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Léo Guthertz
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06 octobre 2020

Planche de surf eco-responsable : un Centralien de Lyon dans le grand bain

Il y a 1 an, Sylvain Fleury (ECL2015) et son ami d’enfance Léo Bouffier (ENSTA2015) étaient venus nous parler d’Hexa Surfboard, projet de planches de surf éco-responsable. Ils se sont depuis jetés à l’eau, livrant leurs premiers clients depuis leur micro-usine installée à Anglet. Ils nous parlent aujourd'hui de leur aventure entrepreneuriale, de leurs rencontres avec des Centraliens de Lyon bienveillants, et de la ligne d’horizon vers laquelle ils souhaitent se diriger dans les prochains mois.


La dernière fois que nous nous sommes parlés, ton associé Léo et toi vous apprêtiez à vous envoler pour les États-Unis.  Avez-vous trouvé outre-Atlantique ce que vous espériez?

Les 3 mois passés en Californie ont été très importants dans l’évolution de notre projet. Nous avons eu la chance de rencontrer de nombreux acteurs de l’industrie du surf qui interviennent tout au long de la chaîne de valeur, depuis le fabricant de pains de mousse qui composent l’intérieur des planches, en passant par les grandes marques, les distributeurs et les ateliers de sous-traitance. On s’est aperçu que les marques externalisent énormément leurs activités que ce soit lors des phases de production, ou de distribution. La conséquence est qu’elles contrôlent difficilement leurs marges et laissent de la place à un modèle comme le nôtre qui vise à intégrer le plus de maillons possibles depuis les ateliers de production basés sur des solutions d’impression 3D, en passant par la commercialisation en direct via des solutions digitales.
 
Vous vous êtes rendus en Californie avec des prototypes de vos planches. Les réactions ont-elles été à la hauteur de vos attentes ?

Rapidement, lors des sessions de tests avec des surfers et des shapers locaux (ndr. nom donné aux artisans qui fabriquent les planches), c’est le design de nos planches et leur structure en nid d’abeille qui a interpellé le public. Puis, au-delà de ce premier contact visuel, c’est la dimension technique du produit qui a marqué les esprits. Pour rappel, nos planches sont fabriquées à partir  de matériaux  recyclés et bio-sourcés, et sont surtout remplies d’air, ce qui permet de se passer des pains de mousse utilisés depuis 60 ans par l’industrie du surf.
Notre technique de fabrication permet ainsi d’utiliser moins de matériaux polluants, de faciliter leur recyclage, mais aussi d’augmenter la durée de vie des planches. Plus besoin de jeter son surf à la poubelle à la moindre fissure parce que la mousse est imbibée d’eau. En remplaçant cette dernière par de l’air, il devient facile de réparer une planche. Les réactions unanimes des acteurs du surf à cette innovation nous ont fait prendre conscience du potentiel de notre projet. On voulait apporter notre pierre à l’édifice et on s’est rendus compte qu’on pouvait révolutionner le marché, même à un niveau industriel.

 

Finition d'une planche de surf Wyve (ex-HEXA Surfboard), crédit : Léo Guthertz

Qu’en est-il en termes d’opportunités business, avez-vous profité de votre séjour californien pour nouer des contacts?

Nous avons rencontré entre autres la Sustainable surf association qui promeut l’éco responsabilité dans le milieu du surf, ainsi que le responsable développement durable de la World Surf League qui organise toutes les compétitions internationales. Ils se sont montrés particulièrement intéressés par notre projet et ont demandé qu’on les tiennent informés de nos futurs développements. Plusieurs accélérateurs de startups ainsi que des entrepreneurs de la côte ouest nous ont également approchés pour le jour où l’on souhaitera lancer la marque aux États-Unis.

Pourtant, aujourd’hui c’est dans le sud-ouest de la France que vous avez décidé de lancer votre entreprise...

Dès notre retour en France en octobre 2019, nous avons signé avec un incubateur situé à Anglet, spécialisé dans les sports de glisse et l’eco-conception. On ne pouvait rêver meilleur endroit pour lancer notre société du fait de la forte dynamique qui existe dans la région autour de l’industrie du surf. Rien qu’à côté de nos bureaux, se trouvent le siège sociale de Volcom, des fabricants de planches, et bien sûr plein de surfers qui nous aident à améliorer nos planches.

Votre société créée, quelles ont été au départ vos priorités ?

Notre objectif était de pouvoir internaliser au maximum la chaîne de production pour commencer à produire nos premières planches et ainsi honorer les pré-commandes enregistrées.. Pour cela, nous avons fait l’acquisition de notre première imprimante 3D, reçue en kits et qui nous a donné pas mal de fil à retordre pour réussir à la paramétrer correctement. Nous avons également passé beaucoup de temps à optimiser la partie software, mais aussi à tester de nouveaux matériaux et de nouvelles techniques de stratification afin d’obtenir une structure de planche la plus lisse possible. Presque 12 mois plus tard, les objectifs sont atteints. Nous venons d’ouvrir la première micro usine à Anglet et sommes parvenus à livrer une quinzaine de planches cet été, tout en augmentant les cadences de production. Nous avons divisé par 3 la durée d’impression des planches.


Sylvain Fleury et un squelette de planche Wyve, crédit : Léo Guthertz


Prochaine étape, être référencé chez Décathlon ?

(rire) Au contraire, notre ambition reste de vendre en direct aux utilisateurs via internet pour limiter les intermédiaires. La solution logicielle que nous développons permet de coller au plus près aux attentes de nos clients afin de personnaliser la fabrication de chaque planche de surf en fonction des données et paramètres qu’ils renseignent sur le site. Nous sommes conscients du potentiel de l’innovation que nous développons et ne voulons surtout pas griller les étapes. On a décidé de continuer à vendre quelques pièces tout en gardant du temps pour des travaux de R&D au contact des surfers pro. L’objectif est que d’ici 6 mois, grâce à leurs retours, on soit en mesure de commercialiser des planches de surf, non seulement plus éco-responsables, mais aussi plus performantes d’un point de vue glisse, que celles qu’ils utilisent actuellement. Une fois que ce sera le cas, nous pourrons viser un marché de masse.

La dimension R&D apparaît très importante dans le développement de votre activité. Quels moyens y consacrez-vous ?

Aujourd’hui, c’est Léo mon associé qui est en charge de la R&D, accompagné d’un employé et d’un stagiaire en fin d’études. Nous souhaitons renforcer rapidement notre équipe avec le recrutement d’un ou deux ingénieurs R&D avec de l’expérience idéalement dans le secteur du sport et de l’impression 3D. Comme nous sommes une petite structure, un profil entrepreneur peut être un atout pour pouvoir évoluer dans un environnement dynamique où les choses évoluent rapidement.

Sylvain Fleury et son associé Léo Bouffier lors d'une séance de test de planches Wyve, crédit : Léo Guthertz

Comment financez-vous les premières étapes de développement ?

Les prix remportés lors des concours d’innovation (dont une seconde place au Startup Challenge ACL en octobre 2019) nous ont permis de franchir les premières étapes, avant que des investisseurs ne rejoignent l’aventure, suivis de subventions de la BPI et de la région. Aujourd’hui, notre objectif commercial est de vendre un deuxième lot plus conséquent de planches ans les prochaines semaines, tout en poursuivant nos travaux en R&D. Nous investissons également sur le développement marketing et communication afin de  renforcer la dimension communautaire autour de la marque. Pour accompagner notre développement, une levée de fond estimée à 600k€ est en cours, avec des discussions engagées avec des business angels. Nous serons ravis de fournir plus d’éléments à des investisseurs intéressés.

En parlant de communication, l’article paru dans Technica en juin 2019 a t-il eu des retombés concrètes pour votre activité ?

Pour être tout à fait honnête, je ne pensais pas qu’il aurait autant de retombés. Plusieurs Centraliens nous ont contactés après la parution de l’article, dont un qui vit dans le sud-ouest et qui a lui-aussi développé une planche de surf innovante. Nous avons également rencontré un Centralien de Lyon installé à San Diego qui nous a mis en relation avec plusieurs personnes du milieu du surf en Californie. Je pourrais également citer Samuel, Centralien lui-aussi, qui travaille dans la finance en plus d’être un passionné de surf. Il nous a beaucoup aidés pour monter notre business plan.

Dernière question qui aurait pu être la première de cette interview : pourquoi avoir décidé de changer de nom et de passer de Hexa Surfboard à Wyve ?

On s’est rendu compte que la marque Hexa existait déjà dans l’univers de la glisse. Et puis, le nom complet était difficile à prononcer et à écrire dans certaines langues. Nous avons entamé une réflexion avec l’aide d’une de nos investisseuses, Directrice de la com chez Hermès. Nous avons choisi « Wyve » parce qu’il évoque l’idée de vague (wave), tout en faisant référence au design en nid d’abeille (hive = ruche en anglais) de nos planches. La notion de ruche fait également écho à l’aspect communautaire qui entoure la marque. Quant au Why, il interroge sur les raisons qui nous ont poussés à nous lancer dans cette aventure entrepreneuriale, avec l’ambition de participer à un éveil écologique.

 

Pour plus d'informations sur Wyve, contactez par mail Sylvain Fleury

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