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Catherine Larose
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06 décembre 2018

Micro-organismes en milieu polaire : sur les traces de Catherine Larose chercheuse au CNRS

Publié par Catherine LAROSE | Société

Catherine Larose est chargée de recherche au CNRS rattachée au laboratoire Ampère de l'école Centrale Lyon. Elle travaille notamment sur les communautés microbiennes dans les environnements polaires. Des recherches qui lui font régulièrement prendre l’air… froid avec de fréquents séjours en Arctique.


Bonjour Catherine. Tu travailles sur les micro-organismes en milieu polaire. Raconte-nous comment tu t'es spécialisée dans ce domaine?

Déjà, il faut savoir que je suis née au Québec. Donc la neige, je connais bien ! Assez vite, j’ai eu envie de comprendre comment fonctionnait le monde, la nature et globalement l'environnement. J’étais passionnée par le fait que l’infiniment petit puisse avoir un rôle aussi important dans la formation de la vie. J’ai d’abord suivi des études en science de l’environnement, avant de venir en France faire mon doctorat en sciences de la Terre, Univers et Environnement à l’université Joseph Fourier de Grenoble. Aujourd’hui, j’ai la chance à travers mes recherches de pouvoir étudier les liens entre la biologie et le monde physico-chimique plus particulièrement en milieu de froid extrême.

La neige est à la fois un récepteur capable d’accumuler des particules, et une source de contaminants et de bactéries pour l’atmosphère et les écosystèmes

Comment es-tu venue à t’intéresser à l’Arctique ?

A mes débuts, j’ai travaillé sur les contaminants et notamment le mercure, dont la forme organique la plus toxique pour l’être humain et les gros animaux, est celle produite par les bactéries dans l’environnement. Des études ont montré que, malgré l'absence d'industrie à proximité, la faune (phoques, poissons, ours polaires) présente en Arctique était très largement contaminée par le mercure. On a découvert que ce dernier était transporté dans l’atmosphère pour ensuite se déposer sur le manteau neigeux, pour ensuite venir empoisonner l’environnement.

La neige n'était donc pas si blanche que ça dans cette affaire?
La neige est à la fois un récepteur capable d’accumuler des particules, et une source de contaminants et de bactéries pour l’atmosphère et les écosystèmes qui vont s’en nourrir au moment de la fonte. 


Explique-nous en quoi consiste tes missions en Arctique ?
Au début, l'idée était d'observer ce qu’il y avait dans la neige, prendre des échantillons afin de les analyser et tenter de répondre à tout un tas de questions, telles que savoir si les communautés bactériennes changent ? Sont-elles dynamiques, actives ? Existe t-il un lien entre le milieu chimique et biotique ? La matière peut-elle être transformée ? Des questions qui vont bien au-delà de la seule problématique liée au mercure et qui forment aujourd’hui la base de mon travail au CNRS.

On a longtemps considéré à tort qu’en dessous de zéro, les conditions étaient trop extrêmes au développement de la vie

Quelles sont les découvertes que tu as faites qui t’ont le plus surprise?
Il y a encore peu de temps, les études scientifiques menées sur la neige en Arctique se faisaient à la fonte des glaces. On considérait qu’en dessous de zéro, les conditions étaient trop extrêmes au développement de la vie, notamment à cause de l’absence de lumière du jour. En se rendant sur place un peu plus tôt dans la saison, on a constaté qu’il se passait en réalité plein de choses avant la période de fonte, notamment au niveau des micro-organismes. La plus grande surprise fut sans doute de découvrir une vraie richesse micro-organique qui, au travers d’une sélection naturelle extrême, permet aux plus résistants de survivre quasiment dans le noir complet.


De façon terre à terre (ou neige à neige), à quoi servent concrètement tes recherches ? 

Mes recherches sont très fondamentales. L’objectif est de bien comprendre notre environnement, son évolution et sa capacité d’adaptation. On essaye de voir s’il est possible de quantifier le rôle des micro-organismes dans l’évolution des changements climatiques, via la production de gaz à effet de serre, ou la transformation de contaminants par exemple. En parallèle, des recherches sont effectuées à partir de nos travaux sur des enzymes qui se développent dans le froid, que ce soit pour créer des lessives qui lavent à plus basse température, ou même parfois pour la confection de crèmes de beauté.

 

As-tu prévu de repartir en Arctique l’année prochaine 2019 ?

Oui, cette fois pour étudier le manteau neigeux et voir comment ce dernier peut servir de bio indicateur des changements climatiques. Il faut pour cela mettre en place des méthodes de suivi annuel pour avoir à disposition de longues séries temporelles. Certaines données peuvent être récoltées en continu mais d’autres ont besoin d’être échantillonnées pour être ensuite analysées. Je travaille également avec une équipe de chercheurs italienne pour comprendre comment s'opère le transfert des organismes depuis l’atmosphère jusque dans le manteau neigeux, et comment ces derniers se développent ensuite dans cet environnement. On est plus là sur une question de sélection naturelle.

Être chercheur, c’est à la fois être sur le terrain et travailler en labo. Quelle est la partie que tu préfères ?

Ce sont deux réalités du métier qui sont à la fois très différentes et en même temps indissociables. Les missions sur le terrain sont passionnantes car elles nourrissent de nouvelles pistes de recherche à travers la collaboration avec d’autres disciplines de recherche. Mais je reviens toujours de missions avec plus de questions que de réponses. D’où l’importance du travail de recherche en labo qui permet de mettre en évidence des modèles sur lesquels vont découler tous les travaux à venir.

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