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07 mars 2021

Centralien à l’international : Nicolas Breitburd (ECL 1991) Head of Investment Strategy à Hong-Kong
De professionnel de la viande en France à investisseur en startup à Hong Kong !

Diplômé de Centrale de Lyon en 1991, Nicolas débute sa carrière chez Accenture dans l’installation de solutions ERP, avant de rejoindre l’industrie Agro-Alimentaire. Dirigeant de plusieurs PME dans le secteur de la transformation de la viande pendant 21 ans, il profite de l’obtention en 2013 d’un MBA à l’Insead pour s’envoler pour Hong Kong vers une nouvelle vie familiale et professionnelle. Arrivé avec plein de projets en tête, il fait aujourd’hui, 8 ans plus tard, le point sur son parcours au sein de cet eldorado de l’entrepreneuriat,  et sur les perspectives de business dans le contexte social et politique qui agite depuis plusieurs mois le quotidien de la Perle de l'Orient.


Vous vous êtes installé à Hong-Kong il y a environ 8 ans. Qu'est-ce qui a motivé votre départ de France où vous meniez votre carrière jusque là ?

J’ai mené une longue carrière dans une industrie très particulière : l’industrie de la viande. J’y étais venu après deux années passées dans le conseil chez Accenture avec pour objectif de prêter main forte à l’entreprise familiale, dont je représentais la cinquième génération. J’ai appris le métier sur le tas, à la dure, avec très tôt des responsabilités managériales importantes.

A 30 ans, j’étais gérant d’une des filiales du groupe. La direction de PME est d’une diversité passionnante mais nous étions sur un marché particulièrement dur, où les marges sont extrêmement faibles, où les problèmes d’encaissement de clients, d’instabilité des filières d’approvisionnement, de tarissement des voies de formations des jeunes sont prégnants. Si vous ajoutez à cela le risque sanitaire auquel est exposé l’ensemble de cette industrie, vous comprendrez que le quotidien était plutôt "challenging".

Au bout de 20 ans, je faisais le constat que le niveau de marge ne nous permettait pas d’avoir les moyens de financer des mouvements stratégiques forts qui étaient pourtant devenus essentiels à un avenir meilleur. Même constat du côté des banques qui ne portaient pas le secteur des viandes dans leur cœur et ne souhaitaient pas nous accompagner sur des opérations de croissance externe.

Je commençais alors à réfléchir à ce que pourrait être la nouvelle orientation de ma carrière. En particulier je reprenais un vieux dossier laissé de côté juste après ma sortie de Centrale Lyon : un MBA international. J’y voyais une opportunité d’apprendre mais aussi de rencontrer des gens de toute industrie. Mon choix se porta sur l’executive MBA de l’INSEAD, qui permet de mener de front une activité professionnelle et un MBA. A l’issue du processus de sélection, je fus surpris d’être accepté. Il fallait maintenant le faire ! Ce fut une expérience extraordinaire d’ouverture sur le monde.

A la sortie, mon épouse se voyait proposer un poste à Hong Kong et me demandait ce que nous décidions… Je voulais changer d’industrie et de carrière, j’y ai vu une opportunité de prendre une décision difficile que je n’aurais jamais prise sinon. Et je démissionnais de mon poste de Directeur général pour partir à l’aventure en Asie.

Vous êtes arrivé à Hong-Kong sans contrat professionnel. Comment fait-on pour trouver un emploi sur place ?

Quand je suis arrivé sur place, j’étais assez optimiste et excité car tout le monde m’avait dit : « Hong Kong est la terre des opportunités et du free business ». J’ai vite compris que si opportunités il y avait, elle s'accompagnait d'une forte concurrence, avec plein de profils internationaux surdiplômés cherchant des postes sur place. Mon profil de dirigeant de PME posait souci aux recruteurs locaux : j’étais considéré comme senior et à placer sur des postes de direction générale. En même temps, je ne parlais pas le chinois (ce n’était pas un souci en 2010, ça l'est devenu en 2015), et il n’existait et n'existe toujours pas d’industrie des viandes à Hong Kong (importation et distribution seulement).

Je me suis rendu compte, que changer de géographie, de poste et d’industrie en même temps ne serait pas simple, notamment parce que mon profil d'entrepreneur/PME étaient difficilement lisible pour les recruteurs sur place. Si vous venez du monde corporate, les process de recrutement à Hong Kong sont très similaires à ceux que l'on trouve en Europe. Dans mon cas, il a fallu que je me débrouille seul, notamment en activant mon réseau.

J'ai pu compter sur la communauté Insead pour me mettre le pied à l’étrier localement. J'ai également écumé tous les groupes/ réseaux locaux comme la Chambre de commerce française à Hong Kong, l'Union des Français à l'étranger, des groupes Facebook, des groupes Whatsapp… Il me fallait faire mon trou et m’intégrer au tissu professionnel local. Une démarche plus difficile à réaliser à l’étranger qu’en France, notamment à cause de la barrière de la langue et celle culturelle, bien plus marquée au sein des PME forcément très locales, qu’au niveau des corporates internationaux.

J’ai fini par monter ma propre structure et par travailler avec les startups : un bon mix d’international et d’esprit entrepreneur. Mais si c’était à refaire, je préparerais beaucoup plus mon arrivée depuis la France ! Idéalement, mieux vaut se faire recruter par une société française pour un poste sur place. Ensuite les rencontres locales et les opportunités font généralement le reste.

Sur place vous commencez par fonder la société Vos Bouchers Préférés ? De quoi s'agit-il et comment est né son concept ?

Parmi mes activités, il y a en effet la création d’une société d’importation et de distribution de produits alimentaires français. D’abord, il est simple et peu coûteux de monter sa société à Hong Kong. Ensuite le marché de travail est hyper-souple : vous pouvez être salarié, free-lance, être payé en cash ou par virement…. Les charges sociales oscillent entre zéro et 5%. Les impôts sont simples : flat tax de 15%. Aucun impôt sur les dividendes, les plus-values, les successions. Enfin, j'ai vite détecté que la communauté française (30.000 personnes au moins) ne trouvait nulle part ses escalopes de veau, son rôti de bœuf, sa choucroute, son andouille de vire ou son boudin noir. Bref il m’a paru clair qu’il fallait créer une société dans ce pays de rêve pour entrepreneur (droit social et fiscal simplissime) et qu'il fallait offrir à mes compatriotes leurs madeleines de Proust.

Pour des raisons de rentabilité, j'ai opté pour un concept proche du club d’amateurs : une commande groupée deux fois par mois, une importation par avion en frais (pas de congelé), une livraison dès que l’avion se pose pour ne pas avoir de frais d’entreposage. Ainsi naquit Vos Bouchers Préférés ! Hong Kong, avec son aéroport hyper efficient, hyper connecté et son petit territoire facile à couvrir logistiquement se prêtait parfaitement à ce modèle opérationnel. J’ai également eu la chance de trouver une associée en or, ayant l’esprit d’entreprise et la passion du produit et des clients, sans qui ce projet n’aurait pas réussi : Natacha Grange. Seul, un entrepreneur ne va pas très loin !

Parallèlement, vous multipliez les activités de conseil auprès notamment des startups. Sur quels types de problématiques intervenez-vous ?

Essentiellement la réflexion stratégique et la vente. Dans le premier cas, je sers de sparring partner du CEO qui est souvent un peu seul pour réfléchir à sa stratégie. Dans le second cas, j'ai mis en pratique mon passé de vendeur B2B pour venir en aide aux équipes de jeunes vendeurs en startup.

Et puis je suis tombé sur Karen et Karena, les deux co-fondatrices d’AngelHub, la (future à l’époque) première plateforme d’equity crowdfunding de Hong Kong. Mon expérience holistique de l’entreprise leur a plu : j’ai pu les aider non seulement dans la phase de construction du business, et ensuite dans la sélection des dossiers d’investissements. Quant à moi, j’avais enfin réussi à parachever ma mue. De boucher en France à investisseur en startup à Hong Kong !

En quoi HK est-elle une place privilégiée pour entreprendre ? Quels conseils donneriez-vous à de futurs entrepreneurs qui souhaiteraient se lancer à HK ?

Comme évoqué plus haut : tout est simple pour un entrepreneur à Hong Kong. Créer sa société, la gérer, déclarer ses impôts, bénéficier de ses efforts et investissements sans prélèvement fiscal sur les plus-values réalisées. Recruter du personnel n’est pas aussi stressant qu’en France : il n’y pas de notion de CDI ou de CDD. Si vous avez une difficulté, vous pouvez vous séparer de vos employés dans l’instant. La gestion RH est simplissime. Juste une contribution au plan de retraite : 2,5% a la charge de l’employeur. Pour un chef d’entreprise français, c’est un choc. Il faut se pincer pour être sûr qu’on ne rêve pas. Toute la réglementation, bien moins dense qu’en France, est consultable en ligne.

Mon conseil : prenez un comptable local (il vous en coûtera moins de 1500 euros par an). C’est moins cher que les cabinets français et ils connaissent mieux les arcanes locaux pour vous aider dans vos démarches administratives.  Évidemment, n’oubliez pas la contrepartie d’un état libéral : pas d’aide, ni de filet de sécurité, si vous échouez….

Les tensions sociales depuis plus d'un an et la reprise en main politique par les autorités chinoises ont-elles fait évoluer la façon d'entreprendre à HK ?

Il faut distinguer deux mondes à Hong Kong. L’establishment, composé de la communauté business, professions libérales et politiques (élus pro-pékin), préfère de loin une situation sous contrôle que le chaos. Ils ne sont pas forcément pro-pékin de manière homogène, mais ils pensent que toute tentative de contestation, pire de soulèvement, est préjudiciable au business. Mieux vaut une injustice qu’un désordre.

Les plus jeunes et les plus pauvres, en revanche, se retrouvent aujourd’hui dans une impasse douloureuse. Le statu quo social, les condamne à vivre entassés dans des petites surfaces et à survivre sur le plan économique malgré leur intégration au marché du travail.

J'ai étudié avec un ami la problématique des subdivided flats à Hong Kong : on y trouve typiquement des familles de 4, avec les deux parents qui travaillent, et qui malgré tout doivent vivre dans une pièce de 9 mètres carrés à cause du prix de l’immobilier à Hong Kong. Quelle perspective d’avenir pour un jeune étudiant ? Comment va-t-il pouvoir fonder une famille ? Habiter sa propre maison ? C'est impossible.  Ce sont eux, ceux qui n'ont rien à perdre qui se rebellent.

Dans ce contexte, il n’y a pas encore de mouvement de masse au niveau business. Cette communauté, à 90%, se satisfait parfaitement de la loi de sécurité promulguée par les Chinois. Seulement quelques groupes internationaux et quelques journaux, ont décidé de quitter Hong-Kong, mais ils sont peu nombreux.

Les entreprises se posent néanmoins des questions : la loi de sécurité est ainsi faite que les autorités de contrôle chinoises peuvent arrêter tout propriétaire d’entreprise et le condamner sans procès. On se demande également si Hong Kong pourra garder sa place de lieu d'arbitrage des contrat internationaux, si la rule of Law, héritée des anglais, est un jour mise à bas par la loi de sécurité chinoise….

Il faut s'attendre à des changements, et au départ progressif de ceux qui le peuvent : Les sociétés internationales, les riches, les propriétaires d'un passeport anglais, les étrangers… Pour les jeunes hongkongais sans le sou, je suis plus pessimiste. Cependant, les Chinois nous ont habitués aux surprises. Ils peuvent très bien décider d’expérimenter un super-Hongkong à l’échelle de la Greater Bay Area !

Dernières questions :

Que préférez-vous dans la vie à Hong-Kong ?
Le mixte incroyable de la nature et du béton, de la mer et de la montagne, de la modernité et de l’ancestral.

Qu'est ce qui vous manque le plus de la France ?
L’espace. Pouvoir prendre sa voiture ou un train et se trouver en rase campagne, avec les troupeaux.

Pour quelles raisons rentreriez-vous vivre en France ?
D’abord la famille et les amis. Le décalage horaire, encore plus que la distance, fait qu’il est difficile d’avoir des moments de partages. Ensuite l’architecture et l’Histoire : Hong Kong n'est pas une belle ville et ne présente aucune richesse architecturale. Enfin la culture : La littérature, Le Théâtre, la Danse, la Musique française et européenne, la gastronomie, c’est pour moi ce qu’on a fait de mieux sur cette planète. Hong Kong a encore énormément de retard dans ce domaine !

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Commentaires

1 Commentaire

Jérôme TRIOMPHE (ECL 1994)
Il y a 6 mois
Un joli parcours, Nicolas !

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