ACL

Connexion

Association des Centraliens de Lyon

   Liste des articles
Pierre-Clément Simon
Vue 783 fois
27 août 2019

Centraliens de l’étranger : de Centrale Lyon à l'Université de Penn State

Après 2 années passées à Centrale Lyon, Pierre-Clément Simon a traversé l'Atlantique pour suivre un double diplôme à Penn State, où il poursuit aujourd’hui sa thèse. Fasciné par le pouvoir des mathématiques et décidé à contribuer au combat contre le changement climatique, il modélise sur ordinateur le comportement des matériaux nucléaires pour assurer leur intégrité mécanique. Rencontre.


Technica : Tu vis depuis plusieurs années aux États-Unis. Explique-nous comment tu es arrivé là bas ? Simple hasard ou choix délibéré ?

Pendant les deux premières années de ma formation à Centrale Lyon, je m'étais décidé à étudier à l'international. Le monde étant étroitement connecté, il me semblait indispensable pour un ingénieur d’aujourd’hui de pouvoir travailler au contact d'autres cultures. Au début, j'hésitais entre un double diplôme en mathématiques appliquées en Allemagne et un cursus en nucléaire aux États-Unis. Toujours indécis, j'ai contacté d'anciens élèves centraliens ayant suivi ces cursus pour qu’ils me parlent de leur expérience. Kimberly Colas, diplômée de Centrale Lyon en 2007, avait aussi fait une thèse à Penn State et travaillait au CEA à Saclay. Elle m'a gentiment proposé de visiter son labo et nous avons discuté de son parcours. Après cette rencontre, convaincu que je pourrai avoir un impact important en étudiant dans le département d'ingénierie nucléaire, j'étais déterminé à aller à Penn State.

En France on fait de la théorie et on travaille le sens de l'analyse, alors qu’aux États-Unis Unis on fait de la pratique et on développe le sens physique.

Tu as étudié aux États-Unis Quelles différences as-tu constaté avec l'enseignement dispensé en France et plus particulièrement à Centrale Lyon ?

Dès la première semaine à Penn State, j'ai réalisé que l'enseignement était radicalement différent par rapport à la France. Pour résumer : en France on fait de la théorie et on travaille le sens de l'analyse, alors qu’aux États-Unis Unis on fait de la pratique et on développe le sens physique. Indépendamment, les deux approches ont leurs avantages et leurs limites. En exagérant le trait : en France, on apprend plein de choses sans toujours savoir à quoi ça sert, alors qu'aux États Unis, on fait beaucoup d'applications sans toujours savoir d'où ça vient. 

Ensemble, les deux systèmes se complètent. Ainsi, mes années en France m'ont aidé à développer un esprit d'analyse puissant, et mes années à Penn State m'ont aidé à apprendre à utiliser cet esprit d'analyse pour résoudre des problèmes concrets. 

- Explique nous ce que tu fais aujourd'hui ? Sur quoi travailles-tu et les résultats obtenus ?

Aujourd'hui, j'entame ma dernière année de thèse à Penn State. Mon projet consiste à modéliser les changements microstructurels - l'hydruration en particulier - du zirconium, qui est utilisé dans les centrales nucléaires en tant que gaine de combustible.

Tous les matériaux vieillissent. Au fil du temps, les propriétés obtenues lors de la fabrication de certains matériaux se détériorent. Un métal ayant été construit pour supporter de grandes contraintes de pression et de température peut ainsi devenir cassant dans les mêmes conditions. Ces changements de propriétés sont dues à des modifications de la structure du matériau à très petites échelles (micro-mètre - nano-mètre). Pour ma thèse, je m'efforce de développer un modèle numérique capable de prédire les changements de structure à petite échelle du zirconium. 

Comme pour tout système complexe, il est délicat d'identifier les mécanismes physiques responsables de ces transformations. Pourtant, cette compréhension est cruciale puisqu'elle permet ensuite non seulement d'assurer l'intégrité des gaines de combustible aujourd'hui, mais aussi de développer de nouveaux matériaux qui sont plus résistants à ces changements de microstructures.

Dans ce projet, j'ai réussi à montrer que certains mécanismes qui étaient jugé responsables de ces changements n'ont en fait pas lieu, et nous sommes en bonne voie pour identifier les mécanismes responsables. 

Pour résumer en langage courant : mon projet conduit à une meilleure compréhension du vieillissement des gaines de combustible lors de leur utilisation en centrale nucléaire et pendant le stockage à long terme, ce qui permet d'assurer la sécurité des systèmes actuels, tout en développement les bases du design des systèmes de demain. 

Mon projet de thèse vise à une meilleure compréhension du vieillissement des gaines de combustible lors de leur utilisation en centrale nucléaire et pendant le stockage à long terme

- Comment sont perçus les ingénieurs français aux US et en particulier ceux de l'ECL ?

Je pense que les ingénieurs français sont appréciés aux US pour leur esprit d'analyse. Les ingénieurs et chercheurs français que j'ai eu la chance de rencontrer au cours de mes stages dans les laboratoires nationaux américains et pendant les conférences profitaient d’une forte reconnaissance de leur travail. Quant à l’ECL, même si aux US, le fonctionnement des grandes écoles d'ingénieurs à la française est malheureusement peu connu puisqu'il est très différent du système américain, les ingénieurs de Centrale Lyon sont très appréciés à Penn State grâce à l'excellente impression laissée par les anciens élèves, en particulier dans les départements d'aérospaciale, d'informatique et de nucléaire. Grâce à eux, Centrale Lyon est reconnue pour former des ingénieurs complets et dédiés au développement des sciences.


- Qu'est-ce qui te plaît le plus dans le fait de travailler et de vivre aux États-Unis ?

Je pense que ce qui me plaît le plus dans le fait de travailler aux US est d'avoir une grande liberté dans ma recherche. Je suis tout à fait libre d'explorer mes propres idées tout en recevant les conseils avisés de mes deux directeurs de thèse. Je pense que travailler aux US me donne accès à d'incroyables opportunités que je ne considérais pas sérieusement avant. 

Vivre sur un campus universitaire ici me permet aussi de rencontrer des gens de tous les horizons. Penn State rassemble des gens de presque tous les pays du monde intéressés par des domaines extrêmement variés : ce type de diversité mène à d'innombrables discussions et collaborations, et encourage une ouverture d'esprit qui me semble fondamentale pour un citoyen/ingénieur aujourd'hui. 

Je me surprends régulièrement à rêver d'une simple tartine de beurre (Breton, avec des cristaux de sels de Guérande), ou d'un bon fromage accompagné d'un verre de vin.  

- Quelle est la chose qui te manque le plus de la France ?

Sans aucune hésitation : la nourriture ! Même si je suis forcé d'avouer que les US bénéficient d'une cuisine extrêmement variée grâce aux différentes cultures représentées, je me surprends régulièrement à rêver d'une simple tartine de beurre (Breton, avec des cristaux de sels de Guérande), ou d'un bon fromage accompagné d'un verre de vin.  


- S’il tu devais désigner une chose qui pourrait éventuellement te ferait revenir...

Je dirais les avantages sociaux, tels que la sécurité sociale, mais aussi la situation politique générale des US ou de la France/Europe. 


- Un dernier message/conseil aux Centraliens qui aimeraient tenter l'aventure aux Etats-Unis ?

Je pense que le meilleur conseil que je puisse donner, c'est de contacter plusieurs anciens élèves de l'ECL qui sont allés aux US (ou ailleurs). Ils/Elles auront tous d'excellents conseils à vous donner et pourront même vous guider dans vos démarches. J'encourage tous les Centralien(e)s intéressé(e)s par une formation aux Etats-Unis à me contacter en précisant ce qu'ils/elles souhaitent faire (pierreclement.simon@gmail.com). Je serai ravi de discuter avec eux de leurs projets et de les mettre en relation avec les personnes qui pourraient les accompagner dans leur « rêve américain ».

Auteur

Articles liés


Ajoutez un message personnel