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02 novembre 2018

Jeanne Morat : rencontre avec la première femme diplômée de Centrale Lyon

Quand elle intègre l’école Centrale de Lyon en 1958, Jeanne Morat ne le sait pas encore, mais elle va devenir la première femme diplômée de l’école. 60 ans plus tard, la nouvelle promo de l’ECL porte son nom. Rencontre avec une pionnière, bien malgré elle.


Bonjour Jeanne. On s’étonne aujourd’hui de votre parcours à Centrale Lyon. Aviez-vous à l’époque conscience de ne pas faire les choses comme tout le monde ?

Pas vraiment. Mes parents étaient ingénieurs chimistes, et je trouvais normal de faire comme eux, mais dans d’autres matières. Dans ma tête, il n’y avait rien d’extraordinaire à vouloir faire une école d’ingénieur. Quant au fait d’être la seule fille de l’école, disons qu’avec mes 5 frères à la maison, je n’étais pas trop dépaysée.

 

Comment vous êtes-vous retrouvée à Centrale Lyon ?

J’ai commencé par une prépa au Lycée du Parc. Toutes mes camarades à l’époque voulaient faire Normale Sup, sauf moi, qui étais davantage attirée par les cours de dessin d’archi et industriels. J’ai passé le concours de Centrale Lyon qui avait lieu, il me semble en même temps que celui de Centrale Paris, ce qui a sans doute limité le nombre de candidats. Au final, j’ai eu la chance d’être prise.


A quel moment avez-vous appris que vous seriez la seule élève de l’école ?

C’est le Directeur de l’école Monsieur Comparat qui me l’a appris. Apparemment, une autre fille était déjà passée par Centrale Lyon, mais elle avait dû arrêter ses études en cours de route.

 

Vous souvenez-vous de la réaction des élèves de votre promo en vous voyant arriver le premier jour ?

A vrai dire, je ne m’en souviens pas. J’étais tellement dans mon truc qu’à aucun moment je ne me suis pas demandé si cela allait leur poser un problème. Je ne me sentais pas différente et ne voulais surtout pas qu'on agisse comme si je l'étais. J'ai toujours refusé les passe-droit. Même lorsque le surveillant général en début d’année a voulu me faire une fleur en me faisant asseoir au premier rang de l’amphi, alors que les places étaient normalement tirées au sort. 

 

Comment les professeurs se comportaient-ils avec vous ?

Certains professeurs n’étaient pas forcément très à l’aise. Ca amusait mes copains de classe qui parfois me disaient que si j’avais eu une bonne note c’était parce que j’y étais allée au "robimètre"… en gros, que j’avais mis une robe ! (elle sourit).

 

Y avait-il des femmes enseignantes ?

Aucune ! D’ailleurs, il était rare de croiser des femmes au sein de l’école. Il faut dire que les choses étaient plus cloisonnées à l’époque entre les élèves et les services administratifs. Chacun avait sa propre entrée pour accéder à l’école.

 

Finalement, on peut dire que vous étiez un élève de Centrale comme les autres ?

Presque oui. Il n’y a qu’en troisième année où le fait d’être une fille m’a empêché de choisir l’option que je souhaitais. Je voulais m’orienter vers les travaux publics, mais on m’a fait comprendre que ce n’était malheureusement pas envisageable. J’ai donc fini en électricité, ce qui ne m’enchantait guère.

 

II y aussi l’épisode de la visite d’une mine... 

C’était en deuxième année. Le professeur de métallurgie nous avait emmenés visiter une mine à Saint Chamond. Sauf que je n’ai jamais pu y entrer. Le responsable de la mine m’a interdit d’y descendre sans me donner d’explications. Mes camarades ont eu beau protester, dire qu’ils n’iraient que si je les accompagnais, rien n’y fit. J’appris plusieurs années plus tard que les mineurs y travaillaient nus à cause de la chaleur !

 

La promo Centrale Lyon 2018 porte votre nom. L'occasion pour vous de revenir à l'école ? Quels changements au sein de Centrale Lyon vous ont le plus marquée ?

C’est surtout l’ouverture au monde de Centrale Lyon qui m’a le plus marquée. Aujourd’hui, les élèves peuvent partir n'importe où dans le cadre de leurs études. Et inversement, de nombreux élèves étrangers passent plusieurs mois sur le campus d'Ecully. A mon époque, seule une poignée d’étudiants avait la chance de faire leur stage à l’étranger. Moi par exemple, les seuls stages que j’ai faits ont été à l’usine Citroën de Levallois, à monter des moteurs de 2CV, puis à EDF à Bastia, où j’avais pour consigne de ne surtout toucher à rien ! (elle rit). Je crois qu’ils avaient peur que je provoque une coupure d’électricité dans tout le nord de la Corse !

 

Retrouvez en vidéo l'intervention de Jeanne Morat lors de la conférence Agora du 26 septembre à Centrale Lyon

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