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02 juin 2021

Didier Bic (ECL 1983) : Le tout ski, c’est fini... mais sans le ski, tout est fini !

Didier Bic (ECL 1983) connaît bien le secteur de la Montagne. Directeur Général de Kässbohrer ESE, Vice-Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Savoie et exploitant de la station de ski du Col de Porte, il était fin mai à Bourg-Saint-Maurice aux côtés du Premier Ministre Jean Castex, lors de l’annonce du plan de relance « Avenir montagnes ». Pour Technica, il revient sur les pistes à emprunter et les amalgames à éviter pour assurer l’avenir du secteur.


Les décisions gouvernementales auront eu raison du ski alpin cette année ; mais ce n’est que partie remise. Car le ski alpin a développé avec le temps une capacité de résilience incroyable. La crise financière de 2008 qui avait épargné les stations de ski, l’a notamment démontré.

Cette pandémie a certes bousculé bon nombre de nos habitudes, mais elle n’a pas eu de conséquences directes sur la pratique du ski alpin. La Covid aura en revanche été l’occasion de réfléchir, peut-être parfois un peu trop, à nos comportements, avec le risque de se laisser aller à quelques amalgames. Notamment sur le secteur de la montagne où certains n’ont pas résisté à faire quelques rapprochements hâtifs entre, par exemple, équipements des domaines skiables et hausse des températures.
 
À ce sujet, rappelons que si les effets du réchauffement climatique se font ressentir plus intensément en altitude, les aménagements des domaines skiables ont très peu d’impact environnemental. Les remontées mécaniques sont conçues pour économiser l’énergie en fonction du débit, la neige de culture reverse l’eau sur les bons bassins versants au bon moment, les dameuses ont fait baisser leurs émissions de particules et d’oxyde d’azote de 95% en 10 ans. Les domaines skiables qui occupent moins de 3% de l’espace alpin sont ainsi très peu impactants pour l’environnement. Surtout, les acteurs locaux n’ont pas attendu cette crise sanitaire pour se remettre en question !
 
En réalité, les deux plus grandes sources d’émissions de CO2 en station sont les transports (voitures particulières) et les logements. Il n’est donc pas étonnant que le gouvernement ait orienté son plan de relance vers la rénovation énergétique des hébergements touristiques et vers la mobilité douce, dont les ascenseurs valléens sont les projets phares (stratégie du dernier kilomètre). Une démarche nécessaire mais insuffisante car ces améliorations très locales ne pourront, à elles seules, ralentir les effets du réchauffement climatique. En réalité, le véritable enjeu pour la montagne est ailleurs.
 
Revenons quelques décennies en arrière. Nous sommes à la fin de la dernière Guerre Mondiale. Les montagnes sont désertées, la population vit essentiellement en vallée et seule l’énergie hydraulique génère de l’emploi local en attirant les industries électro-intensives. La France lance en 1964 un plan neige qui propose alors un nouveau modèle économique pour permettre à ses habitants de vivre à l’année en montagne. La réussite est totale, même s’il faut reconnaître parfois certains excès.
 
Aujourd’hui, on estime que 1€ dépensé en forfait de ski génère 7€ de retombées financières sur le territoire. Et les domaines skiables réalisent 1,4M d’€ de chiffre d’affaires. Aucun autre modèle n’est aussi efficace. Dès lors, avec la remontée des températures, comment remplacer le ski alpin ?
 
Le « succès » de quelques stations cet hiver est trompeur : si certains types d’hébergements ont su tirer leur épingle du jeu, c’est essentiellement parce que d’autres étaient administrativement fermés. Le bilan économique global est lui peu rutilant car les activités de ski nordique, de raquette, de balade et autres luges restent marginales. Le ski alpin est à ce jour la seule activité qui soit pratiquée en station plusieurs heures par jour et plusieurs jours de suite.

Aussi, la solution est-elle complexe et la martingale qui permettrait aux activités d’été de générer les mêmes flux financiers que ceux de l’hiver, n’a pas encore été trouvée.
 
Il n’en reste pas moins que le troisième volet du plan de relance tente de traiter ce problème en accordant une aide directe aux investissements dédiés aux activités estivales. Mais le ski restera encore le moteur économique du tourisme en montagne et c’est par le ski que les exploitants de domaines skiables, forts de la relance de leur cœur de métier, trouveront les moyens de développer eux-mêmes leur diversification.

Auteur

Directeur de Kässbohrer ESE - Vice-Président de la CCI de Savoie et Président de l'Afmont (Association des fournisseurs de matériels et services pour la montagne), Didier BIC est également Exploitant de la station de ski du Col de Porte (Isère) . Il est diplômé de l'ECL 1983 et titulaire d'un Master en Génie Industriel obtenu à Centrale Paris en 1984. Voir l'autre publication de l'auteur

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