste, plus éthique, pour gagner plus. Accepter, de sortir du « travailler plus pour gagner plus » pour intégrer le « travailler mieux pour gagner mieux individuellement et collectivement ».

Enfin il doit avoir une prise de conscience afin de développer sa vision et son sens du monde de demain, sa confiance dans des solutions différentes, plus écologiques mettant à profit son environnement, sa biodiversité et, et c’est souvent là le plus important, avoir le courage d’oser la rupture et un changement de paradigme.

L’analogie est forte avec le monde de l’entreprise et son positionnement stratégique dans son écosystème. L’entreprise évolue dans un système où les sociétés matures cherchent une certaine stabilité, une assise sur leur marché. Elle se sont souvent construites au fil des décisions passées, sur les bases de leur histoire, en lien avec la société d’hier. Parallèlement, les jeunes pousses cherchent à remettre en cause le statu quo, prendre la place de leurs ainées avec de nouveaux produits, de nouveaux modèles, une adaptation nouvelle à la société actuelle.

Aussi, « être demain » serait-il voir les transitions du présent et pressentir celles à venir ? Serait-ce accepter de remettre en cause l’establishment au profit d’une vision, d’un sens à donner à ses actions, ses valeurs et celles de la société souhaitée et léguée à ses enfants tout en assurant la pérennité financière de l’entreprise et des hommes qui la font ?

« Être », serait-ce s’engager et engager ses équipes dans une voie audacieuse, tournée vers l’excellence individuelle, collective et sociétale ? Savoir apprendre de ses succès et de ses échecs, corriger l’itinéraire, remettre en cause le modèle, oser la rupture et le changement pour atteindre sa vision et prospérer ?

Entrepreneurs, hommes et femmes d’action, l’avenir nous appartient. Que mettons-nous en place, chacun à notre échelle, pour être les leaders de demain ?

Écrit par Vanessa BOHE (99), BOHE Coaching-RH,
Co-relu par Hélène VABRE, My Tandem
Membres du Réseau Décidem - www.decidem.fr

Auteur

Ingénieure dans l’industrie, manager d’équipe et sportive de haut niveau en voile durant plus de 15 ans, Vanessa Bohe accompagne depuis 2017 les individus et organisations dans leur développement et l'atteinte de leurs objectifs, avec une démarche centrée sur l'humain et la dynamique collective.

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