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06 mai 2022

Hommage à Jean Guy Isaac-Tresca (ECL 1943)
Carrière d’un Centralien engagé

| Alumni

L’Histoire a cela de paradoxal qu’elle ne retient parfois d’un homme que ce qu’il a cherché toute sa vie à taire. Jean Guy Isaac-Tresca était de ces héros ordinaires révélés bien malgré eux par la Seconde Guerre mondiale. Un destin qui ne pouvait s’arrêter à ses faits d’armes et que notre camarade s’est attelé à écrire pendant toute sa vie depuis les bancs de l’École Centrale de Lyon, jusqu’au Japon, sans oublier sa Présidence de l’ACL à la fin des années 70. C’est à ce parcours de vie que nous souhaitons rendre hommage aujourd’hui. Un récit rendu possible grâce à ses proches et en particulier son fils Gilles Tresca qui a accepté de partager les souvenirs d’un père aux multiples engagements.


Jean Guy Isaac-Tresca était un élève de Centrale Lyon presque comme les autres. À la seule différence peut-être, qu’après les cours, il enfourchait son vélo boulevard des Belges, pour des activités périscolaires clandestines. Jean Soubiran (ECL 1950), ancien Président de l’ACL, se souvient ainsi dans une lettre adressée en février 1998 à Gilles Tresca, comment, sous couvert d’un stage de fin d’études à Grenoble durant le printemps 1944, Jean Guy était parvenu à remonter le service de renseignements des Forces Françaises de l’Intérieur (FFI). Un exploit qui lui valut une de ses 4 citations à la Croix de Guerre 39-45.

À la fin de la guerre, le diplôme de Centrale Lyon en poche, Jean Guy Isaac-Tresca entre chez Air Liquide avant de s’envoler en février 1946 pour le Japon, alors sous occupation américaine. Il y intégra la filiale du Groupe : Teikoku Sanso (trad. L’Oxygène impérial) comme ingénieur junior. Sur place, tout était à reconstruire, l’entreprise ayant été séquestrée pendant la guerre par la marine impériale japonaise. Un défi qui était, selon son fils Gilles Tresca, à la hauteur des envies d’ailleurs de son père, qui voyait sans doute dans cette expatriation, l’occasion de quitter la France et plus globalement l’Europe, théâtres d’un passé qu’il voulait à jamais derrière lui. Cette expérience fut sans doute également pour lui un moyen de profiter d’une certaine liberté d’action par rapport au siège parisien.

C’est ainsi que, malgré un bref retour à Paris (de 1948 à 1951), il passera au Japon une grande partie de sa carrière professionnelle, gravissant les échelons au sein de l’entreprise Teikoku Sanso jusqu’à occuper le poste de Directeur général.

Très imprégné de la culture japonaise et en particulier de ses valeurs de respect et de devoir, son retour en France en 1967 au siège social d’Air Liquide comme directeur adjoint à la Direction Technique, ne fut pas sans difficultés d’adaptation. Son lien avec le Japon resta toutefois intact jusqu’à la fin de sa carrière dans les années 80, où il continua d’intervenir comme consultant auprès de la Teikoku Sanso afin d’aider les sociétés françaises à s’installer en Asie, engagement fort en faveur de la France.

Son retour du Japon coïncide par ailleurs avec son implication au sein de l’ACL. Philippe Rochefort (ECL 1967), alors élève de Centrale Lyon, se souvient de sa rencontre avec Jean Guy Isaac-Tresca : «  À cette époque, l’association des “anciens” (comme elle s’appelait) disposait d’un bel appartement, typique des appartements bourgeois lyonnais, 7 rue Grolée. Il servait de club aux “anciens” qui y faisaient des tournois de bridge et, notamment, qui y rencontraient des élèves pour lesquels ils organisaient des activités comme des cours de “techniques de l’expression orale”, qui ont été l’un des enseignements qui m’ont été le plus utiles dans toute ma carrière ! Les élèves y allaient volontiers (ce n’était pas loin de l’École) pour ces enseignements ou pour la bibliothèque. Jean Guy Isaac devait être chargé à l’ACL du contact avec les élèves car il cherchait manifestement à parler avec ceux qu’il rencontrait là. J’étais l’un d’entre eux et je me souviens très bien de lui ; comme tous les autres élèves, j’ignorais tout du monde de l’entreprise et des métiers d’ingénieur et cet “ancien” m’avait fasciné et impressionné. Rencontrer le directeur d’un grande société comme Air Liquide au Japon était à la fois extraordinairement exotique et réconfortant (à l’époque, nous étions tous furieux de ne pas avoir été admis à Centrale Paris et cette carrière prestigieuse nous rassurait). Pour moi, il représentait une image optimiste pour ma future carrière et il m’avait donné le sentiment d’appartenir désormais à l’élite sociale qu’il représentait à nos yeux. Il était sympathique, avec beaucoup de classe et sans doute de modestie car, dans les conversations que nous avons eues avec lui, je suis certain qu’il n’a jamais évoqué son action dans la Résistance. »

Cette volonté de rapprocher l’Association des élèves de l’École fut d’ailleurs une des principales lignes directrices de son action tout au long des 13 années qu’il consacra à l’ACL à partir de 1971. Désigné cette année-là vice-président du CA pour un premier mandat d’administrateur du Groupe ECL de Paris, Jean Guy Isaac-Tresca devint Président de l’Association de 1979 à 1982.

Fédérateur, charismatique, empreint d’une attitude que Jean Soubiran qualifiait amicalement de plus « SciencesPo que Mécano », Jean Guy Isaac-Tresca était un homme qu’on n’oublie pas. Cet article est là pour nous le rappeler.

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