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Association des Centraliens de Lyon

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EPSA
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12 novembre 2018

Sport automobile : Centrale Lyon dans la course grâce à l'EPSA

Grâce à l'Écurie Piston Sport Auto (EPSA), le sport automobile tient depuis bientôt 18 ans une place importante à Centrale Lyon. En pole position pour nous en parler, Patrick Serrafero, Professeur Associé de Mécanique à l'ECL et co-fondateur de l'écurie en 2001.


Racontez-nous comment est née l’idée de créer l’écurie centralienne EPSA

L’Écurie Piston Sport Auto est née en 2001, année où j’ai pris mes fonctions de Professeur Associé de mécanique à l’Ecole Centrale de Lyon. Je savais qu’une nouvelle compétition automobile réservée aux Grandes Ecoles et Universités allait être créée. J’ai donc proposé à mes élèves-ingénieurs de 3ème Année de leur enseigner l’Ingénierie des Systèmes, non pas sur des exercices académiques, mais en pratiquant les méthodes présentées en cours au travers de la création puis de la fabrication d’une voiture de course. 8 mois plus tard, le premier prototype EPSA - dénommé Winttim - se garait devant les amphithéâtres de l’Ecole. C'était une expérience pédagogique de "learning by doing" !

Wintim EPSAWinttim : le premier prototype thermique de l'EPSA

Ressemblait-il à ce que vous espériez ?
Je l’appelle encore aujourd’hui le premier "tank roulant" de l’écurie ! Mais il était fonctionnel et surtout, il roulait, ce qui était déjà une réussite. Il faut rappeler que tout était nouveau pour nous à l’époque.


La compétition avec les autres Ecoles ressemble t-elle à une course de véhicules comme les autres ?
Pas du tout. Cette compétition (ie : le Trophée SIA) entre prototypes fabriqués par les écoles d’ingénieurs et les universités reposait sur plusieurs critères. Avec 10 litres d’essence, il fallait aller le plus loin, le plus rapidement, le plus légèrement, et le plus silencieusement possible, tout en étant le plus régulier au tour. La formule magique de l’époque donnant l'Indice de Performance Véhicule IPV était : 10 000 fois la distance parcourue avec les 10 litres d’essence, divisée par la masse du véhicule, divisée par le carré des écarts de temps au tour, divisé par le carré de la consommation d’énergie. Le résultat faisait office de note et permettait d’établir un classement des voitures des différentes écoles. Chaque année, l’objectif pédagogique de l'EPSA était de se présenter avec un véhicule 20 % plus performant que celui de l'an passé sur l’ensemble de ces critères !


Ozmoz : le premier prototype hybride de l'EPSA, gagnant 3 prix sur 6 au Trophée SIA 2009

 

Vous en parlez au passé. Cette compétition a-t-elle disparu ?
En 2012, le concours SIA s’est arrêté faute de participants. Seule une dizaine d’écoles répondait encore à l’appel. L'EPSA a alors décidé, avec l’appui de son principal sponsor TOTAL, de s'engager dans la cour des grands et de participer au Formula Student (FS pour les intimes) qui n’est autre que la Formule 1 internationale réservée aux étudiants. Ce sont près de 800 écoles du monde entier qui s’affrontent chaque année lors de 14 manches réparties en Europe et aux Amériques, certains teams étant notamment issus de pays traditionnellement très compétitifs en compétition automobile, comme l’Allemagne, l’Angleterre ou encore l’Italie.

Les épreuves sont-elles plus exigeantes que celles du Trophée SIA ?
La philosophie reste la même sauf que les épreuves sont davantage calibrées. Il y en a 8 en tout : 5 statiques notamment une épreuve de design où il faut justifier la façon dont a été conçue la voiture. Une épreuve orientée business au cours de laquelle il faut démontrer que les innovations utilisées dans la conception du véhicule permettraient la création d’une startup, si ce dernier était commercialisé. Une analyse des coûts. Chaque pièce doit être budgétée. Une épreuve de freinage et de tilt. Et 3 épreuves dynamiques : d’accélération de 0 à 75 mètres. De stabilité du véhicule sur un circuit en 8 comme à l’époque des circuits électriques de notre enfance. Et d’endurance de 22km qui sert également d’épreuve de consommation pour laquelle il faut aller vite mais en consommant le moins possible. Tout cela donne des points sur 1000 : 375 sur les épreuves statiques et le reste sur les dynamiques.

Et alors, comment se débrouille l’EPSA face à une telle concurrence ?
Disons qu’on se situe en milieu de tableau. Sur 800 concurrents, l'EPSA se positionne autour de la 250ème place.

Virtuoz : gagnant du prix  Driver Performance du Rallye de Monte-Carlo 2013


Avez-vous identifié les points sur lesquels vous deviez encore progresser ?
Ils sont nombreux. Il faudrait commencer par réduire les masses. Notre dernier prototype pèse 239 kg, alors que les meilleurs sont à seulement 141 kg. Les écarts sont importants, mais les moyens ne sont pas les mêmes. Les meilleures voitures, notamment allemandes, sont des bolides à 1 million d’euros basée sur des technologies carbones, fabrication additive métallique ... alors que nous utilisons encore des châssis mécano-soudés. On doit également chercher à s’améliorer en termes de consommation moteur et surtout d’aérodynamique… On commence tout juste cette année à travailler sur un pack aéro afin de réduire le coefficient de traînée (cx) de notre prototype.

Chaque année, ce sont près de 80 jeunes de 15 à 25 ans, de niveau CAP, BEP, Bac Pro, BTS et Centrale Lyon, qui collaborent à ce projet

De toute cette aventure, de quoi êtes-vous le plus fier ?
Ce qui me plaît avec l’EPSA, c’est qu’elle permet une mixité professionnelle, en faisant travailler ensemble des élèves-ingénieurs ECL avec des élèves ouvriers qui vont usiner les pièces, qui eux-mêmes travaillent avec des élèves de Bac Pro qui soudent le châssis, qui de leur côté collaborent avec des élèves-techniciens pour la mise en oeuvre d'équipements découpés au laser. En tout, chaque année, ce sont près de 80 jeunes professionnels de 15 à 25 ans, de niveau CAP, BEP, Bac Pro, BTS et Centrale Lyon, qui collaborent intensément et passionnément à ce projet. Cette envie de "faire ensemble l'excellence" est le plus gratifiant pour moi. Nous devons préparer les nouveaux capitaines et innovateurs de l'industrie mécatronique du futur.


Dynamix : gagnant le prix Best New Comer du FS Silvertone 2015

Pour conclure, avez-vous des anecdotes à nous raconter sur de petites galères rencontrées avec les voitures de course fabriqués par l'EPSA ?
Sur 17 véhicule produits à ce jour, une n’a jamais démarré, une autre a cassé sa liaison au sol sous le nez du sponsor principal, une troisième a explosé son moteur en route ! C’est comme en formule 1, il y a parfois des imprévus techniques. A chaque fois, la source du problème est la même : un véhicule fini trop tard qui induit une insuffisance d’essais et de déverminage. Un véhicule rodé doit casser pendant les essais et non pendant la compétition. Comme ailleurs, la tenue des délais est le facteur numéro un de réussite du projet.

Et vos succès ?
Nous avons gagné tout ce qui pouvait l'être au Trophée SIA : performance, innovation, communication, sécurité, grand prix. Nous avons également ramené le prix 2010 de la mécatronique de l'Association Thésame, le prix 2013 "Driver Performance" du Rallye de Monte Carlo des Énergies Nouvelles et le prix 2015 "Best New Comer" du FS Silverstone. Mais il reste encore du travail et surtout à méditer humblement la maxime lumineuse de Ferdinand Porsche : "Se dépasser soi-même, la seule course qui ne s'arrête jamais !"

Présentation Projet EPSA Formula Student 2018

 

Pour aller plus loin, visitez le site de l'EPSA

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