ACL

Connexion

Association des Centraliens de Lyon

   Retour au dossier
Flickr - Jörg Schubert
Vue 247 fois
09 juillet 2018

S’enfuir à New York, et revenir avec de la suite dans les idées

Je me suis enfui en 2012 à New York. J’avais envie alors de changer d’air, de changer de trajectoire. J’étais ingénieur de bureau d’études à Paris sur des projets hydroélectriques. En bon représentant de la génération Y, mon insatisfaction m’a poussé à renverser la table. A partir loin pour faire autre chose. Mais quoi ?


Je suis tombé par hasard sur une annonce pour un PhD à Columbia University sur le site de l’ECL. Deux lignes lapidaires. Je rencontre mon futur directeur de thèse à Paris pour parler du sujet. Je postule. Le comité sélectionne mon dossier. L’affaire est entendue, je pars avec ma femme.


Un PhD aux USA dure entre 4 et 7 ans. C’est une expérience assez différente d’une thèse de doctorat française. D’abord car il faut retourner sur les bancs de l’école, ensuite car l’objectif de trois articles publiés dans des revues à comité de lecture est ambitieux, mais surtout car on dispose d’une grande liberté.

Le sujet est posé de manière assez vague, relevant plus de la thématique que du sujet de thèse. C’est au doctorant de le définir, au fur et à mesure du temps et des recherches.

Mais le corollaire de la liberté, c’est la responsabilité. Et la responsabilité de trouver les bonnes idées qui feront les bons articles vous met au pied du mur. Alors bien sûr, le directeur de thèse est là pour aiguiller et aider, mais il dirige en général simultanément plusieurs thèses et post-docs. On est donc à l’opposé du micro-manager ou même du manager tout court qu’on trouve en entreprise. C’est un système qui me convenait et dans lequel je me suis épanoui.


J’ai aussi saisi l’opportunité d’être dans ce temple de la connaissance qu’est Columbia University pour élargir mon horizon, en suivant par exemple des cours de politique internationale à l’école de Science Po, ou encore d’économie politique dans le département d’urbanisme.

Le cours d’écophysiologie du département d’écologie, à priori un chemin de traverse quand on est un étudiant de l’école d’ingénieur, a d’ailleurs changé le cours de ma thèse, et les perspectives qu’il m’a ouvertes ont débouché sur le véritable sujet de ma thèse –l’impact de l’augmentation du CO2 atmosphérique sur le cycle de l’eau.


En conclusion, mon passage à l’université a été une revigorante stimulation intellectuelle. Et c’est ce que j’y étais venu chercher.


Mais cette stimulation intellectuelle a été évidemment accentuée par le fait d’être à l’étranger. L’émigration, même dans un pays occidental et à priori proche culturellement, est rude. Il faut accepter d’être en permanence désorienté, même pour des choses simples de la vie de tous les jours - je parle pour ma part de bizutage.


Sans parler de l’adaptation aux systèmes administratifs (je n’ose dire « protection sociale » s’agissant des USA) et fiscaux. Il faut non seulement adapter ses habitudes, mais également son comportement. Par exemple, je pratique beaucoup l’ironie, et l’humour négatif. J’ai dû apprendre – assez vite, par nécessité- à me retenir.

L’adaptation comportementale concerne tous les aspects de la vie, y compris bien sûr professionnelle. Cette phase d’acculturation dure de nombreux mois, et même des années dans mon cas ; mais c’est une expérience qui vous enrichit et dont je bénéficie aujourd’hui au quotidien, une fois revenu en France. L’expatriation donne une grande leçon d’humilité.

 

Expatriés « en solo », en dehors de tout cadre, et sans grand pécule, l’immersion directe dans la société d’accueil a été brutale pour ma femme et moi. Nous avons été confrontés immédiatement à la dureté de la société américaine d’en-bas, à laquelle nous n’étions pas préparés. Petit à petit, nous y avons fait notre trou, et, à l’image de la promesse du rêve américain, avons monté les marches de cette société jusqu’à en côtoyer aussi l’extrême inverse.

C’est sans fard que nous pouvons juger de cette société fascinante, à la fois attractive par les potentialités qu’elle offre, et repoussante pour sa brutalité. Il n’y a qu’en vivant plusieurs années dans un pays, en y travaillant, en s’y insérant, qu’on est capable de le connaître vraiment.

En apprenant à connaître l’étranger, on apprend en miroir à connaître sa propre société, et soi-même. Ainsi, nous nous sommes rendus compte, ma femme et moi, à quel point nous étions français, et qu’il nous était impossible de rester vivre là-bas sur le très long terme. Nous ne le souhaitions pas pour notre fils, pourtant né à quelques encablures de Central Park.


Pour autant, New York est une ville extraordinaire, où règne une atmosphère spéciale d’émulation et d’ambition - je n’ai pu éviter cette tarte à la crème, veuillez m’en excuser.

On ressent indéfectiblement cette pulsation, et on s’y fait prendre. Je n’ai pas compté le nombre d’entrepreneurs que j’ai rencontrés en 4 ans. L’esprit entrepreneurial a même imbibé la culture de la recherche à Columbia –à tout le moins à l’école d’ingénieur.

Un professeur est ainsi responsable d’un budget, qu’il a lui-même obtenu en remportant des contrats qui peuvent être publics ou privés, il est responsable du recrutement de son équipe et des résultats obtenus. Il n’est pas rare, loin de là, qu’un professeur ait en parallèle une activité de start-up, ou qu’il quitte l’université dans ce but.

Ce fonctionnement a ses défauts, mais il a aussi ses vertus, notamment celle d’encourager les étudiants à adopter cet état d’esprit. Je veux dire l’état d’esprit du tout est possible, de l’opportunité et qu’il n’y a qu’à oser.


C’est ainsi que, de retour en France, je suis finalement devenu entrepreneur, en fondant Enerfip avec trois copains, une société qui propose aux citoyens de placer leur épargne en direct dans des projets d’énergie renouvelable.


Mon expatriation aura été une période cruciale de ma vie, qui m’a ouvert l’esprit et m’a donné la confiance pour réaliser des projets dont je ne pensais pas être capable.

Auteur

Commentaires

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.


Ajoutez un message personnel