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04 février 2021

Centralien à l’international : Thomas Soulas - Head of Emerging Technology à Siemens Energy (Houston)

Diplômé de Centrale Lyon en 1998, Thomas Soulas débute sa carrière aux États-Unis en 2002 après avoir obtenu son Master of Science à Texas A&M University. Il passe 12 ans au sein de la société Dresser-Rand, dans le domaine du pétrole et gaz, d’abord à des postes en Recherche & Développement, avant d’obtenir un MBA à Rice University (Houston) et d’évoluer vers des responsabilités de Directeur Chargé d’Affaires. Il est aujourd’hui Head of Emerging Technology à Siemens Energy, qui a fait l’acquisition de Dresser-Rand en 2014. Avec ses équipes, il est en charge d’identifier, développer, et commercialiser les technologies du futur dans le domaine de l’énergie. Rencontre.


Bonjour Thomas. Vous vivez et travaillez depuis près de 20 ans aux États-Unis. A quel moment et pour quelles raisons avez-vous un jour décidé de traverser l'Atlantique ?
A la fin de mes études à Centrale Lyon en 1998 (dernière année passée à Centrale Paris d’ailleurs) et après une année de mastère en aérospatial à l’ISAE-SUPAERO, j’ai eu l’opportunité d’effectuer mon service militaire en coopération aux États-Unis auprès de la Snecma. L’entreprise proposait de financer en totalité mon mastère à Texas A&M University dans le domaine de la recherche aérospatiale sur les turbo machines. L’obtention du diplôme s’accompagnait également d’un permis de travail d’un an aux US. J’ai donc naturellement décidé d’y débuter ma carrière professionnelle avec un premier poste dans le secteur du pétrole et du gaz. Secteur de l’énergie dans lequel je travaille encore aujourd’hui.

Vous allez passer douze ans au sein de la compagnie Dresser-Rand, avant qu’elle ne soit rachetée par le groupe Siemens. Qu’est-ce que cela a changé pour vous ?
L’acquisition de Dresser-Rand par Siemens en 2014 n’a pas modifié les responsabilités que j’occupais déjà à l’époque. J’étais directeur chargé d’affaires et m’occupais du développement des nouvelles solutions techniques et de projets pilotes. Ma mission consistait à identifier les nouvelles technologies émergentes dans le domaine de l’énergie, à tester leur potentiel en interne, avant de valider celles retenues au cours de projets pilotes menés avec nos partenaires industriels. Les cinq premières années après l’acquisition par Siemens, j’ai également participé à faciliter la transition en particulier, l’implémentation des nouvelles technologies développées jusque là chez Dresser-Rand, au sein de l’activité de Siemens Energy, qui est d’ailleurs depuis le mois d’Octobre dernier une société à part entière et séparée du groupe Siemens.

Pouvez-vous nous donner des exemples de nouvelles technologies sur lesquelles vous travaillez?
Parmi les multiples activités de Siemens Energy, le département dans laquelle je travaille, s’intéresse notamment à la décarbonisation des procédés thermiques et industriels. Par exemple, une des technologies que nous avons développée permet de récupérer la chaleur jusque là perdue au cours des procédés thermiques, afin de produire de l’électricité sans émettre de carbone. Deux projets pilotes, aujourd’hui dans le domaine public, ont été menés pour valider cette solution. Le premier avec la société de gazoduc TC Energy, anciennement TransCanada, et la seconde avec le brésilien Petrobras. Cette phase de validation au travers de projets industriels concrets est une des plus importantes du process de développement. C’est une partie essentielle de mon travail : identifier les partenaires industriels susceptibles d’être intéressés par les technologies en cours de développement, puis négocier les termes commerciaux afin d’initier avec eux ces projets pilotes. Par exemple, Siemens Energy peut proposer de financer une partie du projet en échange d’engagements commerciaux à plus long terme.

En octobre 2020, vous prenez la direction du département « Technologies émergentes » de Siemens Energy. En quoi consiste ce nouveau poste ?
Le poste de Head of Emerging Technology renforce la dimension stratégique de mon travail. Mes équipes et moi participons non seulement à identifier les technologies du futur les plus pertinentes pour nos clients, mais nous nous assurons également de respecter un process afin de ne surtout pas brûler les étapes. Ce qui peut être tentant pour un client devant les promesses d’une innovation. Prenons l’exemple de la production d’hydrogène propre. Il y a une forte attente autour de cette technologie chez les industriels, alors que techniquement, la solution prendra du temps avant d’être réellement opérationnelle et commercialement déployable à grande échelle et à un coût raisonnable. Le but est donc pour nous de trouver un équilibre entre l’objectif à atteindre et la réalité qui impose, dans un premier temps, d’utiliser les procédés actuels pour réduire les émissions de carbone.

On parle beaucoup d’urgence climatique. Vos clients industriels ont-ils pris la mesure de ce que celle-ci implique pour leur activité ?
Jusqu’à il y a deux ans, il y avait beaucoup d’effets de communication et peu d’actions concrètes. Les lignes se sont mises à bouger depuis chez la plupart de nos clients, notamment les plus gros. Ils sont devenus pro-actifs sur ces questions environnementales et se fixent désormais des objectifs ambitieux. Parfois même un peu trop. Certains aimeraient en effet que les choses avancent plus vite que ce que la technologie permet réellement. L’évaluation des possibles est rarement réalisée de façon très méthodique. La tentation est grande pour ces géants de l’industrie énergétique de s’engager sur des promesses qu’ils pourront difficilement tenir. Notre objectif avec mes équipes consiste à les accompagner afin de procéder par étapes tout en gardant une vision long terme.

Quel a été selon vous le déclencheur chez les industriels de cette prise de conscience des enjeux climatiques et environnementaux ?
Nos clients dans l’énergie du pétrole et du gaz ont longtemps été assez conservateurs sur ces sujets. Les taxes carbone imposées par les différents gouvernements à travers le monde ont logiquement fait évoluer leur façon de penser les projets. Par exemple la province d’Alberta au Canada qui est une région très dynamique de l’industrie pétrolière et gazière a non seulement mis en place des taxes carbone, mais a également aidé financièrement un de nos clients à développer une de nos technologies plus propre. On le voit, la question de l’impact environnementale est aussi devenue un enjeu économique.

Vous avez connu la formation d’ingénieur en France et aux États-Unis. Qu’est-ce qui distingue le plus un ingénieur français d’un ingénieur américain ?
L’ingénieur français est plus théorique et généraliste, là où l’américain sera peut-être plus pragmatique et surtout plus spécialisé. Ce dernier est capable d’aller rapidement à l’essentiel. L’ingénieur français va vouloir avoir une vision plus périphérique avant de prendre une décision. Les deux profils ont leurs avantages et leurs limites. Par exemple, l’ingénieur français a la réputation de manquer parfois d’humilité. Cela vient sans doute de l’élitisme entretenu par le système des grandes écoles en France. Je sais de quoi je parle puisque j’ai volontairement redoublé ma prépa afin de pouvoir intégrer une des écoles qui me permettait de prétendre à la carrière que je désirais. A l’inverse, aux États-Unis, peu importe votre background, l’important reste votre efficacité au travail.

Dernière question pour conclure. Pour quelle raison accepteriez-vous un jour de rentrer travailler en France ?
Bien que ma femme qui est américaine travaille pour TOTAL et que ma fille de 9 ans parle parfaitement français, je ne nous vois pas rentrer travailler en France dans un avenir proche. Ce qui est sûr, c’est que si l’opportunité devait se présenter un jour, la décision se prendrait quoiqu’il arrive en famille.

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