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15 octobre 2019

Voiture électrique, hybride, fuel cell, autonome ou connectée : quels défis et enjeux pour les constructeurs automobiles ?

China Euro Vehicle Technology AB (CEVT) accompagne depuis 2013 les constructeurs automobiles dans la recherche et le développement des technologies qui équiperont les véhicules de demain. Didier Schreiber (ECL1987), Senior Vice President Innovation and LYNK & CO PPL fait le point des défis et enjeux auxquels l’industrie automobile est aujourd’hui confrontée et les priorités qui se dessinent pour les années à venir.


Bonjour Monsieur Schreiber. Entre la voiture électrique, hybride, à hydrogène ou autonome, l’industrie automobile est-elle aujourd’hui à un carrefour technologique ?

L’industrie automobile est certes à un carrefour technologique mais ce sont surtout ses business models qui vont être amenés à évoluer. Demain la majorité des profits ne se feront plus sur la vente de voitures, mais davantage sur les services associés. Les constructeurs risquent à l’avenir de devenir de simples fournisseurs de hardware, utilisés dans un écosystème où la vraie valeur ajoutée pour l’utilisateur sera concentrée dans les services. Le produit, le véhicule en lui-même, aura certainement moins de valeur. Ceci dit, ce sont les technologies nouvelles qui rendront ces évolutions possibles.

Les véhicules électriques semblent être l’alternative la plus avancée aux moteurs à combustible. Quels sont les défis qui restent selon vous à relever ?

Aujourd’hui, tous les acteurs de l’industrie automobile sont d’accord pour dire que le coût reste le principal blocage au développement des véhicules électriques. Pour le reste, la question de l’autonomie est en passe d’être réglée avec des modèles de voitures électriques comme la Volkswagen ID3 qui promet entre 330 et 550 kilomètres d’autonomie. En conséquence, les temps de chargement deviennent un enjeu de plus en plus mineur, grâce notamment aux bornes qui se multiplient un peu partout, que ce soit chez le particulier, au travail ou en milieu urbain. Des progrès restent à faire, mais ce n’est pas à mon sens un frein au développement du véhicule électrique.

En parlant de développement des véhicules électriques, comment expliquer l’avance prise par la Chine dans ce domaine?

Il faut se rappeler que la Chine s’est intéressée relativement tard à l’industrie automobile. Dès le départ, les Chinois ont décidé de ne pas trop miser sur le moteur à combustion, convaincus que la technologie de demain serait électrique. Ce choix stratégique est depuis soutenu par une forte volonté politique, pour des raisons géopolitiques d’une part, mais surtout pour lutter contre la pollution urbaine qui devient une importante question de santé publique dans les grandes villes chinoises. D’ailleurs, contrairement à ce qui se passe en Europe, le développement des véhicules électriques en Chine ne souffre d’aucun débat sur l’impact environnemental que peut avoir la production de cette énergie. La question de la qualité de l’air impactée par les millions de voitures qui circulent dans des mega cities de plus de 25 millions d’habitants, passera toujours avant celle de la pollution de quelques centrales à charbon, ou celle des conséquences environnementales dans des mines de cobalt en Afrique.

Dans quelle mesure les moteurs à combustion ont-ils encore un avenir ?

Si l’avenir est sans aucun doute aux voitures électriques, les moteurs à combustion ne vont pas disparaître du jour au lendemain. Impossible par exemple pour les poids-lourds de fonctionner à l’électrique à moins de remplacer leur cargaison par des batteries pour les alimenter. D’un point de vue marché surtout, les coûts de désinvestissement s’annoncent énormes pour les constructeurs, avec des impacts directs sur les infrastructures, l’emploi etc. Aussi est-il difficile d’imaginer une disparition complète et rapide des moteurs à combustion. La transition devra se faire progressivement, notamment par le biais du passage à l’hybride. Peut-être que dans 20 ans, cette transition sera achevée. D’ailleurs, certains constructeurs commencent à annoncer la fin de la production de moteur à combustion vers les années 2040. Il faut cependant ajouter qu’il n’existe pas de consensus en la matière et que les annonces peuvent être faites pour des raisons de marketing.

Par rebond, faut-il s’inquiéter pour l’avenir des constructeurs automobiles traditionnels ?

Les constructeurs automobiles traditionnels sont sous pression et doivent à la fois investir dans de nouvelles technologies très coûteuses et revoir leurs business models en y intégrant plus de services. Mais elles sont aujourd’hui les seules à réellement maîtriser l’aspect sécurité des véhicules mis en circulation. Une marque comme Google a beau développer ses propres véhicules, elle bute régulièrement sur des questions de sécurité telles que « la voiture résiste t-elle aux chocs en cas d’accident », « freine t-elle correctement quelque soit le contexte ? » Etc. L’expérience et le savoir-faire des marques automobiles dans ce domaine resteront une valeur sûre sur lesquelles elles devront capitaliser pour évoluer.

Qu’en est-il de l’alternative fuel Cell ? Les constructeurs automobiles investissent-ils dans cette solution ?

Toute l’industrie automobile est attentive à cette technologie car elle paraît intéressante sur le papier, même si en termes d’efficacité énergétique, ce n’est pas l’idéal. La vraie difficulté avec le fuel cell, tient dans le développement d’infrastructures adaptées. Si l’électricité est quasiment partout, permettant de recharger une batterie électrique aussi bien au travail, chez soi ou dans un parking, c’est plus compliqué avec l’hydrogène. Une des solutions pourraient consister à équiper les stations services existantes. Je pense malgré tout que le développement des véhicules à piles à combustible hydrogène prendra du temps, notamment parce que les constructeurs ont investi beaucoup d’argent dans les moteurs électriques. Aucun d’entre-eux n’est monothéiste, mais ils n’ont pas non plus les moyens d’explorer toutes les voies comme ils le souhaiteraient. A l’inverse, ils ne peuvent pas non plus se permettre de se désintéresser totalement d’une technologie au risque demain d’être totalement dépassés par leurs concurrents.

 

On entend également beaucoup de rumeurs autour du véhicule autonome. L’industrie automobile investit-elle réellement dans cette voie ?

Le véhicule autonome sera une réponse à beaucoup de problèmes comme la congestion en ville. Les technologies sont en cours de développement mais les coûts restent élevés. Il manque aussi les cadres légaux pour l’utilisation de véhicules sans conducteurs. Mais contrairement à ce que l’on entend souvent, la prochaine grande étape dans l’évolution du secteur automobile ne sera pas la voiture autonome, mais bien la voiture connectée ! Aujourd’hui, une société comme Google représente une double menace pour les constructeurs automobiles traditionnels, non seulement avec la Google Car, mais surtout par rapport à son savoir-faire dans la collecte et le traitement des données. Aujourd’hui, Google possède une quantité incroyable de données sur ce que font les particuliers, comment ils se déplacent, ce qu’ils aiment et consomment. C’est un trésor inestimable et un avantage important dans la lutte de pouvoir qui se jouera demain dans l’utilisation de ces données afin d’offrir les meilleurs services aux utilisateurs/conducteurs. La valeur logiciel n’a de cesse d’augmenter dans toute l’industrie aussi bien dans le domaine mécatronique, le hardware qui devient de plus en plus intelligent (assistances à la conduite, infotainment), mais aussi en termes de software avec des services qui permettent en 3 clics de réserver son véhicule, de le partager, ou encore de planifier les détails de son parcours/voyage. Toute cette offre servicielle basée sur le software va devenir un enjeu majeur de différentiation pour les constructeurs… bien avant celui de la voiture autonome.

Quand on parle de data, l’IA est rarement très loin. Quelle est la place de l’intelligence artificielle dans la voiture de demain ?

L’IA possède deux aspects. Le premier réside dans la donnée, le second dans l’intelligence. Toute l’intelligence que vous avez n’a aucune valeur si elle ne se nourrit pas de données. La collecte, l’annotation, le stockage des données est un enjeu énorme pour les constructeurs. Les données sont une immense source de revenus pour l’avenir. Aujourd’hui, tous les acteurs de l’industrie automobile essayent de devenir plus intelligent en prévision de la voiture autonome. Le logiciel qui analysera les données plus rapidement que ses concurrents afin par exemple d’éviter un accident, offrira un avantage certain au constructeur qui l’aura choisi. Quant aux voitures connectées, le défi est de pouvoir collecter le plus de données, de les traiter afin d’offrir à l’utilisateur (le conducteur et ses passagers), le service le mieux adapté à ses besoins. C’est cette valeur ajoutée qui demain fera la différence.

Auteur

- ECL (1987) et PhD à ECP (1991) - 9 années chez Volvo - 10 années comme Management Consult (Booz Allen Hamilton et Arthur D. Little) - 4 années comme investisseur - 5 années chez CEVT comme responsable des produits LYNK&CO et responsable de l’Innovation - Didier Schreiber est aujourd'hui Senior Vice President Innovation and LYNK & CO PPL chez CEVT

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