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02 juin 2021

Centralien à l’international : Nicolas Rabier (ECL 1997) - Co-Head Loan Capital Markets EMEA chez BNP Paribas à Londres

Nicolas Rabier (ECL 1997) travaille depuis un peu plus d’un an à Londres comme Co-Head Loan Capital Markets EMEA chez BNP Paribas. Une nouvelle étape dans sa carrière rythmée par les opportunités professionnelles au sein de la première banque française qui les ont amenés, lui et sa famille, à multiplier les expériences des deux côtés de l’Atlantique. Il nous raconte aujourd’hui son parcours et le plaisir intact de s’enrichir au contact des autres.


Comment passe-t-on d’un diplôme d’ingénieur généraliste à une carrière dans la finance ?

C’est vrai que pendant longtemps, les ingénieurs du secteur bancaire étaient soit des informaticiens soit des traders : deux métiers particulièrement niches. Rien ne me prédisposait donc à m’orienter vers ce domaine. Jusqu’au jour où, dans le bureau des élèves, je suis tombé sur un listing d’emplois proposés par des banques à des profils ingénieurs. Il y en avait une bonne centaine dans des domaines de compétences particulièrement variés. Nous n’étions à l’époque qu’une poignée de Centraliens à nous intéresser à la finance. J’ai commencé à échanger avec des ingénieurs et des professionnels du secteur bancaire pour comprendre le fonctionnement et les opportunités existantes. Lorsque j’ai terminé mes études en 1997, j’ai décidé d’effectuer mon CSN dans une banque à l’étranger. Je crois que je peux dire aujourd’hui, 25 ans plus tard, que l’essai fut concluant !

Qu’avez-vous trouvé dans les métiers de la banque que vous n’auriez peut-être pas eu ailleurs ?

J’aime le côté multi-approche. Le fait de travailler sur des problématiques et des secteurs qui peuvent changer d’un dossier à l’autre, plusieurs fois par semaine, voire par jour. Il faut être capable de s’adapter aux paramètres de chaque industrie, de visualiser rapidement leurs évolutions futures, afin d’identifier les types de partenariats les plus pertinents. Tout ça est rendu possible grâce à la coopération avec les différents métiers de la banque afin de garantir une approche globale et fonctionnelle à nos clients. Le rôle de conseil implique également un réel sens de l’écoute et la capacité de se mettre à la place de nos partenaires afin de visualiser leurs besoins et leur proposer ainsi les meilleures solutions.

Votre formation technique vous sert-elle parfois dans votre travail ?

Je vais vous raconter une anecdote qui m’est arrivée il y a quelques années. J’ai vécu le lancement des téléphones mobiles et celui du câble par fibre optique. Je me souviens avoir présenté des mémos plus techniques que financiers afin d’expliquer aux dirigeants de la banque comment la lumière passe dans les fibres optiques… J’avoue que certains étaient assez dubitatifs et avaient du mal à y voir une réelle révolution technologique à venir.

Pouvez-vous nous décrire vos missions actuelles au sein de BNP Paribas ?

Je coordonne une équipe qui structure des crédits syndiqués pour les entreprises. Nous intervenons soit comme prêteur pour garantir des montants nécessaires dans un processus d’investissement ou d’acquisition, soit en qualité d’intermédiaire pour lever de l’argent sur les marchés financiers. Il existe deux temps dans ces projets. Une première phase en amont dite de conseil pendant laquelle nous expliquons aux entreprises comment utiliser les marchés financiers pour accompagner leur développement. Si le process de décision peut prendre du temps, une fois que le feu vert est donné tout va généralement très vite. Il arrive que les CFO m’appellent le vendredi en fin de journée pour m’annoncer qu’ils lancent une grosse opération en début de semaine suivante et qu’ils ont besoin de plusieurs milliards d’ici là… Mon travail consiste alors à orchestrer tous les services en interne de la banque afin d’approuver le montant demandé, réfléchir à la façon de présenter l’opération sur le marché auprès d’autres banques et/ou d’investisseurs institutionnels. Et enfin, structurer le crédit avec des avocats pour mettre en place les termes juridiques.

Vous travaillez depuis un peu plus d’un an à Londres. Dans quelles autres places financières mondiales avez-vous vécu ?

J’ai débuté ma carrière en Espagne où j’ai vécu pendant 3 ans et où j’ai rencontré ma femme. Nous avons ensuite déménagé à Paris où nous sommes restés un peu plus de 5 ans, avant de nous envoler pour New-York où nous avons posé nos valises pendant 10 années. Plus tard, une nouvelle opportunité professionnelle s’est présentée de retraverser l’Atlantique pour atterrir à Bruxelles. 4 ans plus tard, nous sommes arrivés à Londres, où nous sommes installés depuis presque 1 an.

L’annonce de votre départ pour New-York fut d’ailleurs un peu particulière…

Cela faisait plusieurs mois que j’évoquais avec ma hiérarchie mes envies de découvrir d’autres régions du monde, en particulier l’Asie. Un jour, je suis convoqué pour me demander si je parle espagnol et si j’aimerais m’occuper de la branche d’Amérique latine. Le soir même, nous en discutons longuement ma femme et moi, nous projetant déjà au Chili, au Pérou ou ailleurs. Le lendemain, j’apprends finalement que le poste se trouve à New-York d’où je participerai à l’activité sur les marchés d’Amérique du nord et du sud. Ce n’était certes pas l’Asie que nous espérions mais nous n’avons pas hésité longtemps avant d’accepter l’offre.

Quand on reste plusieurs années au même endroit, n’est-ce pas parfois difficile de déménager pour recommencer ailleurs ?

Chaque déménagement est un mélange d’excitation à la perspective de nouvelles expériences de vie et la sensation de laisser derrière soi un bout de notre histoire, avec ses souvenirs, ses amitiés, ses habitudes… tout ce qui nous enracine sans que l’on s’en aperçoive. Parfois, ce sont les proches pour qui la transition est la plus difficile. Ma femme, par exemple, a du abandonner plusieurs postes lors de nos déménagements successifs. Aujourd’hui, elle s’est lancée dans une activité artistique qui l’oblige malgré tout à se reconstituer un réseau dans chaque nouvelle ville où nous nous installons.

Pour mes enfants aussi, cela a pu être déstabilisant. Pas pour ma fille qui n’a que 9 ans, mais davantage pour mon fils de 15 ans qui a grandi à New-York de l’âge de 5 mois à 10 ans et demi. Quitter New-York pour Bruxelles fut particulièrement difficile pour lui.

Si vous deviez prendre le meilleur de chaque pays dans lesquels vous avez travaillé ?

J’aime le pragmatisme anglo-saxon. Cette capacité à prendre un virage à 180 degrés si la situation l’impose. En Espagne et en Belgique, j’ai apprécié la qualité des relations humaines au travail mais aussi en dehors. Les choses ne sont évidemment pas aussi tranchées, mais elles nourrissent mon goût pour les expériences à l’international. Chaque opportunité est l’occasion de découvrir des nuances dans la façon d’appréhender la vie, professionnelle ou privée, ainsi que la relation aux autres. Il faut à chaque fois s’adapter.

Diriez-vous que malgré le Brexit, Londres reste une ville attractive pour les ingénieurs qui souhaitent faire carrière dans le milieu de la finance ?

Si le Brexit a redistribué quelques cartes dans le secteur bancaire au profit d’Amsterdam, de Paris ou de Francfort, Londres dispose encore de nombreux atouts, notamment autour des métiers financiers de demain. C’est une destination qui continuera d’attirer de nombreux profils y compris ingénieurs.

Dernière question : que répondriez-vous si on vous proposait de revenir demain en France ?

Disons plutôt après-demain, voire dans quelques années, car cela fait trop peu de temps que nous sommes installés à Londres. Surtout avec les deux confinements que nous venons de vivre. Il nous reste beaucoup de choses à faire et à découvrir. Rentrer en France n’est pas un objectif pour le moment, même si l’éloignement se fait parfois sentir, il n’y a aucune nostalgie.

 

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