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07 octobre 2021

Smart city, smart territoire… au cœur des villes moyennes
Un enjeu pour les ingénieurs de la fonction publique

Les « smart cities » ou villes intelligentes représentent un enjeu majeur pour les grandes villes, agglomérations et métropoles. À l’heure actuelle, près de la moitié de la population mondiale vit dans une ville et les nouvelles technologies ouvrent la porte à de nombreux services dits intelligents. Mais ces concepts sont-ils déclinables facilement dans les plus petites villes ? Quels sont les freins et les risques de telles innovations ?


Quels sont les enjeux de la « smart city » dans les moyennes collectivités ?

À ce jour, les villes moyennes représentent 26% de la population française et sont un élément structurant de notre société face aux métropoles. Dans ces villes, les moyens sont souvent plus limités que dans les grandes métropoles. Alors que peuvent apporter les nouvelles technologies à ces administrations ?

Un des enjeux prioritaires dans ces collectivités est souvent la question des économies de fonctionnement. Dans ce cadre, l’optimisation de la consommation énergétique des bâtiments ou de l’éclairage public sont des sujets prioritaires.

La sécurité des citoyens revient aussi régulièrement dans les préoccupations des Maires et Présidents. L’installation de caméras de vidéosurveillance et d’un centre de supervision se retrouvent ainsi au cœur des investissements technologiques dans les villes moyennes.

Ces deux sujets, s’ils sont traités de manière concomitante et cohérente, peuvent être l’occasion de mettre la première pierre à une « ville connectée » avec la construction d’un centre de supervision pour l’espace public et pour les bâtiments. Rapidement, à ces deux briques, il est possible d’ajouter d’autres fonctions essentielles pour les villes moyennes :

  • Gestion des bornes automatiques,
  • Pilotage des feux de circulation,
  • Contrôle d’accès dans les bâtiments publics,
  • Suivi de flotte pour les véhicules (bennes à ordure ménagère, bus, véhicules de service, balayeuses…),
  • Remontée des anomalies sur le terrain, signalement des défauts par les usagers, …

La problématique pour les villes moyennes est de saisir les opportunités offertes par les évolutions technologiques pour bâtir un pilotage centralisé. Mais c’est justement à ce moment que les difficultés surgissent…

Un faible niveau de culture numérique au sein des villes moyennes

Au sein de la Fonction Publique Territoriale, 1.6% des agents ont le grade « d’ingénieur » (environ 35 000 agents en France). Parmi ceux-ci, beaucoup sont issus de la promotion interne et assez peu ont un diplôme d’Ingénieur reconnu. Par conséquent, la culture numérique est assez peu développée dans les collectivités et en particulier dans les villes moyennes.

Par ailleurs, les postes de direction sont très souvent occupés par des agents de la filière administrative, assez peu habitués aux problématiques du numérique et des « smart cities ».

Pour ces deux raisons, le pilotage d’une stratégie numérique dans les villes moyennes peut s’avérer complexe. Pour arriver à faire émerger cette stratégie, il faut que la DSI (Direction des Systèmes d’Information) soit suffisamment impliquée et moteur dans ces dossiers.

Le deuxième frein majeur à la mise en œuvre de cette transition est le manque de volonté politique. Concrètement, pour initier une telle démarche au sein d’une collectivité, le Maire ou le Président doit être demandeur et convaincu des avantages de celle-ci.

Quels sont les leviers pour arriver à développer une stratégie numérique cohérente ?

  • Profiter de l’émergence des problématiques citées ci-dessus, quand elles n’ont pas déjà été traitées, en ayant une réflexion globale dès le début,
  • Se faire accompagner par des sociétés de conseil extérieures qui pourront piloter une transformation numérique transversale à l’ensemble d’une collectivité (la culture de la transversalité n’étant pas toujours développée),
  • Recruter, à certains postes de direction, des ingénieurs maîtrisant ces thématiques et en mesure d’impulser ce changement en impliquant les politiques dans ce changement.

Dans une collectivité où le Maire ou le Président serait sensible à ce sujet, le challenge pour un ingénieur peut être passionnant tant les domaines d’application du numérique sont nombreux et touchent directement aux citoyens.

La transition numérique des collectivités territoires : enjeux et pièges

Dans le cas où les conditions seraient favorables, le travail sur les outils numériques peut permettre, même dans une moyenne collectivité, de moderniser l’action publique. Les enjeux principaux pour une collectivité sont :

  • La simplification de l’action publique en unifiant les outils, les données… pour les usagers (un lieu unique d’inscription, d’accès aux informations, de saisie…),
  • La fiabilisation des données pour la collectivité avec des bases de données mutualisées,
  • L’efficacité transversale en partageant les informations au sein de la collectivité sur des sujets différents,
  • L’efficacité aussi dans le suivi quotidien des bâtiments et infrastructures,
  • Un pilotage centralisé (contrôle d’accès, surveillance, optimisation énergétique…).

Face à ces enjeux liés à la mise en œuvre d’une démarche type « smart city », il existe des difficultés et des limites liées à la nature même de l’activité dans une collectivité :

  • La question de la gestion des données et de leur sécurité doit être intégrée dans les choix d’infrastructure tant ces données peuvent être sensibles,
  • Le sujet étant d’actualité, des propositions de grands groupes existent et ne sont pas forcément adaptées aux besoins : il est nécessaire d’avoir un regard critique sur les propositions (rôle majeur de l’ingénieur et du DSI),
  • L’illectronisme de certains usagers ne doit pas être négligé et les collectivités territoriales doivent impérativement en tenir compte en proposant des alternatives au tout numérique. 

La transition numérique et le développement de ces solutions intégrées est un enjeu majeur dans les collectivités territoriales. La présence d’ingénieurs diplômés dans les collectivités pourrait permettre d’adapter ces solutions techniques à l’environnement des villes moyennes. Dans tous les cas, l’action doit être globale au sein de la collectivité pour permettre une réelle optimisation tout en tenant compte des risques et des limites ci-dessus. 

La smart city au service de la politique

La mise en place d’une démarche numérique innovante au sein d’une moyenne collectivité, si elle est menée de manière volontaire, représente un réel levier de développement et de modernisation de l’action publique.

Mais, que ce soit en interne de la collectivité ou avec les usagers, de telles solutions ne doivent pas remplacer le contact humain, indispensable au vivre ensemble. Le gain de temps sur le transfert et l’exploitation des données peut, par exemple, permettre de mieux intégrer le citoyen aux projets. La ville de demain pourra être collaborative grâce aux démarches « smart city » :  les citoyens pourront être informés en temps réel et leurs avis recueillis de manière fluide.

À l’heure où le citoyen se détourne de la politique, il est possible que ces innovations puissent permettre de ré intégrer l’expression citoyenne dans les grands projets municipaux.

Dans tous les cas, quelques soit les démarches numériques mises en œuvre par une collectivité, il ne faut pas oublier que les usagers ne sont pas des « clients » mais bien des citoyens et que les outils mis en œuvre doivent aller dans ce sens.

C’est aussi pour cette raison que les démarches « smart city » ne doivent pas être laissées uniquement aux mains de grands groupes industriels mais doivent être totalement intégrées à l’écosystème de la collectivité qui se lance dans cet exercice. La démarche partenariale est indispensable pour une réussite totale de cette transformation numérique.

Auteur

Après 6 années chez PSA en tant que Responsable Qualité Perçue, Cédric Evain rejoint les services de la Mairie de Belfort en 2008 comme Directeur du service Maintenance Infrastructures, puis en tant que Directeur des sports de la ville jusqu’en 2020. Il est aujourd’hui Directeur Général des services de la Ville d’Héricourt.
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