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08 juillet 2020

OOrion : du projet d'étude à la création d'une start-up pour déficients visuels

Née d’un projet d’étude « création d’entreprise » en première année de Centrale Lyon, l’application mobile OOrion (anciennement Let it Drop) a pour objectif d’accompagner les déficients visuels dans leur quotidien en les aidant à retrouver des objets dans leur environnement. Un projet qui a remporté plusieurs concours depuis, dont une seconde place au Startup Challenge ACL de Boston en 2018. Nous avons rencontré Stéphanie Robieux actuellement en année de césure à Centrale Lyon qui porte le projet avec 4 autres élèves de l’École (promo entrante 2017) : Hicham Benmansour Johan Bernard Maria Cherradi El Fadili et Alexis Pigé.


Bonjour Stéphanie. Peux-tu pitcher en quelques mots l’application Oorion que vous développez ?

L’application OOrion a été créée pour permettre aux déficients visuels de localiser les objets dans leur environnement et de les guider ensuite jusqu’à eux. Lorsque l’utilisateur lance l’appli sur son smartphone (android ou iOs), 3 actions lui sont proposées : la recherche d’objets autour de lui – la description de son environnement (description orale d’une scène en scan live) - l’enregistrement d’un nouvel objet spécifique pour une recherche future (ex : un porte clé avec une forme particulière, ou un livre spécifique). L’application peut être utilisée en cliquant sur l’écran grâce à un système de codes couleurs qui simplifient la recherche pour les malvoyants, ou grâce à la reconnaissance vocale.


Captures d'écran de l'application OOrion

 

Sur quelles technologies repose l’application OOrion ?

OOrion fonctionne grâce à un algorithme de reconnaissance d’objets complétée par une technologie de « machine learning » qui lui permet d’enrichir progressivement sa base de données. Le codage de cet algorithme a été particulièrement long et répétitif car il fallait intégrer le maximum d’images différentes pour chaque objet, afin d’aider l’algorithme à les reconnaître facilement et ce, quelque soit l’environnement.

 

En parlant de développement, quelles sont les principales difficultés que vous avez rencontrées ?

La reconnaissance des objets en fait partie mais d’autres difficultés sont effectivement apparues au fur et à mesure que nous avancions dans le développement d’OOrion. Par exemple, chose que nous ignorions en nous lançant dans le projet : les obstacles sont des points de repères importants pour les personnes malvoyantes dans la perception de l’espace qui les entoure. Nous avons donc intégré cette donnée pour que le guidage de l’appli soit pensé en fonction des obstacles. Il a fallu pour cela non seulement apprendre à l’algorithme à les reconnaître lorsqu’ils se situaient sur la trajectoire d’un objet à atteindre, mais aussi lui enseigner à gérer l’appréciation des distances pour permettre de guider l’utilisateur… Tout cela avec l’unique caméra du smartphone ! Impossible donc d’avoir recours à la triangulation via plusieurs capteurs par exemple. C’est le genre de difficulté technique qui nous a freiné dans le développement et qui a, dans ce cas précis, nécessité d’externaliser le codage afin de trouver des solutions.

 

Comment avez-vous financé le développement d’OOrion qui rappelons-le, n’est initialement qu’un projet d’étude de première année ?

Les concours ont joué un rôle important dans le développement d’OOrion. Les fonds obtenus en récompense ont permis de financer certains coûts. Mais leur impact a été encore plus grand en termes de motivation pour nous remettre en scelle malgré les difficultés. Ces concours nous ont à chaque fois conforté dans l’idée que la solution que nous avions imaginée avait un réel potentiel et que nous devions poursuivre nos efforts.

 

OOrion a notamment bénéficié d’un accompagnement par le groupe SAP...

Effectivement, au bout d'un an et demi de projet, nous avons bénéficié de 4 mois d'accompagnement par SAP, partenaire d'Enactus, avec à la clé de nombreux conseils de la part de professionnels de l'innovation technologique numérique. En parallèle, nous avons pu pitcher notre solution lors du salon Vivatech 2019 sur le stand SAP dans le cadre du Socialtech'Challenge 2019. A la clé, un premier prix remporté face à plusieurs autres projets de start-ups du numérique.

 

Et qu’en pensent les principaux concernés c’est-à-dire les déficients visuels ? Dans quelle mesure, leurs retours ont-ils fait évoluer l’application ?

Dès le départ, nous sommes allés les interroger pour comprendre leur quotidien et visualiser les situations dans lesquelles notre appli pouvait apporter une solution. Nous avons multiplié les rencontres, notamment grâce à l’association Unadev de Lyon (Union des Aveugles et Déficients visuels), afin de leur présenter la solution que nous imaginions et valider avec eux son utilité. Il est rapidement ressorti que OOrion répondait aux besoins d’autonomie que les déficients visuels recherchaient dans leur quotidien, notamment au travers de la solution de guidage autonome d’OOrion qui n’existe pas dans les applis concurrentes. A l’inverse, ils nous ont expliqué que dans certains lieux comme les transports en commun, ou les supermarchés, ils préféraient demander de l’aide à quelqu’un plutôt que d’utiliser leur smartphone. Tous ces retours, nous ont amené progressivement à ajuster les situations d’usage de l’application ainsi que la population que nous allions cibler.

 

Tu évoquais à l’instant la présence de concurrents. Qui sont-ils et comment vous en démarquez-vous ?

Il existe en effet plusieurs applications de ce type pour les déficients visuels mais nous sommes la seule à proposer le guidage sans l’intervention d’une personne tierce comme c’est le cas pour l’appli Be My Eyes par exemple qui permet à une personne malvoyante d’être mise en relation par téléphone avec un utilisateur de l’appli qui va l’aider, la guider via la caméra du smartphone. Cette solution fonctionne bien mais elle maintient l’utilisateur dans une position de demandeur. Grâce à OOrion au contraire, elle pourra agir en totale autonomie sans devoir faire appel à personne. Cette question d’autonomie est une réelle problématique au sein de la communauté des déficients visuels et la plupart affirme mettre un point d’honneur à maximiser cette dernière dans les taches du quotidien.

 

En outre, il existe une seule application plus proche de la notre en termes d’utilisation en autonomie, Seeing AI, mais celle-ci propose seulement la description de l’environnement, aucun guidage pour le déficients visuel.

Ainsi, la présence de concurrents nous conforte dans la conviction qu’une appli comme la notre répond à un réel besoin et serait vraiment utile. De plus OOrion possède une réelle valeur ajoutée vis-à-vis des applications concurrentes sur le marché et se démarque donc de ces dernières assez facilement.

 

Quelle ambition portez-vous tous les 5 aujourd’hui au projet OOrion ?

Nous sommes actuellement en phase de recherche de subventions et de sponsors pour nous aider à finaliser le projet notamment d’un point de vu technique avec les ultimes développements de l’algorithme. Notre objectif est de commercialiser l’appli d’ici fin 2020 avec une phase préalable de test du prototype et les améliorations qui en découleront. Aujourd’hui, nous sommes mobilisés pour trouver de nouvelles solutions de financement (business angel, crowdfunding…)

 

Puisqu’on parle d’argent, quel est le modèle économique d’OOrion ?

La forte dimension technologique de l’application et l’obligation de mettre en place une maintenance régulière de l’algorithme nous amène à proposer un modèle d’abonnement à partir de 1,99€/mois, accompagné de la possibilité de tester gratuitement l’application pendant 1 mois. Avec le temps, nous avons noué un solide réseau avec les différents acteurs du secteur, associations, médias, start-ups, personnes déficientes visuelles. L’attente vis-à-vis d’OOrion existe et nous sommes convaincus que la solution de l’abonnement est un bon compromis.

 

 

Dernière question : pourquoi avoir changé le nom de l’application pour passer de « Let it drop » à OOrion ?

Lors des concours auxquels nous avons participé, plusieurs personnes nous ont interrogé sur le sens de Let it Drop, soulignant au passage que le nom n’était pas facile à retenir. Nous avons donc décidé de le changer pour OOrion qui est une référence au géant de la mythologie grecque qui perdit la vue après avoir saccagé le palais d’Oenopion, fils d’Ariane et de Dionysos, avant de la retrouver miraculeusement en traversant la mer. Quant aux 2 lettres OO, la forme peut faire penser à une paire de lunettes. On trouvait le clin d’oeil amusant et l’orthographe permettait également de nous distinguer de produits du même nom.

 

Pour en savoir plus sur OOrion, contacter Stéphanie Robieux (stephanie.robieux@ecl17.ec-lyon.fr )

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