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Roland Le Roux
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07 septembre 2020

Centralien entrepreneur : entretien avec Roland Le Roux (ECL 2008) Président de Citae et MBAcity

Les problématiques sociétales et environnementales liées au secteur du bâtiment s’imposent aujourd’hui comme un axe fort des transformations à venir. Une prise de conscience qui implique d’accompagner les acteurs de la ville et de la construction dès la phase de conception des projets à venir (Construction modulaire, Building Information Modeling, économie circulaire…) jusqu’à leur livraison et leur exploitation. Roland Le Roux (ECL2008), Président des sociétés Citae et MBAcity, nous parle de ces nouveaux enjeux et des actions qu’il mène avec ses équipes en faveur d’un immobilier durable.


Vous êtes Président des sociétés Citae et MBAcity depuis 2 ans. Pouvez-vous nous présenter leurs activités respectives ? Qui sont vos clients et pourquoi font-ils appel à vos services?
Citae et MBAcity, et plus globalement le groupe BTP Consultants, sont des sociétés qui ont des raisons d'être sociétales et environnementales : accompagner les acteurs de la ville et du bâtiment afin de préserver la planète et d'améliorer la santé et la qualité de vie, tant des utilisateurs de ces bâtiments (nous tous), que celles des professionnels de la construction et de la maintenance.  Nos clients sont les maîtres d'ouvrage (les promoteurs, les bailleurs sociaux, les villes et autres collectivités, les foncières) ainsi que les architectes et les entreprises de construction.

Citae se concentre sur 2 métiers principaux et emploie 75 collaborateurs. D'un côté, l'assistance à maîtrise d'ouvrage (équivalent du conseil pour le monde de l'immobilier) sur les thématiques de l'environnement, des usages, de la santé et du vieillissement. De l'autre les diagnostics immobiliers principalement orientés autour du plomb et de l'amiante. MBAcity, plus technologique, réunit 25 collaborateurs autour des différents métiers du Building Information Modeling (BIM) - concevoir et construire un ouvrage dans le monde virtuel avant de le décliner dans le monde réel.  Cela permet à nos clients de gagner en qualité et en coûts, mais aussi de réaliser des projets plus complexes en maîtrisant mieux les risques.

Les deux sociétés font partie du groupe BTP Consultants. Y a t-il des synergies entre-elles ?
En plus de Citae, le groupe BTP Consultants est également organisé autour de deux autres métiers:
- Le contrôle technique, qui consiste à s'assurer dès la conception et pendant la construction que l'ouvrage va perdurer dans le temps et va être sûr et confortable pour les gens qui l'occupent.
- La coordination sécurité et prévention de la santé, qui a pour vocation de détecter et de minimiser les risques d'accidents sur un chantier.
Comme vous pouvez le voir, les raisons d'être et la technicité des différents métiers du groupe se recoupent assez largement. Les synergies entre les 3 sociétés sont nombreuses : nous avons les mêmes clients, nous cherchons tous à rendre plus durables, plus sûrs et plus confortables les bâtiments et nous avons des modes de fonctionnement et une culture commune.
 
En quoi consiste concrètement votre rôle de Président ?
Au risque d'être peu original, il s’agit de définir une vision et une stratégie, faire participer et adhérer les équipes et les clients à cette stratégie, bien s'entourer et donc bien recruter pour mettre en œuvre cette stratégie, percevoir les signaux faibles et les tendances du marché et de la concurrence, initier et participer à la transformation de l'entreprise, participer à la démarche commerciale, incarner la marque en externe comme en interne, garantir la pérennité financière de l'entreprise, gérer et régler les bobos du quotidien, etc.


Racontez-nous votre recrutement?
La première approche a été faite par un chasseur de tête, mais la rencontre a réellement eu lieu grâce à une connaissance commune entre les actionnaires fondateurs du groupe et moi-même : l'être humain reste un animal grégaire dont les décisions sont souvent orientées par sa "tribu" ou son réseau.... Je n'étais pas en recherche d'évolution professionnelle à ce moment-là mais 3 arguments ont fait pencher la balance : la culture d'entreprise incarnée par les 2 actionnaires fondateurs - j'allais donc m'y sentir bien et bien entouré. La vocation sociétale et environnementale du groupe - j'allais trouver du sens dans mon quotidien professionnel.  Le challenge du poste - Je suis un entrepreneur dans l'âme et redevenir dirigeant d'entreprise allait assouvir ma curiosité et mon dynamisme.
 

Quels sont les grands projets sur lesquels vous travaillez actuellement?
Sur le plan stratégique, trois grands projets de développement nous animent :
1. Comment pouvons-nous participer et accélérer l'industrialisation du BTP et de l'immobilier? De la Construction Modulaire au Generative Design (automatisation de la conception), les pistes sont nombreuses pour améliorer l'efficacité et la qualité de notre secteur d'activité.

2. Comment pouvons-nous utiliser et vendre les données que nous générons? Nous intervenons sur près de 10% des chantiers en France, dès la première esquisse jusqu'aux éventuels sinistres 10 ans après la livraison. Une mine d'or pour nous- même et nos parties prenantes

3. Comment pouvons-nous contribuer à placer l'utilisateur final et ses aspirations au cœur des projets immobiliers et tout au long de leur conception et de leur exploitation? Les drivers technico économiques de l'immobilier laissent souvent trop peu de place à l'usage, et nous sommes convaincus que nous avons un rôle à jouer en ce sens.

Côté projets opérationnels, nous avons la chance de participer à des projets emblématiques tels que le projet LUMA à Arles, la tour Pleyel en région parisienne, le siège d'Abidjan en Côte d'Ivoire... et certains bâtiments de l'ECL aux côtés de Frédéric Roberjot (directeur du patrimoine et du développement durable de L’École)


Citae intervient notamment sur la problématique de la gestion des déchets et de la pollution émise par l'industrie du bâtiment. De quand date cette prise de conscience au niveau sectoriel et suffit-elle à faire bouger les lignes et faire évoluer les usages. Quelles sont les avancées récentes et celles que l'on peut espérer dans les années à venir ?
La conscience environnementale autour des projets immobiliers a démarré en réalité assez tôt, mais sur une thématique assez spécifique : l'énergie. Les toutes premières réglementations impactantes sur le sujet datent d'ailleurs de la crise pétrolière des années 70. D'autres thématiques environnementales ont connu un essor dans les années 2000, avec l'apparition de certifications et de labels garantissant un impact environnemental limité des bâtiments en construction ou en exploitation. Cette conscience environnementale s'est selon moi estompée dans l'imaginaire collectif au début des années 2010, pour connaître une ascension importante dans les dernière années les dernières années, notamment grâce à l'accord de Paris et à la médiatisation de personnalités telles que Nicolas Hulot ou Greta Thunberg.
Dans les années, à venir, nous allons voir se développer plusieurs thématiques structurantes: l'impact carbone sur l'ensemble du cycle de vie des ouvrages, et notamment en rénovation, l'économie circulaire devrait connaître une percée importante dans le monde du BTP qui représente 70% des déchets produits (en France et dans le monde), et enfin la qualité de l'air intérieur autour des formaldéhydes et des Composés Organiques Volatiles.
 

Combien d'années faut-il pour qu'une industrie comme celle de la construction prenne un virage concret et visible pour les citadins ?
Il faudra probablement encore une dizaine d'années pour que les sujets environnementaux et d'industrialisation/digitalisation du bâtiment fassent des avancées significatives notamment en termes d'échelle. Ce n'est pas réellement une question de technologie mais de transformation d'un secteur extrêmement éclaté (plus d'un demi million d'entreprises dans le BTP!) et qui peinent à réaliser des investissements conséquents par rapport aux autres (vraies) industries dans lesquels les CAPEX sont plus importants. De là à ce que ce soit visible pour tout un chacun, c'est une autre histoire : ce sont principalement les modes constructifs (tels que la construction modulaire) ou les matériaux de construction (bois par exemple) qui sont facilement appréhendables pour le grand public. L'impact carbone d'un bâtiment ou le volume de déchets générés par la construction de celui-ci ne sont finalement pas tant visibles pour les non experts, ce qui ralentit d'ailleurs leur développement. Malheureusement, rien ne vaut un scandale bien concret et bien visible pour accélérer la transformation d'un secteur d'activité.

Quel est le projet qui vous a le plus marqué depuis votre prise de fonction ?
C'est un sujet à la fois humain et organisationnel : nous avons décidé fin 2020 de nous séparer d'une activité qui ne correspondait pas à nos axes stratégiques et à nos cibles marché. Elle consistait en une petite dizaine de collaborateurs qui travaillaient auprès d'entreprises de désamiantage. Grâce à une communication très en amont et à une implication des différentes équipes, nous sommes parvenus à vendre cette activité en douceur et en bonne intelligence : équipes satisfaites, partenariat commercial croisé déjà créateur de valeur, rentabilité améliorée pour Citae et la société nouvellement créée.
 
Existe t-il une dimension technique dans votre travail ?
Dans mon travail du quotidien, j'ai fait le choix de maintenir une petite dimension technique. Par exemple, je suis en ce moment le projet de rénovation d'Yncrea (écoles d'ingénieurs à Lille). Et il m'arrive de passer quelques heures nocturnes à programmer sous VBA ou Apps Script pour automatiser certaines tâches...
 
Un Président se doit d'indiquer un cap et de prendre des décisions. Vous arrive t-il pour autant d'avoir parfois des doutes. Comment se passe alors la prise de décision ?
C'est le propre de l'homme d'avoir des doutes et de se remettre en question. C'est ce qui nous permet de nous adapter, de progresser, d'apprendre. La difficulté réside dans la gestion de ces doutes, dans le choix de les partager, et avec qui. Trop de doutes mènent à un dirigeant qui ne décide pas, qui n'embarque donc personne, frustre ses équipes et ne peut pas s'adapter ou se développer. A l'inverse, une succession de mauvaises décisions où le doute n'a pas eu sa place mène souvent à la faillite. Il est donc primordial de douter et de partager ses interrogations et certaines prises de décisions avec des personnes idoines, quelles fassent partie du comité de direction, de collaborateurs de l’entreprise, ou de l’entourage personnel. A titre d'exemple, nous redessinons en ce moment même notre stratégie pour les 5 prochaines années, en prenant en compte entre autre les impacts du COVID. Pour certaines thématiques telles que les grands axes de développement, les outils, les modes de travail ou encore la déclinaison de nos valeurs, nous avons fait le choix de solliciter et d'impliquer l'ensemble des collaborateurs dans la prise de décision, et par moment également nos clients. Pour d'autres, tels que l'objectif de rentabilité, la politique de capitalisation et les choix de croissance externe, les décisions seront prises en comité plus restreint.
Les meilleures décisions se prennent d'après moi à plusieurs, à condition que les personnes impliquées soient suffisamment « sachantes » sans être formatées, qu'elles soient informées des tenants et aboutissants et le plus détachées émotionnellement de la décision.

Quels profils recherchent Citae et MBAcity ? Des opportunités pour des Centraliens ?
Nous recherchons avant tout des profils dotés de bon sens, capables de s'adapter, curieux et qui placent le sens du service au même niveau que la technique. Les profils ingénieurs sont forcément plébiscités dans nos métiers techniques, à condition qu'ils trouvent également du plaisir et de l'intérêt dans la capacité à accompagner, à conseiller et donc à rendre service aux collaborateurs qui travaillent chez nos clients. Nous sommes des experts "au service de". Nous recherchons actuellement des BIM Managers et des assistants à maîtrise d'ouvrage en environnement et en énergie. A titre d'exemple, une stagiaire de l'ECL, Apolline Vanderspeeten, travaille actuellement au sein de nos équipes et la directrice des opérations de MBAcity, Constance De Batz, est elle-même ECL 2008. Nos offres d'emploi sont accessibles sur nos sites internet et sur nos pages LinkedIn.
 
Quels sont les next steps importants et vos ambitions pour Citae et MBAcity ?
Citae est actuellement dans le top 3 des assistants à maîtrise d'ouvrage sur les aspects environnementaux. En étant précurseur sur l'économie circulaire, le carbone et la qualité de l'air intérieur, notre ambition est de devenir le leader du conseil en immobilier durable. Sur le volet des diagnostics, nous sommes encore peu connus et peu développés. L'arrivée récente d'un directeur général à nos côtés, ayant une forte connaissance des métiers du diagnostic, devrait nous permettre de nous faire une place significative dans un paysage qui n'a pas encore réellement amorcé sa transformation digitale. L'objectif est de doubler notre chiffre d'affaire en contribuant à la réduction de 50% des déchets et des émissions carbones du secteur ainsi que des maladies et risques liés aux polluants du bâtiment.

Plus d’informations sur les sites de Citae et MBAcity

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