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02 juin 2021

Enquête : être étudiant à Centrale Lyon pendant la crise de la Covid-19

En mars 2020, le premier confinement est venu bousculer le quotidien des étudiants de Centrale Lyon. Habitués à la vie sur le campus, à l’émulation pendant et en dehors des cours, ils ont dû s’adapter au rythme des mesures sanitaires accompagnées de leur lot de contraintes. Une situation exceptionnelle que chacun a vécu différemment. Justine, Luc et Axel, tous les trois de la promotion 2019, ont accepté de nous raconter leur vie d’étudiant chahutée par les vagues successives de la Covid-19.


Bonjour à tous les 3. Comment avez-vous vécu le premier confinement en mars/avril de l’année dernière ?

Justine : Psychologiquement, le fait de rentrer dans ma famille et de ne pas vivre seule m’a permis de traverser cet épisode relativement sereinement. En revanche, suivre les cours à distance s’est parfois avéré compliqué. Cela demande davantage de concentration, sans parler des nombreux Travaux Pratiques réalisés à distance, qui n’offrent logiquement pas les mêmes enseignements. Analyser des données que l’on nous fourni plutôt que prendre soi-même les mesures, avec tous les risques d’imprécision que cela comporte, tronque forcément l’expérience.

Luc : À titre personnel, ce ne fut pas une période particulièrement difficile à vivre. Je suis moi aussi rentré chez mes parents, où j’ai pu profiter de davantage d’espace pour m’aérer et faire du sport. Je découvrais les cours en ligne qui se révélaient relativement faciles à suivre à condition d’utiliser des plateformes adaptées (Discord, Zoom etc) et non  de simples chats ou des échanges de mails. Mais l’effet nouveauté n’a pas duré longtemps et le maintien des cours à distance après le déconfinement du 8 mai 2020 a fait remonter en moi un profond sentiment de lassitude.

Axel : De mon côté, le premier confinement a été assez éprouvant. Bien que j’ai eu la chance de le passer auprès de ma famille, allégeant au passage le poids de mes dépenses, en particulier sur la nourriture, l’adaptation fut psychologiquement difficile. J’ai ressenti un manque cruel d’interaction sociale qui ne s’est toujours pas résorbé encore aujourd’hui. Autour de moi, l’anxiété, voire la détresse de mes camarades, de l’École Centrale de Lyon ainsi que d’anciens de prépa, n’a fait qu’alimenter une angoisse sous-jacente.


Qu’est-ce que la Covid et les mesures barrières ont changé dans votre façon d’étudier ?

Luc : La Covid et les différentes phases épidémiques qui ont mené à la fermeture quasi totale de l’École l’année dernière n’ont fait qu’accentuer selon moi le phénomène de bachotage. Les étudiants étant distraits pendant les cours à distance, beaucoup se sont retrouvés 1 à 2 semaines avant les épreuves à devoir travailler des matières qu'ils n’avaenit que très peu étudiées. Cela contraste avec les TD et CM en présentiel qui permettaient de suivre les cours.

J’ai également remarqué que ma capacité à me concentrer sur de longues sessions a nettement baissé. Je suis davantage tenté de regarder mon téléphone ou de me trouver une excuse pour faire autre chose.

Justine : Les cours à distance ont surtout modifié l’attention que l’on porte aux cours. Il y a moins de prise de notes systématiques, surtout lorsque le professeur nous l’envoie déjà rédigé…


Comment vivez-vous les cours en ligne et quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez ?

Axel : Les cours en ligne ne sont qu’une pâle réplique des cours magistraux et des TD en présentiel. J’espère qu’ils resteront des reliques d’un passé dont on ne veut plus entendre parler, car ils ne peuvent en aucun cas remplacer les vrais cours. S’y concentrer durant quatre heures d’affilé tient du miracle tant on est appelé à se distraire : internet n’étant qu’à un clic de souris.

Même les cours qui réussissent l’exploit de rester passionnants pendant plusieurs heures grâce à un énorme travail des professeurs sur l’interactivité ne parviennent pas à reproduire la qualité des échanges que l’on peut avoir en présentiel. De plus, passer ses journées devant les écrans fatigue les yeux, sans parler que cela pousse à un mode de vie toujours plus sédentaire. Il est par exemple tentant de suivre superficiellement les cours du vendredi matin depuis son lit...

Justine : Les cours en ligne sont difficiles à suivre. Rester concentrée et attentive pendant 4h de cours relève de l’exploit. Il faut aussi faire avec les problèmes de connexion ou de bande passante, sans oublier l’interaction limitée avec les professeurs qui impacte notre capacité d’attention, de compréhension et de mémorisation des cours. Par exemple, je regrette de n’avoir jamais vu mon professeur d’anglais en vrai, mais seulement par le biais d’un écran. Cela altère forcément la qualité des échanges.

Luc : Les cours en ligne ont été de plus en plus difficiles à vivre. Le principal problème réside selon moi dans la passivité des étudiants, qui certes est inhérente à l’enseignement (le professeur parle, l’étudiant écoute) mais qui est moins visible en présentiel du fait de la proximité physique (le fait d’être dans une même pièce pousse à participer ou à s’intéresser un minimum au cours).

À distance c’est tout à fait différent : lorsque les caméras sont éteintes sur Zoom, un petit nombre d’étudiants peut suffire pour répondre aux questions posées par le professeur sans pour autant impliquer les autres élèves. Il est également très difficile de se concentrer sur une voix monotone, d’autant plus si on a un intérêt limité pour la matière. On finit par décrocher pour se réfugier dans une des nombreuses tentations qui nous entourent (téléphone, réseaux sociaux, préparation d’un repas, ...) tout en écoutant le cours sans grande conviction.

Le professeur que l’on n'osait pas brusquer en utilisant un téléphone devant lui en amphi est maintenant devenu une simple vidéo de plus qui sort de notre ordinateur. Ainsi, suivre 4h de cours d’affilée avec une pause de 15min au milieu devient une véritable épreuve, parfois même un calvaire.


Quels sont les cours les plus compliqués à suivre en distanciel ?

Justine : Sans hésitation, les cours magistraux qui mettent à rude épreuve notre capacité d’attention. Les TD et les TP sont quant à eux plus faciles à suivre parce qu’ils impliquent, par définition davantage d’interactions de la part des élèves. Cela ne veut pas dire que tout est parfait : comprendre le fonctionnement d’une machine quand on n’en voit qu’une vidéo ne remplacera jamais le fait de l’expérimenter en présentiel.

Luc : Je suis d’accord. Les cours magistraux à distance et le manque d’interaction professeur/élèves peuvent rapidement s’avérer rédhibitoires. Tous les professeurs ne favorisent pas l'interaction avec les élèves, se contentant de “vous avez des questions ? Vous comprenez ?”. Ce à quoi la plupart des étudiants répond “oui tout va bien” alors que c’est peut-être faux. Je ne jette pas la pierre aux professeurs pour qui aussi faire cours face à un écran doit être compliqué, mais peut-être qu’une meilleure communication avec les élèves, des échanges réguliers au sein d’un groupe rassemblant le corps étudiant et enseignant aurait permis d’améliorer la situation.

Axel : D’après moi, les difficultés sont d’abord liées à la capacité inégale des professeurs à intéresser pendant des heures des centaines d’étudiants sans les voir ni les entendre. Je suis particulièrement admiratif de ceux qui y parviennent.


Qu’est-ce qui a changé à l’École entre le 1er confinement et aujourd’hui ?

Axel : Les professeurs se sont rassemblés majoritairement autour des mêmes outils (Zoom ou BBB), ce qui a facilité leur compréhension et leur utilisation. Certaines matières ont tenté de nouvelles méthodologies (cours asynchrones à partir de textes ou de vidéos et uniquement TD et exercices en synchrone) qui ont plutôt bien marché. Quelques TP en présentiel, un seul dans mon cas, ont pu être organisés en petit comité, ce qui a été un réel plaisir.

Justine : Les professeurs ont également mis en place de nouveaux outils comme Wooclap pour rendre les cours plus interactifs. Certains cours et TD ont pu être organisés en présentiel ce qui est vraiment un plus même si on s’est rendu compte que notre capacité d’attention avait régressé avec les confinements successifs.


En tant qu’étudiants et futurs ingénieurs, avez-vous l’impression d’avoir développé de nouvelles compétences pendant cette crise sanitaire ?

Luc : Je ne parlerai pas de “compétences” mais plutôt d’une prise de recul sur ce qu'est notre société, sur les attentes envers nous, futurs ingénieurs, notre rôle et notre place à prendre. De fait, cela amène à se poser des questions sur ce que l’on souhaite réellement pour notre vie future.

Pour être honnête, je pense que cela a été plus néfaste que bénéfique pour la formation d’ingénieur, le risque étant d’être catégorisé comme “ingénieur Covid” ou "diplômé Covid” comme ayant reçu une formation de moindre qualité.

Axel : J’ai appris à travailler en groupe et à distance, en particulier grâce à mon Projet d’Application industriel, mais également au travers des nombreux rapports à rendre par groupe dans chaque matière. Cependant, en étant très clair, je suis persuadé que mes compétences et connaissances purement académiques sont en-deçà de ce qu’elles auraient pu être sans cette crise.

Justine : La crise sanitaire nous a également permis d’apprendre à nous adapter rapidement à de nouveaux outils, que ce soit pour communiquer à distance, ou pour profiter d’une alternative aux logiciels type Sofia qui sont sur les ordinateurs de Centrale.


La crise sanitaire a-t-elle eu un impact sur votre recherche de stage et/ou leur déroulement ?

Justine : Pour le stage d’application de 2ème année, les délais de réponse des entreprises ont été nettement rallongés (jusqu’à 1 mois et demi), créant pas mal de frustrations et d’incertitudes. Heureusement, après de nombreux refus, j’ai pu décrocher un stage.

Luc : J’ai envoyé des centaines de demandes de stage restées sans réponse. Alors que je commençais à perdre espoir, j’ai finalement décroché un stage pour cet été avant de poursuivre mes études à la rentrée avec un double-diplôme à l’étranger.


Et a-t-elle influencé votre réflexion quant à votre orientation professionnelle ?

Luc : Cette crise n’a pas altéré ma volonté de m’engager en faveur de problématiques environnementales. Elle l’a au contraire fait mûrir car j’ai eu le temps de m’interroger sur moi, sur les gens qui m’entourent et plus globalement sur la société d’aujourd’hui et celle de demain. L’idée de baisser les bras face aux nombreux défis à relever, de me dire que « c’était perdu d’avance », m’a même traversé l’esprit. Mais je suis encore plus motivé aujourd’hui qu’hier et convaincu que j’ai un rôle à jouer en tant qu’ingénieur dans les transformations à venir.

Justine : La crise de la Covid m’a montré que l’on peut travailler efficacement même à distance. Cela ouvre des perspectives pour se lancer dans des projets internationaux de grande envergure même en temps de crise. J’espère d’ailleurs pouvoir poursuivre mes études à l’étranger l’année prochaine dans le cadre d’un double-diplôme.

 

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