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30 mai 2022

Thomas Janvier (ECL 2003), Vice-Président des Achats d’INNIO - Autriche

Il y a 12 ans, Thomas Janvier posait ses valises en Autriche au gré d’une nouvelle mobilité au sein du groupe General Electric. Presque une évidence pour ce Centralien qui depuis l’enfance, s’est toujours senti chez lui, au-delà des frontières de la France. Un ressenti qui dès les bancs de Centrale Lyon, l’a amené à orienter ses choix de formation et son parcours professionnel pour multiplier les opportunités d’expatriation. Installé aujourd’hui à Innsbruck, il nous parle de son travail, des particularités de la vie en entreprise, mais aussi de tous ces détails du quotidien qui l’ont décidé à s’installer durablement dans ce petit coin d’Europe.


L’expatriation est pour moi plus qu’une étape de carrière : c’est toute mon histoire personnelle. Cela a même commencé avant ma naissance :  mes parents ont vécu leur première expatriation aux États-Unis juste après leur mariage et je suis né peu de temps après leur retour en métropole. Enfant, je les ai accompagnés dès 9 ans en Algérie puis à 11 ans en Turquie, pour un total de 6 ans hors de l’Europe. Je suis rentré pour le lycée, j’ai enchaîné sur une classe préparatoire et j’ai intégré Centrale Lyon en 2000. C’est pendant ces quelques années en France que j’ai compris que j’avais acquis un bagage culturel et des valeurs bien différents de mes camarades qui n’avaient connu que la France, ce qui créait un décalage souvent enrichissant, mais également difficile car invisible pour les autres au premier abord, puisque rien dans mon apparence ou mon langage ne laissait transparaître mon expérience à l’étranger. Mon choix fut fait : je préférais être visiblement étranger en vivant hors de France, qu’en décalage constant avec mes concitoyens dans mon pays natal. 

Fort de cette résolution, j’ai commencé dès l’École à préparer mon futur à l’international. J’ai pris la vice-présidence du club d’Amérique Latine, pris des cours d’espagnol et d’allemand en plus de l’anglais obligatoire, fait un premier stage au Brésil et un second au Venezuela et obtenu de faire ma troisième année en double-diplôme à Duke, aux États-Unis. Mon premier poste fut ensuite chez General Electric (GE) en Angleterre pendant un an, en amélioration des processus dans un département Achats. Le rôle était intéressant, mais le pays m’a peu plu et je suis rentré en France où m’attendait une belle opportunité : intégrer un programme de Leadership de GE.

Bien que le poste soit en France, le contexte était fortement international, avec des déplacements réguliers en Europe et vers les États-Unis. Après 4 ans à différents postes de logistique et de production, j’ai profité de la grande taille du groupe GE pour effectuer une mutation vers l’international, avec cette fois l’Espagne comme destination et un poste de « Black Belt » (spécialiste des méthodes d’amélioration dites « Six Sigma ») dans une usine de production d’éoliennes.

L’usine dut malheureusement fermer ses portes en 2009 par suite de la crise économique qui touchait le pays, et une seconde mobilité au sein du groupe m’a amené en Autriche. C’était il y a douze ans, et j’y suis toujours. 

Professionnellement, les choses ont évolué depuis mon arrivée. Mon poste actuel est celui de « VP Procurement » (Vice-Président des Achats) et mon entreprise, qui a été vendue par GE il y a trois ans à un fonds d’investissement, s’appelle maintenant INNIO. Mon responsable direct est le PDG de la compagnie. J’encadre une équipe d’environ 100 personnes basées sur 3 continents et représentant une vingtaine de nationalités. Avec certains collaborateurs, je parle anglais, avec d’autres, allemand, d’autres encore, l’espagnol – parfois j’ai même un peu l’occasion de parler français… La plupart de mes coéquipiers sont toutefois autrichiens ou allemands. 

Leur mode de travail diffère de ce que j’ai vu en France. Cela commence par des choses très simples : le travail commence à 7h30 et non vers 9h30 comme à Paris ; personne ne se fait la bise et les poignées de main sont réservées aux grandes occasions ; il n’y a pas de RTT à proprement parler. Il n’y a jamais non plus de grèves : les syndicats, les comités d’entreprise et le patronat travaillent main dans la main pour équilibrer les intérêts à long terme des entreprises, des travailleurs et de la communauté. Il y a des avantages certains, comme par exemple des augmentations annuelles de salaire négociées au niveau national par le biais de conventions collectives, qui doivent obligatoirement être respectées par les entreprises. La culture d’entreprise est également plus orientée vers les faits et moins vers le relationnel – bien qu’il faille relativiser ce dernier point, les Autrichiens étant plus relâchés que les Allemands. 

La qualité de vie en Autriche est très haute. Je vis à Innsbruck, une ville de taille moyenne au cœur des Alpes, dans le Tyrol. En hiver, je skie presque tous les week-ends – en été, je fais de la randonnée et un peu d’escalade. Les paysages sont sublimes. En plus de cette proximité avec la nature, qui permet de se ressourcer après les longues semaines de travail, la ville offre plus que ce à quoi on serait en droit de s’attendre pour une ville de 100 000 habitants : beaucoup de restaurants et de bars (la vie étudiante bouillonne grâce à une grande université), un hôpital de premier plan, des cinémas, quelques musées. Pour plus de culture, Munich n’est qu’à 1h30 de route, Vérone à 3h, Vienne ou Venise à 4h de train. Mes amis sont pour la plupart des couples binationaux (un(e) Autrichien(ne) ou Allemand(e) avec un(e) étranger(e)). En effet, les Tyroliens sont très attachés à leurs traditions, ont un très fort dialecte et il n’est pas facile de se lier avec eux : non pas parce qu’ils ne sont pas hospitaliers, mais parce qu’ils ont déjà leurs cercles d’amis établis depuis l’enfance et peu d’entre eux ressentent le besoin de tisser d’autres relations. Ils parlent aussi rarement de politique, du moins avec moi – et pourtant il y aurait sujet à discussion, puisque les scandales de corruption se succèdent dans les médias et les responsables politiques sont souvent amenés à démissionner de leurs fonctions. Le pays est très à droite pour ce qui est d’immigration, mais mène une politique assez socialiste pour ses résidents. Je l’ai constaté très directement depuis que je suis père d’une petite fille : les aides aux familles sont conséquentes et le système de santé fonctionne très bien. 

Bref, l’Autriche est un petit pays qui ressemble un peu à l’Allemagne, mais aussi un peu à l’Italie du Nord, où il fait bon vivre si l’on est prêt à faire abstraction de certains aspects de la vie politique et si l’on est prêt à faire le premier pas pour s’intégrer. Si l’un de vous, lecteurs de Technica, souhaite un jour s’y installer, n’hésitez pas à me contacter et je vous aiderai à vous orienter.

 
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Thomas Janvier débute sa carrière en Angleterre au département Achats de General Electric (GE) . Profitant d'un programme de Leadership au sein du groupe, il rentre en France où il occupe pendant 4 ans différents postes de logistique et de production. Il rejoint ensuite une usine de production d’éoliennes en Espagne avec un poste de « Black Belt » (spécialiste des méthodes d’amélioration dites « Six Sigma »). Sa fermeture en 2009 l’amène à une seconde mobilité au sein de GE, cette fois du côté de l’Autriche où il occupe aujourd’hui le poste de « VP Procurement » (Vice-Président des Achats) chez INNIO (anciennement du Groupe GE)

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