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15 janvier 2019

Big data et mobilité : move or die !

Soumise à l’émergence d’un nouveau « mobidigme » et au déferlement du Big Data et de l’Intelligence Artificielle, l’industrie française et européenne de la mobilité et des transports doit basculer dans la Mobilité 4.0. Pour prospérer, il va lui falloir se réinventer par un mouvement d’écosystème transversal, en s’appuyant notamment sur des plateformes de partage de données et services, à défaut de se voir confisquer la valeur et la relation avec le client par des acteurs extra européens. Notre avenir est (encore) entre nos mains, sachons y entrer le coeur alerte et les yeux ouverts. L'analyse d'Antoine Couret (ECL 94), Président fondateur de GEO4CAST.


Démarré il y a environ 40 ans, le taux d’urbanisation de la population mondiale s’est accéléré depuis les années quatre-vingt-dix, dépassant les 50 % dans les années 2000. Ce taux atteindra 70 % dans le monde entier dans les 20 prochaines années. En Ile-de-France, la population croit d’environ 1 M tous les 10 ans avec une perspective de l’ordre de 14 m d’habitants d’ici 2030. Or la demande de transport est entièrement corrélée à la croissance de la population et, pour les mo­bilités du quotidien, au taux d’urbanisation.

La pression est donc immense, dans le monde entier, pour répondre à cette demande crois­sante d’une façon plus qualitative.

Résultat naturel de cette pression, de mul­tiples solutions potentielles sont apparues, basées sur des innovations parfois majeures en termes d’offres de services (Uber, VTC, co­voiturage, autopartage, encart 1), de techno­logies de transport (véhicules autonomes et/ ou électriques) ou d’accès aux services (ap­plications mobiles, données ouvertes ou de géolocalisation temps réel, intelligence arti­ficielle,…).

Ces vecteurs technologiques sont eux-mêmes basés sur des progrès matériels majeurs (capteurs, batteries, processeurs,…) mais également Logiciels et Données (col­lecte et traitement de données massives, le plus souvent crowdsourcées).

Alors que leur déploiement est encore sou­vent marginal, ces nouveautés perturbent déjà les ordres établis en changeant les usages, les chaînes de valeur ou la gestion de l’occupation de la voirie. En un mot, les services de mobilité remplacent les moyens de transport, ce que l’on pourrait qualifier de nouveau « mobidigme ».

DATA & IA, ACTEURS CLÉ DE LA MOBILITE 4.0

Si l’industrie Française des transports veut prendre ce virage pour être au niveau d’ex­cellence mondial de la planification à l’ex­ploitation en passant surtout par l’excellence de l’expérience client, ainsi que développer ses positions à l’international, elle va devoir, elle aussi, se réinventer et investir.

C’est bien sûr un enjeu individuel pour chaque acteur, et les mouvements sont déjà très nombreux (Valeo produisant ses premières voitures, SNCF investissant dans les bus et le covoi­turage, Whim offrant un pass Navigo privé en Finlande). Mais c’est au moins autant un enjeu d’écosystème, tant les services de mo­bilité transcendent les chaînes de valeur his­toriques, et un enjeu public étant donné les investissements en jeu (cf. l’irruption des vé­los libre-service concurrents du Velib à Paris), où d’anciens et de nouveaux concurrents vont devoir inventer de nouvelles façons de travailler ensemble et avec les nouveaux concurrents.

Ce changement d’écosystème devra promou­voir la vision transversale de la mobilité, et non plus une vision en silo de chaque mode de transport. Là aussi des premières initia­tives sont déjà en cours (Achat de Here par les constructeurs automobiles et équipe­mentiers allemands, IdFMobilité intégrant le covoiturage dans Navigo) mais ne trouveront un écho favorable que dans le cadre d’une volonté institutionnelle forte créant l’environnement réglementaire, économique et technologique favorable à cette évolution souvent « contre nature » sur des marchés où l’unité est le milliard d’euros.

Parmi tous les challenges de cette transi­tion, une bonne nouvelle : les ressources en données ou en traitement d’intelligence artificielle (IA), les capitaux pour construire ces nouveaux services et organiser l’écosys­tème, ne sont plus une limite technique ni économique à cette révolution.

Les technologies Data et IA sont là et l’investisse­ment dans ces technologies ne représentera toujours que quelques pourcents des investis­sements en infrastructure. Il s’agit maintenant que les acteurs s’en emparent, en écosystème, pour construire le changement par étapes. Le terme « en écosystème » est la clé de voute de cette transformation.

Si Uber ou Google, seuls, peuvent accéder à suffisamment de données pour déployer des apprentissages (pour le vé­hicule autonome) ou des services locaux à une échelle suffisante (Uber), c’est bien moins clairement le cas pour nombre des acteurs de nos industries du transport, même des géants mondiaux.

Un grand constructeur, avec ses flottes connectées de quelques millions ou dizaines de millions demain, peut-il vraiment vouloir lutter seul contre le pouvoir d’apprentis­sage de Google utilisant sa position dominante dans les CAPTCHA (test différenciant homme et robot) pour faire qualifier par ses utilisateurs plus de 200 M d’images par jour comme des si­tuations complexes le long des routes ou 2Mds de téléphones Android pour analyser les com­portements de déplacement ? Comment nos opérateurs, spécialisés dans un/des modes de transport en commun, vont-ils découvrir les besoins « bout en bout » des usagers mobiles ?


PLATEFORMES TRANSVERSALES : CLÉ DU MARCHÉ DE DEMAIN

Ces questions suggèrent une brique clé du fu­tur écosystème : des plateformes de données/services permettant à des acteurs en compé­tition de partager, avec un business model associé, les ressources d’intelligence néces­saires et inaccessibles à chacun séparément, pour construire ensuite chacun ses solutions.

- Exemple en termes de données pouvant entrer dans une plateforme :

Les données de déplacement des flottes de voitures autonomes ou électriques, in­ter-constructeurs pour garantir l’apprentissage massif des algorithmes de comportements ou encore optimiser le redimensionnement du réseau électrique avec les collectivités.


- Exemple en termes de services pouvant entrer dans une plateforme:

La réservation de modes chaînés sur un voyage bout en bout. L’exemple de Visa dans le monde bancaire, ou de la norme GSM dans les télécommunications, donne une idée de la puissance de cette vision pour l’industrie européenne, si nous lui donnons vie.

L’objectif des plateformes de coordina­tion est de faire travailler ensemble de façon précompétitive les métiers et les acteurs qui opèrent au quotidien dans les secteurs, col­lectent les données pertinentes et maîtrisent les enjeux opérationnels.

Mises en avant dans le cadre de la mission France IA conduite par Cédric Villani, ces plate­formes précompétitives seront le socle néces­saire à l’émergence d’une Intelligence Artifi­cielle et de gestion des données à la française, voire à l’européenne. Elles formeront ainsi les conditions de la transformation de l’industrie des transports en permettant d’acquérir une avance industrielle concurrentielle forte.


Ces plateformes peuvent être construites, au­tour des grands axes de la nouvelle mobilité :

- Le marché du véhicule autonome, pour améliorer la qualité de compréhension des comportements de conduite, des interactions en temps réel avec les infrastructures (1ère initiative chez Vedecom).

- Le marché du véhicule électrique, pour opti­miser le redimensionnement des infrastruc­tures électriques et des points de distributions associés.

- Le marché des nouvelles mobilités, pour of­frir des expériences bout en bout, répondre aux enjeux de congestion et de pollution des mobilités du quotidien (1ère initiative chez GEO4CAST).

 

ENTRER DANS LE FUTUR AVEC AMBITION

Les révolutions ne commencent jamais par une prise en masse. Au commencement est un groupe d’acteurs convaincus, et des circonstances qui leurs laissent jouer leur chance. C’est exactement ce qu’il faut pour créer cette Mobilité 4.0

Si l’industrie du transport veut se réinventer en industrie de la mobilité, la chance d’at­teindre ce nouveau monde doit déjouer les écueils de la compétition mondiale, du trop faible financement (c’est une industrie où l’ordre de grandeur mondial est le milliard d’euros), des blocages juridiques et écono­miques liées à la donnée.

Ces thématiques sont aux mains des industriels dans la capa­cité à se transformer mais aussi et sans doute encore plus aux mains des institutions, na­tionales et européennes. Naturellement les partages de données ou services (communi­cations entres flottes de voitures, réservation de billets), devront respecter les règlements sur les données personnelles permettant le déve­loppement des secteurs. Mais il faut que les institutions aient un rôle fortement proactif pour faire émerger les conditions réglemen­taires et économiques favorables en évitant des surcouches fatales aux acteurs Européens face à leurs concurrents mondiaux, puissants et très libres sur ce plan juridique (encart 3).

Le mouvement est désormais initié. Ses meil­leures chances de germer sont liées au fait que les grands acteurs s’en sont emparés - autour de cas d’usage concrets - pour lesquels ils par­tagent le constat du besoin de plateforme, et contribuent chacun à apporter une brique, en inventant le modèle d’affaires approprié. C’est cette dynamique que le groupe Mobilité du Hub France IA met aujourd’hui en oeuvre.

L’avenir nous est « Données », saisissons le ensemble !

 

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