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Association des Centraliens de Lyon

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J.Way
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12 septembre 2018

Un Centralien, un métier : Jean-Paul Pernet-Solliet (83) Directeur de l'Association hospitalière Sainte-Marie

Après Jean Baptiste Loiselet venu cet été nous parler de son parcours de l'antarctique, en passant par les plateformes pétrolières, c'est au tour de Jean-Paul Pernet-Solliet de la promotion 83, de partager avec nous son expérience de Directeur général d'un des acteurs majeurs de l'économie sociale et solidaire en France. Ou, comme il s'amuse à le préciser : comment il est passé de Centrale, à la santé !


 

TECHNICA : Bonjour. Vous êtes aujourd’hui Directeur général de l’Association Hospitalière Sainte Marie – pouvez-vous nous présenter son rôle et ses actions?

L’Association Hospitalière Sainte Marie est aujourd’hui un acteur majeur de l’économie sociale et solidaire, spécialisé dans le traitement et l’accompagnement des maladies mentales (addictions, dépressions, burnout…) et psychiatriques. Elle est l’héritière de l’action menée depuis 1825 par la congrégation des religieuses de Sainte Marie, qui a décidé dès 1974, faute de « renouvellement », de passer la main. Nous tâchons au quotidien de perpétuer les valeurs humanistes de l’association avec l’aide des 5500 salariés (infirmiers, aides-soignants, médecins, employés administratifs, logistiques et techniques) répartis sur une trentaine de structures sanitaires et sociales. Il s’agît d’une association loi 1901, c’est-à-dire une entreprise de droit privé à but désintéressé. Nous n’avons pas d’actionnaire. Les résultats que nous réalisons ne sont pas redistribués mais réinvestis au profit de l’activité. Au-delà de ce détail, nous fonctionnons exactement comme une entreprise de droit privé.


TECHNICA : Quel est votre rôle au sein de l’association ?

En qualité de DG, je suis le pilote de l’institution. Je déploie la feuille de route décidée par le conseil d’administration. Je joue le rôle de courroie dans le projet de transformation et de modernisation de l’institution. L’objectif est de créer une dynamique de groupe avec les différents acteurs et structures de l’association. En résumé : faire en sorte que tout le monde travaille ensemble, échange, mutualise et crée des synergies efficaces. Il s’agit également de répondre aux besoins de la population prise en charge et aux évolutions de la demande (chronicisation de la maladie, allongement de la durée de vie…).

TECHNICA : A quoi ressemble une journée type de travail ?

Il y a une constante : celle de ne jamais être seul. Je passe beaucoup de temps sur le terrain au contact des professionnels, voire des patients ou des résidents, car je considère que c’est sur le terrain qu’on apprend, qu’on réfléchit le mieux, pour préparer les décisions qu’on sera amené à prendre. J’assiste également régulièrement à des réunions de travail, que ce soit avec des collaborateurs directs, des partenaires sociaux, des institutionnels politiques, qui sont souvent aussi nos financeurs comme les conseils régionaux, les Agences Régionales de Santé etc.. Une journée type, ce sont des rencontres, de la diversité. C’est d’ailleurs ce qui me plaît le plus : passer rapidement d’un sujet à l’autre et essayer de faire avancer les projets.

Pour moi, le cash, fait de la casse (...) et à 50 ans, j'ai décidé de rompre avec la logique purement financière et les raisonnements à très court terme.

TECHNICA : Racontez-nous comment vous êtes arrivé à ce poste. Sur le papier, votre formation d’ingénieur ne vous prédisposait pas vraiment à travailler dans le secteur de la santé ...

De façon anecdotique, j’aime bien dire que je suis allé de Centrale à la Santé ! J’ai commencé comme ingénieur pour évoluer vers des fonctions de manager, avec des expériences dans des entreprises en forte croissance, et dans la seconde partie de ma carrière, dans des sociétés en difficulté, avec des situations délicates à gérer humainement. Fin 2013, après avoir accompagné plusieurs plans sociaux chez ARC International, j’ai pris le temps de réfléchir à l’orientation que je voulais donner à la fin de mon parcours professionnel. Il me restait alors 10 ans d’activité et j’estimais avoir fait le tour de ce que je pouvais faire dans le secteur « marchand ». Mais plus qu’autre chose, je voulais rompre avec la logique purement financière et les raisonnements à très court terme dictés par la prise de pouvoir des financiers. Pour moi, le cash fait de la casse ! Je cherchais une structure qui offre de la visibilité et du temps pour construire des projets. J'ai repéré l’annonce pour le poste de Directeur Générale de l’Association Hospitalière Sainte Marie, et je me suis dit « pourquoi pas tenter ma chance ».

TECHNICA : Qu’est-ce-qui, selon vous, vous a permis de décrocher le poste ?

Je me suis retrouvé en concurrence avec des candidats bien plus expérimentés dans le domaine de la santé. Ce n’était pas difficile, puisque je ne connaissais pas le secteur. Au fur et à mesure des entretiens, je me suis rendu compte qu’il existait un lien entre mon expérience et les projets de transformation et de modernisation à mener au sein de l’association. J’ai demandé lors des entretiens si mon ignorance en matière de santé n’était pas rédhibitoire. En réalité, je répondais au besoin d’ouverture à l’extérieur afin d’insuffler au sein de l’organisation des compétences proches de celles développées dans le monde de l’entreprise. D’ailleurs, quand j’observe autour de moi, de plus en plus de structures privées lucratives ou non, du secteur sanitaire et de la santé, font appel à des managers issus du secteur privé.

Je me suis rendu compte que ce que j’aimais faire, c’était précisément ce que je ne savais pas faire.

TECHNICA : Vous souvenez-vous de ce que vous vouliez faire à la sortie de Centrale Lyon ?

Je voulais apprendre et le faire toute ma vie. Le fait de quitter le monde de l’apprentissage pour rejoindre la vie active fut une étape difficile pour moi. J’aimais apprendre et je voulais que ma vie professionnelle soit un apprentissage permanent. Je me suis rendu compte que ce que j’aimais faire, c’était précisément ce que je ne savais pas faire. Et dès que je savais faire, ça ne m’intéressait plus. En ce sens-là je suis un artisan des transformations. C’est pour ça que je dis que là où je suis le plus à l’aise, c’est généralement dans les milieux instables. Quand c’est trop stable ou quand je sais trop faire, je perds en efficacité et en motivation.

 

TECHNICA : En quoi ce que vous avez appris à Centrale Lyon vous sert-il dans votre travail?

Centrale nous prépare à être capable de passer d’un sujet à l’autre. A mener plusieurs problématiques de front. Le diplôme de Centrale Lyon est aussi un sésame qui ouvre beaucoup de portes, même parfois celles qu’on n’attend pas. Par exemple, je suis persuadé qu’il a été un atout dans mon recrutement en tant que DG de Sainte Marie. Quand je me retrouve en face de médecins, je les préviens toujours que je ne suis pas spécialiste… Ils me répondent souvent : « Ça ne fait rien, vous êtes centraliens donc vous allez comprendre ! ». Il faut être fier de notre diplôme. On a autant d’opportunités de carrière qu’en sortant de Centrale Paris ou de l'X. La seule difficulté supplémentaire, c’est qu’il faut se bouger un peu plus et ne pas hésiter à se mesurer aux autres.

Il faut être fier de notre diplôme. On a autant d’opportunités de carrière qu’en sortant de Centrale Paris ou de l'X. La seule difficulté supplémentaire, c’est qu’il faut se bouger un peu plus !

TECHNICA : Que dirait le jeune homme de l’époque sur ce qu’il est devenu aujourd’hui ?

Il serait sans doute surpris parce qu’au cours de ma carrière, j’ai fait des choix parfois difficiles, parfois liés au hasard de rencontres ; mais au final, quand je regarde dans le rétro, il y a une cohérence que je n’ai pas forcément saisie sur le moment. Le Président de la Fanfare Piston et le Vice-Président du BDE de l’ECL seraient sans doute fiers de voir le chef d’orchestre que je suis devenu aujourd’hui !

 

TECHNICA : Quels sont les défis qu’il vous reste à relever ?

Conduire la feuille de route qui m’a été confiée par le Conseil d’administration de l’Association avec une échéance fixée à 2020, et au-delà. Pour faire de l’Association un Groupe au sens noble du terme. Elle porte sur la qualité de nos prises en charge, la performance y compris économique, le développement de nos activités dont la croissance externe et la cohésion.  Cette feuille de route comporte 58 projets répartis dans 14 clusters différents et qui touchent tous les métiers de la structure. Ça devrait suffire à m’occuper jusqu’en 2024, année de mon probable départ à la retraite.

Le Président de la Fanfare Piston et Vice-Président du BDE de l’ECL que j'étais, seraient sans doute fiers de voir le chef d’orchestre que je suis devenu aujourd’hui !

TECHNICA : Un dernier mot à ajouter ?

Oui, j’aimerais rappeler que les problèmes liés à la santé mentale (addictions, radicalisation, dépression etc.) touchent en moyenne une personne sur cinq au cours de sa vie. C’est plus que le cancer ou les maladies cardio-vasculaires. Ce sont en plus des maladies chroniques qui durent toute une vie, avec des épisodes de crise, de stabilisation et de rémission. Elles impactent souvent tout un environnement familial, ce qui fait que nous sommes ou seront tous confrontés, directement ou non, à ces pathologies. C’est important d’en avoir conscience. Quant à moi, cela me fait dire que mon métier a aujourd’hui un sens.

 

Exemples d'établissements de l'Association hospitalière Sainte-Marie

POUR ALLER PLUS LOIN

L'Association hospitalière Sainte-Marie a ouvert un fond pour faire appel à la générosité du public pour accompagner ses projets de recherche et d’innovation. Plus d'informations disponibles par mail (Jean-paul.pernet-solliet@ahsm.fr) ou sur le site ahsm.eu 

 

 

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