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Association des Centraliens de Lyon

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27 juin 2019

Kenya : quête de sens et projet humanitaire

Diplômé de l’École Centrale de Lille en 2014 (département Iteem), Romain Sion travaille actuellement au sein d’une holding d’investissement spécialisée dans les nouvelles technologies. Il y a 3 ans, il rejoint l'entrepreneur Alexandre Mars qui après avoir réussi sa vie d’entrepreneur dans les nouvelles technologies, fit le choix audacieux de créer EPIC, une start-up sociale de 35 employés répartis dans 4 pays qui se bat pour réduire les inégalités sociales dans le monde et qu’il finance en intégralité avec le profit des investissements réalisé via sa holding. Chaque année EPIC sélectionne parmi plus de 4000 candidatures entre 8 et 10 ONG exceptionnelles et les accompagne financièrement dans le cadre de ses programmes. Depuis 3 ans, Romain profite de ses vacances d’été pour partir sur le terrain et apporter ses compétences à ces organisations sociales. Après Mumbai en Inde et la jungle Ougandaise, il est parti au Kenya au sein de "Carolina for Kibera" située en plein cœur du plus grand bidonville urbain d’Afrique de l’Ouest situé au sud de Nairobi. Kibera, c’est 1,2M de personnes issues de 42 tribus et réparties dans 14 villages. Les lignes qui suivent racontent son aventure.


Premiers pas à Nairobi

Après une escale à Dubai, je suis arrivé vers 6h20 du matin à Nairobi. Avant de me rendre chez CFK, j’étais attendu par ma famille d’accueil, la famille Siteki qui vit dans Kibera depuis plusieurs dizaines d’années. Tabitha, la maîtresse de maison, serial entrepreneur et mère de 5 enfants m’a accueilli comme un fils. Ayant perdu son mari il y a 20 ans, avec 5 enfants à charge et un prêt immobilier sur les bras, elle a monté quatre business dans le retail et la restauration, ce qui lui a ensuite permis d’envoyer deux de ses enfants aux US. Bien que l’électricité coupait régulièrement et que la douche avait l’aspect d’un gros robinet, je mangeais comme un prince. Ambiance géniale surtout le soir lors d’interminables échanges interculturels !

 

Vue depuis notre chambre chez notre famille d’accueil


Arrivée chez Carolina For Kibera

Carolina For Kibera se bat depuis plusieurs dizaines d’années afin de former la prochaine génération de leaders locaux et de réduire la pauvreté dans le bidonville. CFK a ainsi développé différents programmes communautaires autour du Sport, de programmes éducatifs, d’un centre pour les filles, d’une clinique et d’un centre de nutrition. Après un accueil chaleureux de la part de tout le staff de CFK, l’aventure a commencé !

 

Carolina For KIbera Impact assessment qualitatif :

Carolina for Kibera cherchait à mettre en avant leurs bénéficiaires à travers des formats vidéos afin de valoriser l’impact de leurs programmes. De nos jours, donateurs & sponsors ne se contentent plus uniquement de signer des chèques, ces derniers cherchent à déterminer l’impact de leurs dons. Ils m’ont donc chargé de partir à la rencontre de leurs bénéficiaires afin de récolter leurs témoignages. Nous nous sommes donc rendus dans les écoles, dans les cliniques, chez l’habitant et dans les coins les plus reculés du bidonville afin de rencontrer ces jeunes héros dont CFK est si fier.

 

Métamorphosé en journaliste  pendant 3 semaines, le programme fut particulièrement intense et rythmé entre interviews, shootings vidéo et montages au rythme d’une vidéo réalisée tous les deux jours. Se repérer seul dans Kibera et pour des raisons évidentes de sécurité, je n’étais jamais seul. J’étais toujours accompagné de Kennedy qui connaissant tout le monde et avec lequel nous étions entre de bonnes mains.

 

Chemin habituelle pour nous rendre à la clinique inaccessible en voiture ni même à vélo

 

Interview d’un directeur d’école misant sur la musique au sein de ses classes pour combattre la pauvreté

 

Photo de classe avec une personne en plus 

 

Parmi toutes les rencontres que j'ai faites, aucune ne m'a laissé indifférent, mais certaines m'ont particulièrement marqué. Voici leur histoire :

 

 

Peter, jeune brillant et travailleur mais sans espoir qui grâce au programme Youth Empowerment de CFK a pu suivre des études d’ingénieur et ambitionne avec l'ambition de reconstruire Kibera

 

 

Belinda, jeune passionnée de football qui s’est faite recruter par un club national en tant que joueuse professionnelle après un passage dans l’équipe de foot féminine de CFK :



Celestine, femme enceinte qui n’avait pas les moyens de se payer des soins d’urgence à cause de saignements et qui a été prise en charge par le programme Primary Helthcare program de CFK avant de rejoindre le staff.



Immaculate
, jeune battante issue d’une famille nombreuse qui a pu décrocher un emploi de webdesigner via le programme Youth Empowerment.


Ma rencontre avec Faith 17 ans – étudiante et mère


Faith avec son bébé dans les bras avant de partir à l’école

 

Je m’étais levé à 5h30 du matin, afin de rencontrer Faith. Après 20 minutes de marche, Faith nous a accueillis dans une baraque de tôle de 12m2 dans laquelle s’entassait toute sa famille. Avec assurance, Faith nous a décrit sa grossesse découverte après 7 mois, le refus du père, le rejet de sa famille et de ses amis, la mort d’un des deux jumeaux et ses envies de suicide. Elle a ensuite découvert le programme de CFK qui lui a redonné confiance, permis de retourner à l’école en l’aidant à régler les frais de scolarité et surtout elle a appris à dire NON. Ce qui m’a marqué, c’est qu’elle m’a pris à part avant de partir pour me demander si je pouvais l’aider pour obtenir des serviettes hygiéniques. En tant que délégué de classe, c’est un problème récurrent pour un certain nombre de ses camarades. Sa demande n’était même pas pour elle mais pour les autres…

 

 

 

#OneDayOneLeader

 

Afin de mieux comprendre la culture kenyanne et ses enjeux locaux, je m’étais organisé pour rencontrer chaque soir un leader issu des sphères économiques, politiques et sociales. Nous avons eu la chance d’être reçus par de nombreux entrepreneurs, des ONG, hommes politiques, des magnats de l’immobilier, des industriels de l’automobile, une célèbre fashion designer… L’une des rencontres qui m’a le plus marqué fut celle avec Bob Collymore, CEO de Safaricom, entreprise privée la plus importante du pays. Dans le cadre de son combat contre la corruption qui gangrène son pays, il a longuement insisté sur l’importance de la transparence afin de montrer aux jeunes générations que l’on peut réussir en respectant les règles et les lois.Voici son interview :

 

Rencontre avec Bob Collymore CEO Safaricom

 

Comment s’organise le bidonville de Kibera?

Kibera étant considéré comme une zone sensible, le gouvernement y accorde un suivi tout particulier. Le ministère de l’intérieur y missionne des district officiers qui ont pour mission d’assurer la sécurité et de représenter le gouvernement. Tous les jours à 17h, ils font un rapport de la situation auprès de ce dernier. Casquette militaire vissée sur la tête et uniforme kaki, nous avons obtenu une rencontre avec l’un des DO de Kibera. Responsable d’une zone de 500k personnes, tout passe par lui qu’il s’agisse d’une demande de passeport, d’un prêt bancaire universitaire, d’un viol, d’un vol… Afin d’être au plus proche des habitants, des comités de 10-15 leaders locaux sont organisés sur les grandes thématiques telles que la paix, la sécurité et le développement. Afin de rassembler un maximum, des critères de sélection tels que l’appartenance tribale, le sexe et la réputation sont définis même si chacun tend à favoriser sa tribu plutôt qu’une autre.

 

Pourquoi peu d’actions d’envergures tendent à proposer une alternative au bidonville de Kibera?

Les 43 tribus présentes au Kenya gardent toute leur importance notamment lors des élections. La classe politique met en avant ce sentiment d’appartenance afin de se constituer une base d’électeurs solide. Beaucoup de promesses sont faites et peu sont tenues… Néanmoins, le précédent premier ministre issu de la tribu des Luo avait poussé une initiative visant à proposer des logements décents et accessibles aux habitants de Kibera (de dominance Luo). Initiative rapidement tombée dans l’oubli… Le bidonville de Kibera est un business juteux! Les 1,2M d’habitants vivent pour la plupart de petits commerces et payent des impôts à hauteur de $0,2 par jour ouvré. De plus, des hommes d’affaires se sont accaparés de larges terrains il y a quelques dizaines d’année et les louent aux habitants du bidonville. Certains ont même passé un deal avec la classe politique pour rester en toute impunité. Aucun intérêt à changer des habitudes qui rapportent! 

 

Pourquoi les gens passent-il le temps à se saluer dans le bidonville?

Depuis Kibera, notre challenge de tous les jours, c’est de commander un taxi. La plupart des taxis ne souhaitent pas venir nous chercher ou sont presque plus stressés que nous à l’idée de nous déposer à la nuit tombée. Beaucoup d’histoires de guet apens… A contrario, lorsque l’on se ballade dans le bidonville de Kibera avec notre famille d’accueil ou le staff de Carolina for Kibera, nous rencontrons des gens chaleureux et souriants. Après de nombreux échanges, nous avons compris que la sécurité c’est une responsabilité commune. Chacun veille les uns sur les autres. Ton niveau de sécurité est fortement corrélé avec ton niveau d’intégration et de tes connaissances. C’est l’une des raisons pour lesquelles les gens passent autant de temps à se saluer. C’est la loi de la rue, un voleur a plus intérêt à se faire prendre par la police. Il y a quelques mois, un jeune y a laissé sa peau à cause d’un vol d’autoradio.

 

 

Adieux et retour d’expérience

 

Fête surprise organisée par le staff de CFK avant notre départ


Après avoir débriefé de ma mission et remis nos livrables, le staff m’a fait une belle surprise avec une tenue traditionnelle accompagnée d’un goûter de départ super sympa! Niveau Ambiance, je vous laisse découvrir en video le staff de CFK.

 

Cette mission me fait encore une fois prendre conscience de la chance que l’on a d’être né dans un pays comme la France et que cette chance on n'a pas le droit de la gâcher ! Nous pouvons tous contribuer à rendre le monde meilleur .A chacun de définir son engagement. Cette responsabilité n’est pas uniquement une responsabilité individuelle mais aussi une responsabilité d’entreprise. Je suis convaincu que les prochaines success stories d’entreprises ne seront plus uniquement des succès définit par l’innovation mais aussi par des entreprises engagées, avec des valeurs fortes et seront conscientes des enjeux sociétaux et environnementaux qui les entourent.

 

Romain Sion
www.romainsion.fr

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