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Association des Centraliens de Lyon

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02 octobre 2019

Double-diplôme : de l'Université Keio aux bancs de l'ECL

Après deux ans d’études en science et ingénierie à l’Université Keio, Mizuki Maruno intègre l’Ecole Centrale de Lyon en 2017 dans le cadre d’un double diplôme. En guise de troisième année, elle retourne au Japon à la rentrée 2019 afin de finaliser son master au laboratoire de simulation mécanique auprès de l’université Keio. Elle nous parle de son expérience à l’ECL, de ce qu’elle y a appris, et des différences en termes d’enseignement avec la formation dispensée dans les universités japonaises.


Bonjour Mizuki. Tu es japonaise et viens de passer 2 années à Centrale Lyon dans le cadre d un double-diplôme. Raconte-nous rapidement ton parcours.

Avant d’intégrer Centrale Lyon, je suivais des études au département de science et technologie de l’université de Keio. En première année, les cours abordaient de nombreux domaines scientifiques. J’ai ensuite choisi de me spécialiser l’année suivante en chimie appliquée. Puis en 2017, j’ai décidé de partir en France pour réaliser un double diplôme à Centrale Lyon dans le cadre de ma troisième et quatrième années.

J’étais depuis longtemps attirée par l’idée de partir à l’étranger et de découvrir des cultures différentes de celle de mon pays. Dès que j’ai entendu parler du double diplôme pendant la semaine d’intégration de mon université, avec la possibilité d’étudier en France pendant deux ans, j’ai tout de suite eu envie de m’inscrire à ce programme. Dès lors, j’ai commencé à me préparer pour le concours pour obtenir une bourse proposée par la France.


Est-ce fréquent que des étudiants japonais fassent une partie de leurs études à l’étranger ?

Pas vraiment non. Le principe du double diplôme peine à s’imposer au Japon, même s’il existe depuis longtemps. Cela fait 12 ans que le programme est en place entre le groupe Centrale Lyon et l’Université de Keio, et malgré cela, seuls 6 élèves sur les 900 de ma promotion dans le département sciences et technologie ont décidé de partir à l’étranger dans le cadre d’un double diplôme.


Pourquoi avoir décidé de réaliser ton double diplôme à Centrale Lyon ?
J’ai choisi Centrale car je savais que l’École proposait une formation ingénieure généraliste. Et même si j’étais à l’époque spécialisée en chimie, j’avais envie de suivre un cursus qui me permettrait d’avoir la vue plus globale possible de l’ingénierie d’aujourd’hui.

Centrale Lyon est-elle connue au Japon ?

Il est rare d’entendre parler des Centraliens de Lyon et de leur formation, mais ce n’est pas propre à l’École. Globalement, l’information sur le fonctionnement des établissements étrangers supérieur n’est pas encore très accessible, alors que la demande des étudiants japonais existent. Heureusement, les choses évoluent notamment grâce aux Centraliens qui viennent étudier mais aussi travailler au Japon, et inversement grâce aux retours d’expérience des étudiants japonais qui comme moi ont effectué leur double diplôme en France.

Tu parles très bien le français. Où l’as-tu appris et depuis combien de temps ?

Merci, c’est gentil. Je n’ai commencé à apprendre le français comme deuxième langue que lorsque je suis entrée à l’Université. 2 ans plus tard, j’intégrais Centrale Lyon ! Les débuts furent difficiles, que ce soit pour suivre les cours, comprendre les TD, ou même simplement participer aux conversations avec les autres étudiants, surtout que ces derniers utilisent souvent des expressions qu’on n’apprend pas en cours de français… Il m’a donc fallu un peu de temps pour me mettre à niveau, mais aujourd’hui, je me débrouille.

Qu'est-ce qui t'a le plus surprise à ton arrivée à l'ECL ?

Le plus surprenant au moment de mon arrivée à Centrale Lyon fut l’énergie des élèves pendant les cours. Ils étaient très dynamiques et particulièrement réactifs en cours, en TD, en TP, en conférence, tout le temps. Par exemple, lors des conférences, de nombreuses questions étaient posées pour approfondir les sujets évoqués. De même, en cours de sciences humaines et sociales, plusieurs élèves prenaient la parole pour exprimer leur point de vue. On voit rarement autant d’interactions pendant les cours au Japon, les élèves ont tendance à rester discrets, et les professeurs ne favorisent guère les échanges.


Quelles différences en termes d’'enseignement entre Centrale Lyon et l'Université au Japon ?

Une des grandes différences entre ces deux écoles réside selon moi dans le fait que Centrale Lyon insiste sur l’acquisition de compétences managériales telles que la gestion de projet, ou encore le travail en équipe à travers la pratique de nombreux projets collectifs. Dans mon Université de Keio, la formation est plus académique, avec un enseignement dispensé en salle de cours.

J’ai beaucoup apprécié cette particularité de l’ECL et notamment le projet d’étude de première année et le projet d’application en deuxième. J’ai ainsi fait partie des projets archeo-scientifiques au LTDS (Laboratoire de tribologie et dynamique des systèmes) où nous avons travaillé sur la scie hydraulique antique et les pigments sur les inscriptions romaines.

Y a t-il une chose propre aux universités japonaises dont Centrale Lyon devrait peut-être s’inspirer ?

C’est un ressenti très personnel, mais j’avoue avoir eu du mal à m’adapter à la durée des cours. Deux heures c’est long, surtout quand vous enchaînez 4 cours dans une même journée. On s’habitue mais c’est difficile de rester concentrée aussi longtemps. A l’inverse, au Japon, les cours ne dépassent jamais les 90 minutes. Je trouve que c’est une bonne chose.


Que vas-tu faire après Centrale Lyon ?

Je retourne au Japon en septembre afin de finaliser mon double diplôme avec un master ingénierie en 2 ans au sein du laboratoire de simulation mécanique de mon université.


Et au-delà, quel métier aimerais-tu faire ?

Je ne suis pas encore sûre de ce que je souhaite faire plus tard. Il est possible que je poursuive avec un doctorat au terme de mon master si tout se passe bien. Le métier d’ingénieur méthode m’attire mais je ne m’interdis pas de découvrir demain un métier totalement différent. L’idéal pour moi serait de travailler à l’international, pourquoi pas pour une multinationale française ou japonaise.


Y a-t-il beaucoup de femmes ingénieures au Japon ?

Il y en a oui mais elles ne sont pas encore très nombreuses. D’un côté, de plus en plus de filles souhaitent s’orienter vers des études en sciences et en ingénierie. De l’autre, il y a depuis quelques années un débat au sein de la société japonaise autour des femmes et de la question de pouvoir concilier vie professionnelle et vie familiale. A tel point que certaines femmes sont parfois obligées d’arrêter de travailler contre leur gré. J’espère que la société japonaise saura évoluer et s’ouvrir davantage. Cela passera notamment par une meilleure organisation au sein des entreprises.

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