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Association des Centraliens de Lyon

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16 juillet 2019

Humanitaire au Pérou : sur les traces d’El Niño

En juillet 2017, Clément Suberchicot (ECL2016) et 9 autres étudiants ingénieurs partent au Pérou pour réaliser un projet avec l’association Techo : construire deux structures en bois pour la communauté de Santa Rosa, l’une devant faire office de local pour accueillir des réunions, et l’autre de bibliothèque et lieu d’étude pour les enfants. Récit d’une aventure humaine rythmée par les conséquences des changements climatiques.


Le projet mené en partenariat avec Techo, une association présente dans de nombreux pays d’Amérique latine, avait pour objectif principal de combattre la pauvreté visible dans les bidonvilles en faisant collaborer populations défavorisées, jeunes volontaires et experts, sur des projets de construction (habitations, bibliothèques pour les enfants…).

A notre arrivée sur place, nous rencontrons les membres de la communauté de Santa Rosa et découvrons leurs conditions de vie : ils vivent dans une zone extrêmement aride dans la banlieue de Lima, dans des logements qu’ils ont eux-mêmes construits avec les matériaux qu’ils pouvaient trouver - principalement du bois et de la tôle - et ont un accès limité à l’électricité et pas d’eau potable. Dans cette région, ce sont des milliers de personnes qui vivent dans des conditions insalubres et de nouvelles communautés continuent à s’y installer chaque année.

Banlieue de Lima

Max, le chef de la communauté de Santa Rosa, est une personne généreuse, souriante et particulièrement concernée par l’éducation des enfants de la communauté, qui selon lui, est le seul moyen pour eux d’avoir accès à de meilleures conditions de vie. C’est pour assurer cet accès à une éducation de qualité à son fils qu’il travaille jour et nuit (en moyenne 15h par jour) en tant que conducteur de taxi. Le projet de la bibliothèque était un projet qui lui tenait à cœur pour pouvoir fournir aux enfants de la communauté un lieu d’apprentissage et d’échange.

La construction de deux structures en bois  était lancée : un local de réunion pour les habitants de la communauté et une bibliothèque pour fournir un lieu de divertissement et d’apprentissage aux enfants.

Le chantier va durer un peu plus de deux semaines, encadré par deux membres de Techo et ponctuellement aidé par des habitants de la communauté. Au cours de ces deux semaines, nous avons nivelé le terrain, déchargé les camions livrant le bois, découpé les planches de bois pour construire la structure, assemblé les panneaux latéraux, posé la toiture, peint les façades, aménagé l’intérieur, etc… Un travail éprouvant mais récompensé chaque midi par les plats locaux pleins de saveurs de la cuisinière Paquita, que nous partagions volontiers avec les habitants. Ces pauses étaient également l’occasion de passer un peu de temps avec les enfants, et notamment avec Eric, 2 ans, très expressif et plein de caractère !

Ces journées furent intenses physiquement et émotionnellement, avec des moments inoubliables avec les habitants de cette communauté. L’inauguration de la bibliothèque a été également un moment particulièrement touchant durant lequel nous avons pu nous rendre compte de l’importance que portaient les habitants à ce bâtiment, visant à favoriser l’éducation des plus jeunes.


Plus tard, lors d’un repas, Max nous confie qu’il n’a pas toujours vécu dans ces conditions. Sa région natale, située au nord du Pérou, a été victime d’un phénomène El Niño particulièrement violent et a subi, de 1997 à 1998, de graves inondations et glissements de terrain qui ont tué des milliers de personnes et détruit de nombreux logements, dont celui de Max. Des milliers de personnes se sont alors retrouvées sans-abris et la plupart ont choisi de migrer et de s’installer près de Lima pour trouver du travail et reconstruire leur vie.

El Niño est un phénomène climatique d’origine naturelle qui se produit plus ou moins régulièrement depuis plusieurs milliers d’années. Il s’agit d’un “réchauffement accentué des eaux de surface près des côtes de l’Amérique du Sud”, résultant d’un “cycle de variations de la pression atmosphérique entre l'est et l'ouest du Pacifique, couplé à un cycle du courant océanique le long de l'équateur”, et se traduisant par de fortes précipitations ou des sécheresses, qui impactent de nombreuses régions du monde. Sa fréquence d’apparition et sa durée ayant augmentées durant les dernières décennies, la question de l’influence du réchauffement climatique anthropique (i.e. causé par l’homme) sur ce phénomène a été évoquée. A l’heure actuelle, de par la complexité et l’imprévisibilité du phénomène, il est impossible de connaître avec exactitude les interactions entre El Niño - qui participe au réchauffement climatique de manière naturelle - et le réchauffement climatique provoqué par l’homme.

Les enjeux principaux résident ainsi dans la compréhension du phénomène et de ses interactions, afin de pouvoir prévoir son apparition et protéger les populations des régions impactées. Cette compréhension passe par la recherche et la construction de modèles, sujet sur lequel se penchent de nombreux ingénieurs météorologues et climatologues.

Même s’il subsiste des interrogations sur l’influence du réchauffement climatique anthropique sur le phénomène El Niño, il a en revanche été prouvé qu’il était à l’origine de nombreux problèmes. Par exemple, il est à l’origine de sécheresses en Asie du Sud-Est : début avril, les habitants de Phnom Penh, la capitale du Cambodge, se partageaient l’électricité - une partie de la ville y avait accès le matin et l’autre l’après-midi - car la majorité de l’électricité fournie est d’origine hydraulique mais le réchauffement climatique a accentué l’assèchement des fleuves et rivières et retardé la période des moussons.

Ce sont d’ailleurs bien souvent les pays dits “en développement” qui sont les premières victimes du réchauffement climatique, causé en grande partie par les pays dits “développés”. Il serait peut-être temps de se rendre compte des conséquences de notre mode de vie et d’en changer, et je suis persuadé que les ingénieurs ont un rôle important à jouer dans ce changement.


Pour aller plus loin :

En 2014, d’après le rapport annuel Global Estimates du Conseil norvégien pour les réfugiés, le nombre de réfugiés climatiques, i.e. de personnes poussées à l’exode à causes de raisons climatiques, s’élevait à plus de 19 millions de personnes et 87% d’entre eux étaient d’origine asiatique. D’après les estimations de l’ONU, 250 millions de personnes seront forcées de s’exiler à cause des bouleversements du climat.

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