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24 janvier 2019

Pherodrone : comment un drone protégera nos vergers avec des phéromones

L’utilisation de pesticides dans l’agriculture est souvent liée à un manque d’alternatives techniquement et économiquement viables. Une problématique qui a motivé le projet d’étude de 6 étudiants de Centrale Lyon qui ont imaginé un système permettant de larguer à l’aide de drones, des diffuseurs de phéromones bio sur des vergers. Nom de code : Pherodrone. Invité par l’ACL sur le stand de Centrale Lyon au Congrès Entreprise du Futur, Antoine Boulle est venu nous parler de ce projet qui associe technologie et environnement.


Bonjour Antoine. Comment est né le projet Pherodrone ?

A l'origine, il s’agit d’un projet d’étude de première année commandité à titre personnel par M. Philippe Vayssac, qui est aussi Responsable Innovation chez Groupama Rhône-Alpes Auvergne. La problématique était la suivante : comment faciliter le traitement des vergers avec des phéromones sexuels qui empêchent la reproduction d’insectes (les carpocapses du noyer par ex), dont les larves s’attaquent aux fruits ? Encore aujourd'hui, ces phéromones sont appliqués à l’aide de grands "bracelets" que les agriculteurs doivent accrocher à mains nues sur les arbres. Un travail long et coûteux (2 employés par chariot élévateur selon règle européenne) et surtout comparé à l’usage de pesticides. Notre objectif était donc d’imaginer une solution technique viable qui permette de larguer ces anneaux de phéromones à l’aide de drones.

Comment avez-vous travaillé concrètement sur ce projet ?

Nous étions 6 centraliens impliqués dans ces travaux menés sous la responsabilité technique de M.Serrafero et de Mme Mira-bonnardel pour la partie entrepreneuriale. M. Vayssac, notre commanditaire et tuteur, nous a pour sa part beaucoup aidés en nous incitant notamment à utiliser des méthodes de Design Thinking et d’Effectuation.

 

Pherodrone au Congrès Entreprise du Futur 2019L'équipe Pherodrone invitée par l'ACL au Congrès Entreprise du Futur 2019

Qu’est-ce que l’Effectuation ?

La logique « effectuale » consiste à mettre l’accent sur les moyens à disposition pour définir des objectifs. L’idée était donc de partir non pas de l’objectif, mais de ce qu’on avait à disposition à l’ECL (Fablab, MakerLab, IntegraLab…). Chaque début de solution technique était rapidement testée, parfois à l’aide de simples maquettes en Lego. Couplée au Design Thinking, ce process permet une remise en cause et des rajustements permanents qui évitent de perdre du temps avec de fausses bonnes idées. 

Remise des meilleurs PE Centrale Lyon - septembre 2018 

Où en est le projet aujourd’hui ? Avez-vous trouvé une solution technique qui réponde au cahier des charges de départ ?

C’est en très bonne voie oui. Sans pouvoir trop en dire sur les détails techniques, nous avons développé un add-on qui se fixe sur un drone et permet de larguer des colliers de phéromones sur les arbres. Nous avons déjà effectué deux premières phases de test en présence des agriculteurs avec des résultats plus que prometteurs. A tel point que la société japonaise SumiAgro, fabricant majeur de phéromones, s’intéresse aujourd’hui de près à notre projet.

Nous avons également remporté le prix Francis Leboeuf du meilleur PE en septembre dernier et faisons partie des finalistes du concours #MakeItAgri. Cette année scolaire a été consacrée au développement d'une nouvelle solution, en tirant parti des enseignements des précédentes avec comme ligne directrice l’idée qu’il faut fabriquer pour penser. L’objectif aujourd’hui est donc de valider nos différents choix techniques, mais aussi de trouver des financements pour le drone que nous avons reçu en début de semaine dernière (environ 10k€), ainsi que pour au moins une licence de télépilote (2k€). Il est possible d'entrer en relation sur notre site agri.builders.

 

Quelles sont les prochaines étapes à venir ?

En mars, une troisième phase de test doit avoir lieu en présence de la SENuRA (Station Expérimentale NUcicole Rhône-Alpes) et de la société SumiAgro. Celle-ci imagine étendre notre solution à la lutte contre les chenilles processionnaires. Par ailleurs, nous utilisons de nombreux leviers pour notre recherche de fond et de partenaires.

En plus de MakeItAgri, nous prenons part à la compétition nationale Enactus, une association promouvant les initiatives sociales,solidaires et environnementales à travers le monde, et qui possède une antenne à l'ECL. Ensuite, nous participons au concours Coup2boost, qui promeut lui aussi des initiatives étudiantes. La sélection se fait d'une part par les votes des internautes à partir du 13 Février, d'autre part, par de grandes entreprises mécènes.

Enfin, un dossier a été déposé auprès de l'ACL (Association des Centraliens de Lyon), qui propose des subventions dans le cadre de l'appel à projet "Nos Centraliens ont du talent", après des retours très positifs de la part d'alumni centraliens. Parallèlement, 2 autres PE sont actuellement en développement, toujours dans le domaine agricole, et auraient pour vocation à s'intégrer notre association Agri.Builders en fin d'année. Nous pensons désormais pouvoir nous approprier les mots de M. Vayssac: " apprenez à être des explorateurs, à réaliser un projet dans le non connu, apprenez à innover, et résolvez un VRAI problème".

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