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06 mai 2019

Enora Denimal : rencontre avec la lauréate du prix de thèse CSMA 2018

Si demain vos tympans ne sont plus agressés à chaque fois qu'un véhicule freine à côté de vous, ce sera un peu grâce à Enora Denimal, Lauréate du prix de thèse CSMA 2018.


Diplômée en 2015 et docteure de l'Université de Lyon - École Centrale de Lyon en mécanique et dynamique des structures et des systèmes, Énora Denimal vient de se voir décerner le prix de thèse CSMA 2018. Une récompense qui vient saluer l'excellence de ses travaux sur la "Prédiction des instabilités de frottement par méta-modélisation et approches fréquentielles". Tout un programme qu'elle a accepté de nous présenter.


Ta thèse a pour titre « Prédiction des instabilités de frottement par méta-modélisation et approches fréquentielles ». Que se cache-t-il derrière ces termes techniques ?

Concrètement, j’ai travaillé sur le crissement de frein automobile et plus particulièrement sur sa prédiction numérique, en partenariat avec PSA qui finançait ma thèse. Un phénomène qu’on peine à modéliser numériquement jusque-là, à cause de la complexité du phénomène mais aussi des temps de calcul particulièrement longs qui y sont associés. Ce coût important rend compliqué l’étape de dimensionnement puisqu’il est impossible de tester toutes les valeurs des différents paramètres qui peuvent varier. Heureusement, les mathématiciens ont inventé des méthodes dites de méta-modélisation qui permettent à partir d’un certains nombres de points de calcul, de deviner ce qu’il se passe ailleurs. L’idée était donc d’appliquer cette méthodologie pour la prédiction du crissement.

Un second aspect de ma thèse consistait à travailler sur la prédiction du crissement à l’aide d’une approche fréquentielle. L’approche développée s'est révélée plus prédictive que ce qui est utilisé actuellement dans l’industrie automobile et elle peut notamment être utilisée dans un contexte industriel puisque les temps de calculs associés restent suffisamment courts afin d’être intégrés à une chaîne de dimensionnement.

 

Les résultats de ta thèse ont-ils été à la hauteur de ce que tu espérais ?

Sur la partie prédiction, les résultats ne sont pas si mal même si j’avoue que je n’y croyais pas trop au début de mes travaux. Quant à mes recherches sur la méta-modélisation, tous les résultats de ma thèse vont être industrialisés au sein de PSA. Grâce aux résultats obtenus, ils vont pouvoir envisager la conception frein par rapport au crissement, chose qu’ils ne parvenaient pas à faire jusqu’à aujourd’hui.

 

Comment t’es-tu retrouvée à travailler sur cette thèse ? Au-delà bien sûr de ta passion pour les crissements de frein !

J’ai toujours eu l’envie de faire de la recherche et faire une thèse était le moyen de découvrir ce milieu. Pendant mes cours à Centrale Lyon, j’ai eu un bon contact avec un de mes profs : Jean-Jacques Sinou. J’ai mené ma petite enquête pour savoir comment il gérait ses thèses et ses doctorants et comme les échos étaient positifs, je suis allée le voir pour lui demander s’il avait un sujet à me proposer. Peugeot avait cette problématique industrielle et je me suis dit que ça pouvait être intéressant de travailler dessus.  

Pourquoi la recherche ?

Je suis d’une nature curieuse, à vouloir comprendre comment les choses fonctionnent. J’aime l’idée de réfléchir à des sujets pour lesquels il n’existe pas encore de solution toute faite. Le fait de devoir découvrir et manipuler de nouveaux outils au quotidien est très motivant pour moi et me permet de ne jamais m’ennuyer. J’aime aussi l’idée d’étudier des phénomènes qu’on comprend plus ou moins, sur lesquels on tente d’appliquer des théories existantes, avant pourquoi pas, d’en inventer de nouvelles.

Tu as également remporté au passage le prix de thèse CSMA...

Ce fut presque un hasard. Je n’étais pas partie pour y participer mais au moment du dépôt de candidatures, je devais préparer mon entretien pour mon post-doctorat, et former mon dossier pour obtenir le droit de postuler au concours de Maître de conférences en France. J’avais réuni une tonne de documents et de papiers et comme c’était les mêmes que ceux demandés par le prix de thèse, je me suis lancée. Je n'espérais rien de précis, surtout qu'on m’avait prévenue que ma thématique de thèse était un peu excentrée par rapport à ce qui se fait dans la communauté (4 prix seulement depuis 2002). La surprise n’en a été que plus grande quand on m’a annoncé que j’avais remporté le prix. Mon directeur de thèse était au départ presque plus heureux que moi. C’est quand j'ai vu le nombre de sollicitations et de félicitations que je recevais, que j’ai pris conscience que ce prix était vraiment important sur le plan national.

 

Que dirais-tu à un étudiant de Centrale Lyon pour le motiver de faire une thèse ?

Ce fut sans doute une des expériences les plus riches de ma vie. On apprend énormément sur le plan scientifique mais aussi sur soi-même. Mais attention, tout le monde n’est pas fait pour la thèse. Malgré les échanges que l’on peut avoir, on se retrouve la plupart du temps à travailler seul, ce qui peut être très enrichissant et oblige à apprendre la patience, ainsi qu’à remettre en question son travail continuellement. On passe par des moments difficiles ou rien ne fonctionne, et puis un jour, tout se débloque. Si la thèse apprend quelque chose, c'est à croire en soi.

 

La thèse d'Enora Denimal est accessible sur ce lien.

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