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02 juin 2022

Traversée des Alpes françaises sans assistance motorisée : sur les traces de Paul Liberge et Luc Demange (ECL 2018)

Rallier la mer Méditerranée au Lac Léman en traversant les Alpes françaises en ski de randonnée et à pied, c’est le défi que se sont lancés Paul Liberge et Luc Demange, élèves ingénieur à Centrale Lyon promotion 2018. Au programme 518 km à parcourir, dont 36 000 m de dénivelé positif, le tout en 35 jours et sans assistance motorisée, mais avec au bout de l’aventure, des souvenirs plein la tête et une vidéo publiée sur youtube, qui a elle aussi atteint des sommets.


Comment est né ce projet un peu fou ?

Luc : L’idée de la traversée en autonomie est née d’une discussion pendant un cours à Centrale Lyon. Les détails sont venus ensuite, quand il a fallu prendre en compte le contexte sanitaire, les conditions d’enneigement, mais aussi les disponibilités de chacun.

Paul : Initialement, l’idée était de partir réaliser cette traversée à l’étranger. A cause de la crise de la covid, nous avons dû nous rabattre sur les Pyrénées. Malheureusement, Lucas qui devait faire partie de l’aventure s’est blessé, nous obligeant à décaler de quelques mois l’aventure, et par conséquent le lieu de nos futures pérégrinations, la traversée des Pyrénées ne pouvant se faire qu’en hiver.

Y-a-t-il dans ce projet une notion de défi lancé à vous-même ? Comme si vous vous étiez dit « même pas cap de... ». 

Paul : Ce genre d’aventure part forcément de l’idée de sortir de notre zone de confort. Il y a une forme de surenchère. Et si on reliait la mer à un lac, qu’on le faisait sans aucun soutien motorisé, en autonomie et en portant nos skis sur le dos pendant 35 jours - alors qu’on aurait pu se les faire livrer au moment de croiser les premières neiges ?… Une fois qu’on avait établi les règles du jeu, on savait qu’on serait obligés de les respecter.

Que craigniez-vous les plus au moment de préparer cette aventure ?

Luc : Nous ne sommes pas les premiers à tenter ce genre de traversée mais elles se déroulent rarement en autonomie. L’appréhension réside dans le fait de sortir du cadre et la gestion de l’inconnu. La meilleure solution pour y remédier fut de tout bien préparer que ce soit au niveau du tracé mais surtout de la logistique avec l’envoi des colis de ravitaillement tout au long de notre parcours.

Paul : Physiquement, je traînais depuis un an une blessure au genou qui aurait pu remettre en cause notre aventure. Les premiers jours de marche furent très progressifs en termes d’intensité.  Heureusement, l’appréhension s’est vite estompée et nous avons pu avancer plus sereinement.

Franchissement du col de Mallemort - 2558m

Vous parliez de défi logistique. Vous a-t-il manqué certaines choses pendant votre périple ?

Luc : Même si tout s’est bien déroulé en termes de ravitaillement, la bouffe a été un sujet de préoccupation tout le long. Nous ne nous attendions pas à avoir aussi faim et les rations que nous avions prévues, bien que plus riches que les repas que nous mangions habituellement, ne suffisaient pas à combler nos besoins en calories.

Paul : C’est vrai que la bouffe alimentait souvent nos discussions ! Il nous est souvent arrivé de nous gaver de cacahuètes tellement on avait faim, histoire de tenir jusqu’au prochain village où nous attendait les colis de ravitaillement.

35 jours en autonomie c’est long. Comment se motive-t-on au quotidien ?

Paul : Au quotidien, nous nous sommes souvent concentrés sur le très court terme. On ne pensait plus au Lac à atteindre mais au prochain col, au prochain bivouac. On ne se projetait plus sur 24h mais sur une heure, ou sur l’instant présent. L’esprit humain est fait de telle façon qu’il réajuste ses perspectives en fonction des difficultés qu’il traverse, se projetant plus ou moins loin pour continuer d’avancer. Le fait également que des amis nous aient rejoints pendant quelques jours fut une motivation supplémentaire et un gros coup de boost pour poursuivre l’aventure.

Luc : Au début de l’aventure, nous ne pensions vraiment pas aller au bout. Et puis, les jours ont commencé à défiler en même temps que les kilomètres parcourus. Plus on avançait, plus on se surprenait à penser qu’on pouvait y arriver. Arrivés à la dernière semaine, nous étions tellement excités à l’idée d’atteindre notre objectif, que dans la tête, plus rien ne pouvait nous arrêter.

Bivouac au Col de Raus - 1999m

Spontanément, quel est votre meilleur souvenir de votre aventure ?

Luc : Je me souviens d’un passage de col où on s’est mis à parler anglais pendant 1 heure, en rigolant de notre délire au milieu de nulle part. C’est ce mélange de fatigue et d’euphorie qui crée souvent les meilleurs souvenirs.

Paul : Il y a aussi les moments partagés avec les amis de passage qui nous ont accompagnés lors de certaines étapes.

En quoi, avez-vous été complémentaires pendant ce périple ?

Luc : Paul possède une capacité incroyable à garder son sang froid y compris dans des situations complexes. Je me souviens nous être retrouvés en baskets sur une pente enneigée avec nos crampons dans le sac. Là où j’aurais pu paniquer, Paul a pris le temps de réfléchir pour nous sortir de ce mauvais pas. Idem, lorsque j’ai déchiré mon matelas en pleine nuit. Je me suis imaginé devoir dormir le reste de l’aventure sur des sols gelés. Heureusement Paul a su dédramatiser la situation et est parvenu à rafistoler ma couchette avec les moyens du bord.

Paul : C’est bien que l’on soit différents. Luc a cette capacité à aller de l’avant. Chaque matin, quelles que soient les conditions météo, les courbatures de la veille ou les séquelles d’une mauvaise nuit, il était toujours prêt à aller de l’avant, là où j’aurais parfois eu tendance à traîner des pieds.

Vous avez filmé votre aventure (vidéo vue 125 000 fois sur Youtube). Comment avez-vous géré la captation pendant l’expédition ?

Paul : A part le drone que notre ami Mayeul avait pris avec lui lors des 5 premiers jours de l’aventure, nous n’avons filmé qu’à l’aide d’une GoPro 8 équipée d’un micro. Évidement, nous ne pouvions tourner en permanence faute de batterie et de capacité mémoire suffisante. Au début, nous regardions chaque soir les rushs de la journée, mais cela consommait trop d’énergie dont nous manquions malgré nos capteurs solaires pour alimenter tous nos appareils. Bien que nous n’ayions pu immortaliser tout ce que nous aurions aimé, nous sommes assez fiers du résultat obtenu.

Luc : Avant de publier la vidéo sur Youtube, Paul m’avait dit qu’il serait déçu si elle ne franchissait pas les 10 000 vus. Nous en sommes à 12 fois plus aujourd’hui !

Le fait d’avoir une formation d’ingénieur vous a-t-il servi pendant ces 35 jours ?

Luc : Cela nous a pas mal aidés en matière d’organisation, entre la gestion des ravitaillements, le calcul des itinéraires etc. Sans doute aussi le fait d’être capable de réagir rapidement à des éléments de contexte nouveaux nous a-t-il été utile dans certaines situations.

Paul : L’École nous prépare en effet à réfléchir vite et à gérer les rushs. Être capables d’augmenter son intensité de travail sur des moment courts pour arriver à ses fins, ne sert pas seulement pour rendre un devoir la veille pour le lendemain ! En montagne aussi cela peut permettre d’aller de l’avant.

Notre formation scientifique nous a sans doute également permis de mieux interpréter et comprendre notre environnement, qu’il s’agisse du manteau neigeux ou de la météo changeante.

Arrivée sur les bords du Lac Léman

Dernière question : peut-on s’attendre à un second épisode de vos aventures, avec un nouveau projet à partager ?

Luc : Des idées, ce n’est pas ce qui manque, au contraire du temps pour les réaliser.

Paul : Nous gardons en tête l’idée initiale de la traversée des Pyrénées, même si la difficulté sera nettement plus relevée que celle rencontrée dans les Alpes. Si tout se passe bien, et en fonction de nos emplois du temps respectifs, on espère pouvoir se lancer en début d’année prochaine.

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