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Association des Centraliens de Lyon

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Akhenaton Lichterowicz
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09 juillet 2018

Du Japon à la ville lumière

"Tant d’amis à découvrir et beaucoup de choses à connaître", disait le Petit Prince. 


Ayant grandi à la campagne dans un environnement calme, l’envie du voyage m’a saisi très tôt. C’est dans le cadre d’un VIE à la fin de mes études que j’ai pu partir travailler au Japon en 2008, ayant déjà effectué mon stage de deuxième année en 2007 chez Mitsui Engineering and Shipbuilding grâce a notre professeur, Reiko Shimamori.

 
Ces deux mois préliminaires au Japon m’avaient appris une leçon que j’avais entendue très souvent et pas assez écoutée : il est primordial de travailler la langue avant même l’arrivée au pays pour faciliter l’intégration ! Les premiers mois au Japon ont en effet la magie de nous rendre analphabètes. On ne peut ni lire, ni prononcer, ni comprendre le moindre sens des idéogrammes japonais (kanji) qui nous environnent dès notre arrivée. Parler le japonais facilite pourtant grandement la vie...

«  Les premiers mois au Japon ont la magie de nous rendre analphabètes »

Le pays possède une culture très forte, et chaque instant de vie sur place m’a émerveillé: gentillesse, raffinement, ponctualité, sécurité… cela a naturellement conduit à prolonger le séjour pendant plus de huit ans.

Des banlieues industrielles de Yokohama, jusqu’à la beauté des paysages de Nagano en passant par le centre de Tokyo. Malgré l’hyperactivité de la capitale, je pouvais régler ma montre sur les départs du train et je n’ai probablement pas entendu une seule voiture klaxonner durant tout mon séjour. La philosophie zen et cette attitude calme et respectueuse en toutes circonstances m’ont transformé.

Pendant mes trois ans de résidence dans les montagnes, je pouvais quitter mon appartement sans même en fermer la porte à clef. Et mon portefeuille, que je perdais presque une fois par an à Tokyo, m’a systématiquement été restitué - toujours avec le sourire et sans que rien n’y manque.

« L’expatriation nous apprend à gérer la solitude »

L’expatriation nous apprend également à gérer la solitude, notamment au Japon ou sept (voire huit) heures nous séparent du fuseau horaire parisien. Les soirées étant souvent dédiées au travail et les Français souvent occupés au déjeuner, il faut parfois attendre le week-end, rester éveillé après minuit ou se lever en pleine nuit pour pouvoir téléphoner à ses proches en France.

Évidemment, on se fait vite un réseau sur place et bien que la relation s'établisse facilement avec les autres expatriés français, se créer un groupe d’amis japonais demande plus d’efforts. Cela est néanmoins capital pour profiter au maximum du dépaysement et comprendre les codes culturels locaux. La zone de confort peut attendre !

Quartier d’affaires la nuit, à Hanzomon (Tokyo) (c) Akhenaton Lichterowicz 

D’autres habitudes sont également à apprendre: à Tokyo, la ponctualité est une seconde nature et il est très mal vu d’arriver en retard à un rendez-vous. Cinq minutes d’avance sont d’ailleurs la convenance. Il est difficile d’affirmer une opinion personnelle de façon trop affirmée, ou de prendre une décision de travail sans avoir au préalable fait le tour des équipes pour vérifier qu’elle sera acceptée. Nous sommes loin des réunions à la française et du fameux « quart d’heure parisien » de nos rendez-vous entre amis...

 

Le retour en France : entre incertitudes et appréhensions

Les floraisons de cerisiers annuelles, magie de la nature, se suivent et finissent par se ressembler. En 2016, je décidais de changer d’environnement et de retrouver mes racines. C’est un véritable déchirement que de quitter le pays que l’on aime et qui nous a si bien traités.

Le retour en France a donc été précédé de beaucoup d’incertitudes et d’appréhensions : après avoir vécu un tel exotisme, peut-on apprécier la vie parisienne et comment renouer avec ses amis que l’on a quittés presque dix ans plus tôt ? Sera-t-on victime du fameux « syndrome de Paris » si connu des japonais de notre capitale ?

Le château de Takashima à Suwa pendant la floraison des cerisiers, préfecture de Nagano (c) Akhenaton Lichterowicz 

Parmi les difficultés au retour, chercher un logement, pour commencer. Par rapport aux appartements modernes et impeccables de Tokyo, le marche parisien est dans l’ensemble ancien, cher et il faut se décider très vite.

Louer à Paris sans historique d’impôts ou de feuilles de salaires en France est presque impossible : j'ai du demander à mes parents de se porter caution pour pouvoir emménager. On m’avait mis en garde également contre une bureaucratie lourde mais j'ai été agréablement étonné de l’efficacité de l’administration française lors de mon renouvellement de passeport qui expirait. En à peine deux semaines, le tour était joué. Tout n’est pas aussi terrible que l’image que l’on veut en donner !

« Pendant l’expatriation, on change plus que l’on ne veut le croire »

On doit également se réhabituer aux joies de la vie parisienne : les grèves et pannes de transport, ne pas devoir compter sur la ponctualité des transports en commun, la pollution… l’air  de Tokyo étant étonnamment propre suite à une longue campagne anti-diesel dans les années 1990. Face à cela, la patience apprise au Japon m’a aidé à surmonter mon retour et à même l’apprécier.

Il faut se montrer en permanence curieux, ouvert et réapprendre les réflexes de « machine à café » qui sont un mode de socialisation extrêmement important en entreprise en France. Pendant l’expatriation, on change plus que l’on ne veut le croire et ne soyez pas étonnés si certains proches finissent par remarquer un changement dans votre caractère...

« Tourner la page prend du temps »

Tourner la page prend du temps, presque six mois dans mon cas. Il faut se réinstaller, s’habituer à un nouveau travail, affronter toutes les formalités administratives et prendre le temps de revoir les amis et proches qui ont été distants si longtemps.

Puis on recommence à vraiment apprécier le plaisir de la vie en France, ses cafés, sa douceur de vivre et ses vieilles pierres. Les fruits coûtent très cher à Tokyo ou l’on peut trouver des grappes de raisin à plus de trente euros… une terrasse de café après le travail un soir d’été, des amis et un verre de vin - ce genre de plaisir simple est un bon remède à la mélancolie du retour. Puis à la mélancolie se substituent d'agréables souvenirs que l’on évoque avec plaisir. Heureux qui comme Ulysse…
 
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Akhenaton

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