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Association des Centraliens de Lyon

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ArcelorMittal
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09 décembre 2019

Entretien avec Danièle Quantin, Présidente de Materalia

Danièle Quantin (ECP76) a effectué toute sa carrière dans la sidérurgie, les procédés, produits et solutions clients. Elle a été responsable France et Espagne des centres de recherche d’ArcelorMittal, ainsi que DRH de la R&D du groupe.Elle est présidente depuis fin 2017 du pôle de compétitivité Materalia, basé pour des raisons historiques dans la région Grand Est. Elle est également présidente de la SF2M (Société française de métallurgie et de matériaux).


Pouvez-vous nous présenter Materalia ?
Comme tout pôle de compétitivité, Materalia a pour mission d’aider les entreprises à industrialiser leurs innovations en facilitant les contacts avec les centres de recherches industriels et académiques, les PME, les centres techniques, voire même les organismes de formation. Au sein de cet écosystème, il a donc un rôle à la fois d’animateur et de facilitateur. Nous identifions les bons projets, aidons au montage de leur financement, puis en suivons l’exécution avant d’en faire le bilan : valeur ajoutée, retour sur investissement… Nous jouons également un rôle d’agitateur : pour stimuler l’innovation, la recherche et le développement collaboratif entre les entreprises, Materalia organise des animations (séminaires, conférences, ateliers) sur des thématiques techniques (multimatériaux, écoconception, fabrication additive…) ou plus transversales (financement des projets européens, créativité...).

Quels sont vos domaines stratégiques et vos marchés cibles ?
Materalia travaille dans trois domaines d’activité stratégique – les matériaux, les procédés et les solutions – et sur les thématiques transverses de la transformation numérique et de la transition écologique. Le pôle se concentre sur les marché du transport, de l’énergie, de l’industrie et de la santé, secteur dans lequel la région Grand Est est en pointe avec BioValley France, pôle de compétitivité santé avec lequel nous menons des projets. Nos travaux portent sur les technologies estimées comme les plus prometteuses : métallurgie, fabrication additive, nouveaux procédés de fabrication propres et durables, recyclage des matériaux, développement durable, composites, industrie du futur, robotique…

Le pôle délivre un label aux projets de R&D collaboratifs industrie-recherche faisant intervenir au moins un acteur du périmètre du pôle sur les thématiques des matériaux et procédés. Cela permet aux projets d’accéder à des financements spécifiques tout en leur apportant un gage de qualité.

Quelles sont les demandes des industriels en matière de nouveaux matériaux ?
Avant toute chose, quand on parle d’un nouveau matériau, il faut savoir à quel stade il en est : la recherche ou l’application. Il se passe beaucoup de temps avant qu’un matériau devienne utilisable et rentable. Récemment, nous avons travaillé sur la labellisation d’un système utilisant du graphène, un matériau dont on parle depuis quarante ans. S’agissant des demandes des industriels,  elles ne concernent pas les matériaux à proprement parler mais les solutions impliquant l’utilisation de nouveaux matériaux. Par exemple, comment intégrer des microcapteurs dans des matériaux pour en suivre l’endommagement ou la durée de vie ?

Actuellement le principal défi des industriels est de savoir comment optimiser les solutions au travers d’un choix  de matériaux variés. C’est le cas des constructeurs automobiles ou du bâtiment. Se posent alors les questions du recyclable mais aussi du récupérable. Ce qui n’est pas la même chose. Une solution technique est composée d’un ensemble de matériaux qui, en fin de vie, doivent être identifiables, facilement séparables et triables pour être ensuite réutilisés et recyclés.

Nous recevons de nombreuses demandes très variées concernant la tribologie, les traitements des surfaces, par  exemple pour conférer des propriétés antibactériennes, intégrer des capteurs filmogènes. Materalia travaille  beaucoup sur les questions de fabrication additive :  réalisation de mélanges multimatériaux (insertion par exemple de poudre céramique au milieu de poudre de plastique), leur association dans le corps d’une pièce, par couches ou en accrochant des pièces de matériaux différents. Dans ce domaine, Materalia a mis en place de nombreux projets transversaux. Le dernier en date, un projet européen « IAMRRI » démarré début 2019, implique quatorze pays. Il ne s’agit pas tant d’imaginer de nouvelles techniques de fabrication additive que de réfléchir à la façon dont cela va révolutionner la supply chain et impacter l’environnement.


Quels sont les défis à venir de la filière ?
Le premier défi concerne les coûts d’investissement, de fabrication et de mise en oeuvre. Le deuxième porte sur la performance et la durabilité du matériau dans la solution finale. On parle de plus en plus de matériaux  ntelligents, capables de détecter des anomalies, de collecter des données permettant d’anticiper la rupture, voire de modifier leurs propriétés physiques (forme, connectivité, couleur, etc.) en réponse à des stimuli.

Le dernier point concerne les questions de recyclage et de récupération, un point essentiel compte tenu du coût et de la rareté des matières premières.

Preuve en est avec ce dossier, les jeunes ingénieurs s’intéressent beaucoup à ce domaine. Est-ce un signe positif pour vous ?
Oui, d’autant que les cours sur les matériaux ont souvent disparu des écoles d’ingénieurs généralistes. C’est regrettable dans un pays qui appelle à une réindustrialisation de son territoire. L’innovation, c’est bien, mais il faut des gens capables de travailler sur les matériaux et procédés pour passer de l’idée au concret. C’est un prérequis, sans quoi il est impossible de savoir si un projet est réalisable. Par « réalisable », j’entends aussi « éco-conçu », car on ne peut plus travailler sans intégrer cette dimension du recyclage en fin de vie. Il faut pouvoir couvrir la totalité de la filière, du berceau à la tombe, avant la reprise d’un nouveau cycle.

Propos recueillis par Céline Jacquot  Rédactrice en chef adjointe de Centraliens (Paris)

Pour aller plus loin :

EXEMPLES DE PROJETS MULTISECTORIELS SOUTENUS PAR MATERALIA

Rubatox, un ruban adhésif innovant pour protéger les satellites
Fabriquer un ruban adhésif capable de prévenir les effets d’érosion subis par les satellites dans un environnement extrême tel que l’espace, c’est l’enjeu de ce projet lancé par Axon’ Cable, société champenoise leader mondial dans le domaine des connexions et liaisons sur mesure. Materalia a aidé au montage du projet pour trouver les partenaires français et étrangers. Après plus de trois ans de tests, la société a mis au point un film isolant de faible densité entraînant des niveaux d’érosion 100 fois inférieurs au témoin polyimide et plus de 10 fois inférieurs au FEP utilisé dans l’industrie spatiale !

Rhare : revêtements hybrides alternatifs aux résines fluorées
Projet porté par l’entreprise Fluorotechnique, spécialiste des traitements de surfaces haute performance, et le laboratoire chimie de la matière condensée de Paris. Son objectif : trouver une alternative écoresponsable aux résines fluorées, des revêtements utilisés pour l’aéronautique, le nucléaire, l’armement, la chimie, l’automobile, l’aérospatial… Grâce au soutien de Materalia, le projet a été sélectionné par l’Agence nationale de la recherche. Résultats : un LabCom financé en trois ans à compter du 1er janvier 2018, et une première avancée : la création de revêtements innovants sans microplastique.

R2i2, imaginer la rotule automobile de demain
La société VT2i, équipementier automobile spécialiste des fonctions de liaison au sol, et le laboratoire d’étude des microstructures et de mécanique des matériaux (LEM3) ont initié dès 2015 un partenariat pour concevoir les rotules automobiles du futur. Grâce à ce projet, VT2i développe des éléments de pointe bénéficiant d’un haut niveau de performance et de fiabilité tout en répondant aux contraintes du marché. Cette étude permet également de tester l’intégration de nouveaux matériaux, émergents ou déjà utilisés dans d’autres domaines de l’automobile, permettant d’améliorer les tenues des rotules face à l’environnement routier.

LES CHIFFRES-CLÉS DE MATERALIA
- 2005 : année de création ;
- 310 membres ;
- 3 collèges : les industriels (entreprises et fédérations d’entreprises), les centres scientifiques (laboratoires, centres techniques, universités et grandes écoles), les collectivités territoriales (communautés d’agglomération, métropoles) ;
- 4 domaines d’activité stratégiques : matériaux, procédés, solutions, thématiques transverses (transitions numérique et écologique) ;
- 515 projets labellisés ;
- 200 projets financés.

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