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Grégory Vial / ACL
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08 octobre 2020

COVID-19 : Comment Centrale Lyon a adapté son enseignement à la crise sanitaire

L’École Centrale de Lyon est à l’image des ingénieurs qu’elle forme chaque année : agile et déterminée ! Confrontée ces derniers mois à la crise sanitaire, elle a su s’adapter rapidement pour poursuivre son enseignement dans les meilleures conditions tout en garantissant la sécurité de ses élèves. Grégory Vial, Directeur des études de l’École fait le point pour Technica sur les coulisses de cette adaptation.


- Bonjour Monsieur Vial. Frank Debouck, Directeur de Centrale Lyon expliquait récemment que 3 scenarii avaient été pensés dès le mois de juin en vue de préparer la rentrée de septembre. Pouvez-vous nous les décrire ?

L’École a travaillé depuis le mois de juillet sur trois scénarios de rentrée : du premier, où les élèves sont accueillis normalement (dans le respect des mesures barrières), au troisième où les enseignements se font 100% à distance, avec un scénario intermédiaire où les élèves sont reçus en alternance une semaine sur deux afin de permettre une distanciation plus grande dans les espaces pédagogiques. Dans ce scénario, les élèves qui ne sont pas présents sur site travaillent à distance, encadrés par des enseignants. Les équipes pédagogiques ont été associées à la définition de ces scenarii et disposent d’une grande latitude afin d’adapter au mieux les modalités aux différentes activités. Le distanciel ne se limite pas à la retransmission d’une séance filmée pour les élèves. Pour certaines activités, en particulier expérimentales en lien avec nos installations de laboratoire, il faut entièrement repenser la pédagogie.


- Quelles ont été les principales difficultés auxquelles vous avez été confronté au moment de réfléchir à ces dispositifs?

Depuis le printemps, nous travaillons tous dans l’incertitude de l’évolution de la situation sanitaire et des contraintes qui s’imposeront. Par ailleurs, la fin de l’année académique 2019-2020 a été très chargée avec entre autre, l’organisation des examens 100% en ligne. Les équipes ont été très sollicitées : repenser, en un temps extrêmement court, sa pédagogie dans un mode d’enseignement hybride (mélange de présentiel et de distanciel) représente un travail conséquent.


- Comment se déroulent les cours en distanciel ?

Nous nous appuyons sur notre plateforme pédagogique, basée sur la solution logicielle Moodle. Elle permet la gestion des documents pédagogiques, des évaluations (formatives ou sommatives), des interactions avec les groupes d’élèves (forums, chats, rendus de travaux de groupes). Concernant les solutions de visio-conférence, nous utilisons à la fois la solution commerciale Zoom et la solution libre BigBlueButton, interfacée avec la plateforme pédagogique. Pour les enseignements en grand nombre (amphis de tronc commun en particulier), des outils d’interactivité sont également disponibles pour dynamiser les séances (sondages Wooclap en particulier). Pour les séances de TD, les enseignants sont équipés de tablettes avec stylet. Les activités expérimentales sont les plus difficiles à transposer en ligne mais les équipes y parviennent néanmoins, en utilisant les fonctionnalités de sous-groupes de visio-conférence.


- Nous avions rencontré il y a quelques mois 3 Centraliens de Lyon, Pierre Trovero, Alexandre Corbel et Luc de la Fortelle, au sujet de leur plateforme d'enseignement en ligne WeDraf. Ils évoquaient un partenariat possible avec Centrale Lyon. Qu'en est-il aujourd'hui ?

L’outil WeDraft a été testé au printemps pendant la période de confinement.  Il permet le travail collaboratif autour d’un tableau interactif, intégrant à la fois l’audio et des fonctionnalités d’annotation et de dessin. Il a pu être utilisé entre enseignant et élèves, mais également au sein de groupes d’élèves. Par ailleurs, c’est l’outil que nous avons retenu pour le programme Genius, en partenariat avec l’École Polytechnique. Nos élèves ingénieurs assurent un tutorat auprès des élèves de lycées partout en France et en particulier dans le bassin de Saint-Étienne.


- Ces outils numériques se développent depuis le début de la crise COVID. Quelles sont les points à améliorer selon vous ?

Les outils ont déjà connu de fortes évolutions. Ils sont désormais plus intuitifs, plus robustes et leurs fonctionnalités se développent. La principale difficulté réside dans les ressources qu’ils nécessitent que ce soit en matière de connexion réseau ou de matériel informatique. Si nos infrastructures sur le campus supportent cette charge, ce n’est pas toujours le cas pour les étudiants qui logent en ville. C'est pourquoi, avec le soutien de la métropole de Lyon, des aides financières ont été accordées sur le volet « précarité numérique ».


- Y a-t-il des matières plus difficiles à enseigner à distance que d'autres?

L’enseignement à distance est plus difficile pour l’ensemble des disciplines. Ce n’est pas tant une question de transmission de connaissance que de maintien de motivation chez les élèves. L’enseignement est un métier de contact. La formation sur le campus intègre bien plus qu’une transmission verticale des savoirs : les interactions entre élèves, les activités de formation au sein de nos laboratoires de recherche, les discussions informelles entre enseignants et élèves sont autant d’éléments qui sont difficilement transposables à distance.


- Quel est le ressenti des professeurs et des élèves face à ces nouveaux modes d'enseignement ?

En mars, les enseignants se sont adaptés du jour au lendemain, certains surpris eux-mêmes par leur propre ressource ! Bien sûr, la plupart d’entre eux étaient déjà coutumiers des différents outils, mais assurer plusieurs mois de télé-enseignement était un défi d’une toute autre ampleur. La charge de travail a été considérable, d’autant que nombre d’enseignants devaient également faire la classe à la maison pour leurs propres enfants. Les élèves se sont également adaptés rapidement, mais la difficulté de travailler en groupe, la perte de motivation liée à l’isolement, et les conditions matérielles parfois difficiles (certains faisaient également la classes à des frères et sœurs plus jeunes) ont rendu cette période délicate.


- Tous les élèves sont concernés par les aménagements de l'enseignement, mais on peut supposer que "l'impact" est plus important sur les premières années ? Qu'en est-il réellement ?

Si les élèves qui ont intégré l’École cette année ont connu un printemps 2020 difficile et particulièrement stressant, avec des concours reportés, nos élèves ont également vécu une année très atypique. À l’enseignement à distance s’est ajoutée l’absence de vie étudiante au printemps, l’annulation de nombreuses mobilités à l’étranger, la difficulté de trouver des stages. Au prix d’efforts importants, épaulés par le service des stages à l’École et les alumni de l’ACL, les élèves ont majoritairement trouvé des stages. Les entreprises qui s’étaient engagées auprès d’eux ont joué le jeu en débutant les stages à distance. Au final, l’expérience professionnelle a été très largement maintenue.


- Si la situation imposait de conserver tout ou partie des cours en distanciel, comment se dérouleraient les examens ?

Nous avons organisé les examens du printemps 2020 à distance, en déployant des modalités inédites de formes diverses selon les disciplines. Nous avons fait au mieux avec les contraintes. Nous essaierons d’éviter d’y recourir à nouveau car la garantie d’une évaluation efficace et équitable est bien plus difficile à assurer pour des examens à distance.


- Y a t-il cette année des élèves étrangers sur le campus ? Si oui comment ont-ils été impactés par les mesures de confinement ?

Le campus n’a pas réellement fermé pendant le confinement : plusieurs centaines d’élèves logeaient dans les résidences (il s’agit de baux privés et la résidence est leur domicile) dont beaucoup d’élèves étrangers. L’École a organisé la vie sur le campus, dans le respect de mesures sanitaires strictes. Les retours que nous ont faits les élèves sont extrêmement positifs : le confinement sur le campus a été bien plus agréable que pour ceux qui étaient dans des logements isolés. Il faut dire qu’ils bénéficiaient d’un jardin de 17 hectares !  Pour 2021, le recrutement des élèves internationaux est conséquent malgré le contexte. Peu de mobilités entrantes ont été annulées et seulement quelques étudiants ont choisi de décaler ou reporter leur expérience à l’international.


- Nous sommes début octobre. Comment se déroulent les cours après l’annonce des nouvelles mesures sanitaires dans l’enseignement supérieur ?

Suite aux annonces ministérielles et la circulaire reçue le 5 octobre matin, nous avons mis en place le scénario 2 depuis mardi 6 octobre 8H00. Ce dernier prévoit l’accueil des élèves alternativement dans les espaces d’enseignement pour y respecter la jauge de 50% de leur capacité totale.

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