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Association des Centraliens de Lyon

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Laurent Riteau
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08 juillet 2020

Centralien de l’étranger : Laurent Riteau (ECL 1999) "Director, Workplace Strategy Japan Lead » pour CBRE à Tokyo

Suite de notre voyage autour du monde à la rencontre des Centraliens de l’étranger. Aujourd’hui, direction Tokyo au Japon où Laurent Riteau (ECL 1999) vit et travaille depuis 2012. Il nous parle aujourd’hui de son parcours passé par la France, les Etats-Unis et Singapour, de sa vie au Japon, et de toutes les petites choses qui font de ce pays du bout du monde, un lieu à part entre respect des traditions et modernité.


Bonjour Laurent. Vous êtes actuellement "Director, Workplace Strategy Japan Lead » au sein de la société CBRE". Pouvez-vous nous décrire les responsabilités liées à votre poste ?
Je suis responsable d'une division que j’ai créée il y a 7 ans, qui fournit des prestations de conseil aux grandes entreprises installées au Japon, sur la façon de travailler (organisation des espaces de travail physiques, gestion des équipes, politique des ressources humaines en termes de flexibilité de travail, supports technologiques de collaboration…) et leurs impacts sur la gestion des espaces de travail et plus largement la politique immobilière. L’objectif de nos recommandations est d’augmenter la productivité en même temps que la satisfaction des employés, de favoriser l’amélioration des conditions de travail, de renforcer l’attractivité en termes de recrutement, en plus d'impacts financiers significatifs. Tous ces changements impliquent nécessairement que les équipes concernées adaptent leurs habitudes de fonctionnement. Nous sommes présents pour les accompagner tout au long de ce process.


Sur quels projets travaillez-vous actuellement ?
Nous travaillons sur 10 projets en ce moment. Un des plus importants que je supervise concerne l'accompagnement au changement du siège social d'un grand groupe pharmaceutique. Il s'agit de l'implémentation d'une méthode de travail flexible appelée « Activity Based Working » qui s’appliquera à 3,500 employés en poste à Tokyo et 400 autres à Osaka. Ce projet a démarré il y a 1 an environ.


A quoi ressemble une journée type de travail ?
Je travaille exclusivement depuis mon domicile depuis le début de la crise sanitaire. C’est également le cas de l’ensemble de mon équipe composée de 13 collaborateurs (architectes, designers, ingénieurs de bureau, spécialiste marketing...). Mes journées débutent par un café au coffee shop du coin de ma rue que je ramène à la maison après avoir déposé mon fils au bus de l’école. Puis de 9h à 18h30 environ, j’alterne présentations clients, calls d'équipes via Zoom ou Microsoft teams, sur les projets dont je supervise la qualité. En moyenne, je participe à 12 calls ou meetings par jour, chacun durant en moyenne un trentaine de minutes. Je consacre également beaucoup de temps à former et accompagner mon équipe (feed-back régulier), à recruter et à développer de nouveaux produits et services pour le New Normal (ndr. le monde post covid). La crise de la Covid-19 a augmenté les besoins des entreprises en stratégie de changement. Il a fallu nous adapter pour faire face à la demande, avec une organisation en squad  afin d’innover rapidement. Chaque membre d’équipe est autonome et prend en charge un squad avec une petite équipe et un mentor expérimenté.  Nous privilégions les échanges projets via MS teams afin de gagner en cohésion d’équipe et de réduire le volume d’emails traités quotidiennement.


Vous évoquez la crise sanitaire et la nécessité de fonctionner en télétravail, un mode de fonctionnement peu développé au sein des entreprises japonaises. Comment celles-ci se sont-elles adaptées ?
Ce fut effectivement un choc culturel et technologique pour de nombreuses entreprises japonaises confrontées à l’obligation de mettre en place le télétravail de leurs équipes. Ce qui était vécu initialement par beaucoup de managers japonais comme une contrainte, a permis de prouver que les les employés étaient suffisamment responsables et autonomes pour travailler depuis chez eux, avec au moins la même productivité. Il semble y avoir une réelle prise de conscience au sein des entreprises japonaises et par conséquent une forte demande pour réorganiser leur façon de penser le travail de leurs collaborateurs.


Faisons un rapide retour en arrière jusqu’à votre arrivée au Japon il y a 8 ans. Pourquoi avoir décidé de vous y installer ?

LR: Quand je suis parti aux États-Unis pour reprendre mes études à l’UC Berkeley en 2004, j’avais en tête de partir un jour travailler en Asie. J’ai commencé par apprendre le Chinois… jusqu’à ce que je rencontre ma future femme, Sachi qui est japonaise. Mes priorités ont logiquement évolué. J’ai arrêté les cours de Chinois pour me mettre au Japonais. Comme Sachi commençait ses études de Master quand je finissais les miennes, j’ai travaillé pendant 1 an et demi aux États-Unis comme consultant chez Capgemini en attendant qu'elle obtienne son diplôme. En 2010, j’ai décroché un poste de Directeur Associé au sein du cabinet DEGW Asia à Singapour, avant de rebondir au Japon deux ans plus tard en 2012 chez Volvo Group, puis en 2013 chez CBRE Asia Pacific où je travaille toujours aujourd’hui.

 

Vous souvenez-vous de ce qui vous a le plus surpris en arrivant au Japon ?
Sans aucun doute la ponctualité, le respect d'autrui, une notion du service irréprochable, la capacité à anticiper le besoin des autres. Par exemple : sur les bancs publics, si je suis avec mon fils et souhaite m'asseoir alors qu'une personne est déjà installée, elle va nous laisser spontanément sa place sans même attendre que le lui demande.  


A l’inverse, le détail très japonais auquel vous avez toujours autant de mal à vous faire ?

L'utilisation du sceau au lieu de la signature (manuelle ou électronique). Cela rend les démarches administratives compliquées et un peu archaïques.

La vie au Japon possède des codes culturels très forts. Est-ce également le cas dans le milieu professionnel ? Et si oui, quels sont-ils ?
Tout dépend si l'entreprise est japonaise ou internationale. Les entreprises japonaises fonctionnent selon des codes très différents de ceux auxquels nous sommes habitués en Occident. Par exemple, les employés font souvent toute leur carrière dans la même entreprise, même s’ils sont amenés à changer régulièrement de poste, parfois même de façon aléatoire. La structure hiérarchique y est également très présente. Les dirigeants y sont peu accessibles, souvent isolés du reste des employés. Les process de décision sont réputés lents et peu lisibles. Les initiatives viennent d’ailleurs souvent d’en bas avec des politiques de changements « bottom-up ». Cette organisation peut surprendre car elle est très différente de nos standards.

Comment fait-on pour évoluer au sein des entreprises au Japon ? Au mérite ? A l'ancienneté ? Grâce au réseau ?
Cela dépend ici aussi de l’entreprise. Historiquement, les entreprises japonaises valorisent l'ancienneté de leurs salariés, mais d’autres facteurs peuvent également intervenir, comme le jeu des réseaux internes, ainsi que d’autres motivations pas toujours liées à la compétence. Mais les choses ne sont pas figées et certaines entreprises japonaises sont en train de changer. Quant aux sociétés internationales, l’évolution professionnelle est souvent plus classique, avec des promotions liées au mérite, avec des processus de décision documentés et suivis.


Quels conseils donneriez-vous à un Centralien qui chercherait un poste au Japon ?

Il faut privilégier les cabinets de recrutement qui offrent aux entreprises internationales installées au Japon, un vivier de profils qualifiés à partir duquel elles peuvent réaliser un matching efficace. Quant aux entreprises japonaises, le recrutement se fait généralement à la sortie de l’université. Il est donc plus difficile d’y postuler. Je conseille comme je l’ai fait à mon arrivée au Japon, de faire traduire votre CV en Japonais afin de le diffuser auprès des grandes entreprises de scouting (e.g. recruit group) qui possèdent d’importantes bases de données souvent utilisées par les entreprises en vue de leur recrutement.


Les femmes ingénieures ont-elles au Japon les mêmes opportunités que leurs homologues masculins ? La parité homme/femme semble encore plus difficile qu’ailleurs.
Cela dépend du manager et de l’entreprise. Dans mon équipe par exemple, les deux postes les plus importants sont occupés par des femmes, qui travaillent en partie de chez elles pour gagner en flexibilité dans leur vie de tous les jours. Plus globalement, les mentalités sont en train d’évoluer au sein de la société japonaise. La Gouverneure (Maire) de Tokyo actuellement élue est la preuve que les Japonais sont aujourd’hui prêts à confier de hautes responsabilités aux femmes.


Le Japon est habitué à devoir faire face à des catastrophes naturelles (séismes, typhons, glissements de terrain etc.) et leurs conséquences (Fukushima) - Comment la société japonaise fait-elle face à la pandémie de la COVID-19 ?
Les Japonais sont sans doute mieux préparés à gérer ce genre de situation que les Français par exemple. Le port du masque est pour eux naturel et 95 % de la population continue d’en porter dans la rue encore aujourd’hui. Il n’y a pas eu de confinement imposé au Japon et pour autant, les Japonais ont fait preuve de responsabilité en restant le plus possible chez eux. Enfin, détail non négligeable pour éviter la propagation du virus : le respect de l’hygiène. Les Japonais y prêtent une attention particulière que ce soit au niveau individuel que de la propreté des espaces publics.


Qu'appréciez-vous le plus dans le fait de vivre au Japon ?

Plusieurs choses me plaisent au Japon, à commencer par la nourriture ! J’apprécie également le sentiment de sécurité (les enfants des 5-6 ans vont à l'école tout seul) qui règne ici, ainsi que la qualité de vie dans une ville gigantesque comme Tokyo. Même si il y a énormément de monde, on se sent rarement oppressés. Enfin, je suis admiratif de la façon dont les Japonais ont réussi à faire cohabiter traditions ancestrales et modernité !

Pour quel pays accepteriez-vous de quitter le Japon pour raisons professionnelles ?
Peut-être Singapour où un non-asiatique peut facilement évoluer professionnellement. Pourquoi pas également la Silicon valley ou New York qui sont très stimulants. Mais j'avoue que Tokyo offre une qualité de vie et un attrait culturel dont j’aurais du mal à me passer.

Qu'est-ce qui vous manque le plus de la France mis à part la famille?
LR: J'aime bien cuisiner, et même si on trouve beaucoup de produits importés, ce n'est pas aussi facile de cuisiner à la française. Le choix est plus limité ici.

 

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