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Nicolas barla
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07 septembre 2020

Entretien avec Nicolas Barla (ECL 2019) élu Conseiller de la Métropole de Lyon

Nicolas Barla (ECL2019) a la tête bien faite, au point de porter depuis les dernières élections métropolitaines, une double-casquette d’ingénieur R&D auprès du SuperGrid Institute, assortie avec celle de Conseiller de la Métropole de Lyon. Élu sur la liste de Bruno Bernard (EELV), il nous parle de son parcours, de son engagement citoyen, de ses missions en tant que Conseiller métropolitain et de sa vision du rôle du politique dans la vie de la Cité.


Bonjour Nicolas. Un peu moins d’un an après l’obtention de ton diplôme à Centrale Lyon en 2019, tu es aujourd’hui ingénieur R&D au sein du SuperGrid Institute et conseiller métropolitain à la ville Lyon. Existe-t-il un lien entre ces deux activités ?
Oui il y a un lien : mon engagement pour la préservation du Climat. Professionnellement, je voulais mettre mes compétences d’ingénieur au service de la transition énergétique. J’ai aujourd’hui la chance de travaille au SuperGrid Institute, un centre de recherche et d’innovation qui a vocation à permettre l’intégration massive des énergies renouvelables sur le réseau, en particulier grâce au courant continu. Développer les énergies renouvelables c’est nécessaire, mais ce n’est pas suffisant. Les défis/enjeux liés au réchauffement climatique sont tels (on parle de 20% des terres émergées qui pourraient devenir inhabitables d’ici 50 ans) que nos sociétés doivent effectuer de véritables transformations structurelles pour limiter ce changement et s’y adapter. Ce n’est pas avec des politiques « business as usual » que nous relèverons ce défi. D’après le Haut Conseil pour le Climat les principales émissions de gaz à effet de serre en France sont principalement dues aux transports (31%), aux bâtiments (19%), à l’agriculture (19%) et à l’industrie (18%). Le cœur du projet politique des Verts est de s’attaquer à ces problèmes : vélo et transports collectifs, rénovation des bâtiments, alimentation moins carnée, réduction de la consommation… les leviers politiques utilisables sont nombreux et efficaces, surtout à l’échelle locale ! Plutôt que de m’investir dans une association pour ensuite tenter d’infléchir les politiques de l’extérieur, j’ai décidé de m’engager en politique afin de changer le système de l’intérieur !


Explique-nous comment tu es entré en politique ?
À Centrale Lyon j’ai pris goût à l’associatif et à l’engagement bénévole. J’étais très actif à Planet&Co en 1ère année, puis j’ai fait le CAA et plusieurs éditions du WEFAC. Ces expériences ont été très enrichissantes, j’en garde les meilleurs souvenirs de ma scolarité. J’avais envie de continuer à me rendre utile dans une association une fois diplômé. En février 2019 l’association « tous élus » m’a fait prendre conscience que faire de la politique n’était pas un métier mais un engagement citoyen à la portée de tous. C’est lors des élections européennes en mai 2019 que j’ai franchi le pas. Tout a commencé avec la signature d’un «  Appel à changer Lyon ». Je pensais que c’était juste une pétition mais je me suis mis à recevoir des mails pour participer à la construction d’un programme pour les élections municipales et métropolitaines ! Je suis allé à une première réunion, puis j’ai participé à des groupes de travail thématiques pour concevoir les programmes Ville et Métropole. J’ai activement participé à la mise en place d’une plateforme participative pour permettre à un maximum de (Grand) Lyonnais d’amender et de compléter le prototype de programme. J’avais mis un pied en politique et quelques mois plus tard, me voilà élu au conseil de la Métropole de Lyon !


Explique-nous concrètement en quoi consiste ton rôle de Conseiller métropolitain
En plus de mon droit de vote lors du Conseil Métropolitain (1), je participe à une commission thématique afin de préparer les délibérations. Je représente également la Métropole auprès d’organismes extérieurs comme la Régie de prévention des déchets ménagers, le Syndicat de gestion d’énergie en région lyonnaise (SIGERLy), et l’ALEC, ainsi qu’auprès de 2 collèges et à Polytech Lyon. Par ailleurs j’échange souvent avec Philippe Guelpa-Bonaro, le vice-Président énergie climat de la Métropole.

Avec tout ça, tu trouves encore le temps de mener tes recherches avec le SuperGrid Institute ?
Pour me consacrer à mes activités d’élu je peux demander à mon employeur de me libérer quinze de jours par trimestre en plus des jours où j’ai des convocations. Je subis donc une perte de salaire, mais en contrepartie je reçois une indemnité de la Métropole.

Sur quoi travailles-tu  précisément au SuperGrid Institute ?
Jusqu’au début de l’été je travaillais exclusivement sur le développement d’un logiciel pour optimiser le raccordement de parcs éoliens en mer (quels câbles utiliser, comment connecter les éoliennes entre elles, etc.). En juillet j’ai changé d’activité principale : je travaille maintenant sur une étude qui compare différentes technologies de raccordement (courant continu, alternatif, câbles supraconducteurs, …) en fonction de la puissance du parc et de la distance à la côte.


Revenons sur ton rôle de Conseiller métropolitain. Permets-moi de jouer l’avocat du diable. On reproche parfois aux Ecologistes d’avoir sur certains sujets des positions proches du dogme, comme sur le Nucléaire par exemple. Comment un chercheur habitué à se baser sur des faits réagit-il face à ce genre de posture ?
Ah le nucléaire, c’est un sujet très sensible chez les écologistes. C’est un peu comme le Brexit de l’autre côté de la manche : quand le sujet est abordé ça se transforme en un débat clivant qui dégénère. En faisant du Climat leur cheval de bataille, les Verts se sont ouverts à des populations qui se sentent bien plus concernées par les enjeux climatiques que par les risques nucléaires. Les positions anti-nucléaires ne sont plus hégémoniques au sein du parti, et ça inquiète les militants « historiques ». Pour ma part je cherche à aborder le sujet sans a priori et à rassembler des informations fiables sur les arguments « pro » et « anti » avant de me positionner sur le sujet. Sachant qu’il y a un grand nombre de nuances possibles entre « pro » et « anti », et que le sujet se découpe au moins en 2 questions : « que faire des centrales existantes ? » et « que visons nous comme mix énergétique à moyen et long terme ? ». En tout cas le sujet est assez important pour mériter d’être approfondi.

Pendant le confinement j’ai eu l’occasion de discuter sur ce sujet justement, et j’ai décidé de rejoindre la Commission Energie d’EELV dont l’objectif est de réfléchir sur les politiques énergétiques à mettre en place au niveau national et local. J’ai voulu intégrer cette commission pour pousser une démarche rationnelle basée sur les connaissances scientifiques plutôt que « il faut arrêter le nucléaire, il n’y a pas de débat, c’est une valeur fondamentale du parti ». Et bien dans la Commission Energie on est de plus en plus de scientifiques (souvent jeunes) à ne pas laisser passer de faux arguments, du coup il y a beaucoup (trop) de débats sur le nucléaire. Ce qui n’est pas forcément une bonne chose puisque toute l’énergie qu’on met dans ces dialogues de sourd on ne la met pas ailleurs… Pour avoir une bonne vision d’ensemble des arguments « pro » et « anti » je conseille de regarder Jean-Marc Jancovici et Bernard Laponche. Et pour avoir un point de vue neutre les vidéos du Réveilleur (Rodolphe Meyer) sont très bien faites.

Ok donc pour toi, pas de problème déontologique, du moment que les échanges sont possibles ?
Dans la mesure où je suis d’accord avec l’objectif ultime de ceux qui se considèrent écologistes, à savoir « préserver les conditions de vie sur Terre afin de minimiser les souffrances des générations actuelles et futures », je me dis que j’ai toute ma place dans ce parti. Dans tous les cas pour faire des choses il faut rassembler des majorités, et donc accepter les divergences de point de vue et faire des concessions.
Pour moi le rôle du politique, est d’arbitrer selon l’intérêt général, en se basant le plus possible sur des connaissances vérifiables plutôt que sur des croyances. Il/Elle doit également avoir l’honnêteté de dire « je ne sais pas », et de se corriger s’il/elle s’est trompé.

Dernière question : Que répondrais-tu si quelqu’un te demandait de choisir entre une carrière politique et une carrière d’ingénieur ?
Je dirais que je n’ai pas l’intention de faire carrière en politique. En revanche je compte m’impliquer longtemps en politique, notamment dans des commissions et la vie interne du parti, ce qui est somme toute assez proche d’une activité associative.


(1)  Le Conseil Métropolitain est le pouvoir législatif de la Métropole. Son rôle principal est de contrôler le pouvoir exécutif (le président et les vice-présidents). En tant que conseiller je reçois les projets de délibération 2 semaines avant les réunions du conseil pour que j’aie le temps d’en prendre connaissance. Si besoin je peux demander aux services de la Métropole des documents complémentaires afin de voter (et m’exprimer) en connaissance de cause lors du conseil.

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